mercredi 14 novembre 2018

Les marcheurs(11)



Les sources vives sont de hier ; les lèvres closes, de l'estuaire ; plus loin encore, des îles mouvantes à cheval sur l'horizon : on suppose leurs galops ouïs dans la nuit, rumeurs multiples sous la nuit unie : pleure la mouette la marée retirée  des îles chantantes
sur les digues salées de Flessingue 
s'agrippe le varech où le galet monte à la gorge

samedi 10 novembre 2018

Who ?




                                             Caravane

Je guette l'image d'une ombre
une voix basse que je puisse entendre
un silence qui est mien

Je m'absorbe dans l'empreinte laissée
immobile 
et dur et seul comme la pierre
Je prétends à l'été
dans l'espoir d'autres traces
même diaphanes ou même invisibles
Dans l'air 
je m'attends à la terre, au poids
à la lourdeur, 
Je trouve : seulement la chair sous le sol
qui rouille sous le gel

Des arbres nus portent des demi-lunes 
tristes amers où se guide mon haleine givrée
On s'en veut de vouloir le jour.

jeudi 8 novembre 2018

Cité (6)






La ville a sorti ses tableaux de fantômes
Comme une marée blême qui s'incline 
L'échine courbée crachant son écume
Des navires à injections traversent
les vagues de six heures trente
La nuit rend bientôt tout étale
Les figures s'effacent
et les têtes aspirées dans les poitrines
ont les yeux fermés d'une mer morte 
Tout reflue encore aux embarcadères
les solitudes s'encaquent dans les steamers
Flux, fuite, retour, appel,
On s'endort derrière le castelet
dans un sourire figé, absurde et douloureux

Tout concourt au ressac stérile de demain
dans ces cités où l'amour fait l'aumône
sur des trottoirs martelés

dimanche 21 octobre 2018

Les marcheurs ( 10)





                             La nuit à midi


C'était l'averse qui luisait dans le regard de midi
La houle du ciel roulait ses vagues noires
jusqu'au rivage des horizons
Dans cette écume diurne, c'était la nuit à midi

Tacheté de nuages et de brumes
Un vent sceptique venu du Sud
Frissonnait sur l'écorce des arbres
Un enfant courait nu dans la glaise

L'orage prit d'autres routes
S'engagea sur d'autres landes
d'autres lopins de vérité
Les parents du jour s'embrassèrent

Sur ce baiser d'enfance et de bruyère
naissent et couvent mes cendres,
De la plaie oubliée
s'étire le temps, sa rosée innocente


lundi 15 octobre 2018

Les marcheurs (9)



                                           Couvre-feu

D'abord c'est un son de feutre
L'arrière-ban d'un silence à l'éloquence fourbe
Puis des lèvres qui avancent la pénombre
Scrutent l'eau sous la neige
Le souffle dans le vent
D'autres encore qui exagèrent la nuit
Multiplient l'abîme sous les gouffres
Les images dans les choses

Il reste un regard clair
ce couvre-feu
qui ferme les ponts.

jeudi 4 octobre 2018

Les marcheurs (8)


                            
                                  Surcharge pondérale

Ce qui s'estompe dans la mer, la marche vers le ciel 
et les vérités morceaux de nuages sanglants.
C'est une parole figée par les regards, un manuscrit
qui s'écoule dans la gorge, Dieu ou la mort
Quand tout se tait, à la dernière noce
aux œuvres dernières...
Plus loin, plaies et chancres dansent
sous le vent fiévreux des sarabandes sans bords

Le poids des morts gercent mes sangs
Sans rancœur pour les poussières






jeudi 27 septembre 2018

Les marcheurs (7)







                                    Par dessus les puits


Secrètes pesées ! Crissements des lointains ! Lorsque les pinceaux du jour, la palette des aubes, transpercent de leurs ors diaprés 
les tissus nocturnes sous lesquels ils grésillent. 
Leur sommeil agité de la nuit étonne 
les marcheurs qu'à travers le jour 
pourtant ils ne perçoivent. 
C'est un caillou qu'ils heurtent, 
une rivière qui s'embrume, une feuille jaunie dans la clarté mourante de l'après midi. 
Ou la brûlure obscure, sage et dissimulée sous la terre, qui nourrit leur pas. 
Quelque chose qui dit aux ouïes distraites.

Par dessus les cryptes s'élancent les chœurs et des mots vides pénètrent sous ma langue.


mardi 25 septembre 2018

Les marcheurs (6)




                                             L'organiste

Une pluie obscure monte de la terre et
imprime dans l'âme de qui le veut
le secret des racines, 
une pluie ou des nuages, cachés dans les brumes. 
Les cimes battent des ailes 
et leur envol immobile contredit l'horizon
dans le passage nocturne d'un sillage mortel. Ce qui n'empêche en rien la lumière du matin
de voir les portes s'ouvrir dans une nuit invisible 
où seuls bruissent les seuils froids.


J'atteins d'une voix grave des océans ailés, points d'orgue aux arcs blanchis.

lundi 24 septembre 2018

Les marcheurs (5)



                                 ...Des ombres, le soir....

Il est le soir où se trainent les mots où rampent les vertiges. Il est le soir, le regret du printemps, l'attente des vents d'ouest. Il est le soir, ce regard assassiné, doux mais éteint, d'un monde sans soleil

Et dans ce goût du soir que cachent les lumières baltiques, le promeneur de neige entend l'enregistrement des souffles sur les falaises cachemires

La pénombre est à la fête qui mène sa ronde jusqu'à l'âme des étoiles, lorsque sur les rivages s'étendent les couronnes des minutes fanées qui s'écoulent dans la mer

Le pas des ombres cherche leur lieu dans les ramures de mon cœur.

dimanche 16 septembre 2018

Les marcheurs (4)





                                      Pistes marines


     Joie de l'aigle azur lorsque de sous la mer montent...


                       Des cimes  accrochées au vent
      Lorsque invisible, encore nourries du suc des nuages,
    L'asphodèle  ouvre ses ailes et bourdonne au milieu du ciel

                       Des racines aux yeux assombris
   Ruisselantes et vides lorsque la tempête forme un creux
   Un sillon étroit que les fictions emplissent de lest

                       Des frondaisons qu'agite l'immobile 
   Comme les secousses d'un repos qui gémit et qui craque
   Sous l'étrave tranchante de ce qui ne se meut et qui meurt


     Aujourd'hui  un feu sans fracas règle mes chantiers.