lundi 13 septembre 2021

Le soin des jours (2)

 

Moins encore que vivre

 

Comme ce caillou sous l’aride

 

Mais vit-il seulement si peu 

Dans ce silence trop présent,

Dans cette légèreté trop pesante?

 

Poli des aubes,

Chaque seconde est une aurore

Une issue à chaque fois scellée

 

Un mur qui fleurit

 

Se clore en sa voix

Au milieu du vent sec

 

 

samedi 19 juin 2021

Le soin des jours (1)

Se niche un abri sûr
lorsque sous les draps
des mots de rien
ont creusé l'espace

S'est étendue l'enfance
sous la poche chaude
le danger tout près
était de neige

Le gel mêlait au jour 
sa brûlure de décembre 
cette braise d'hiver 
qui rougit sous la cendre
 
 
 
 



mercredi 5 mai 2021

D'entre les portes (2)

 

De ces aveugles demeures, si près, si loin, ne vois-tu pas verdir le pavé d’entre leurs portes ? Ne vois-tu pas cette broussaille immobile, incapable de brûler au soleil, de frémir sous le vent, de fraichir aux souffles du soir, ces déserts sans éclats longer cette lisière ignorée ? Ce sont de funestes labyrinthes, ceux où l’on ne s’égare, où les courbes de l’espace trahissent l’invisible chemin qui ôte à la flânerie la lenteur des choses et le galbe du temps.

 

Tu as autre chose à faire.

 

La terre a l’écoute patiente dans ce jardin d’entre les portes qui s’élargit et annule les limites : c’est un pas en retrait dans cette course de la sève où tous arrivent le premier. Et dans cet abri  que tu mailles de chairs et de sang, ta bouche vaine échancre les nuages et une voix malhabile erre paresseuse comme l’écho d’une lueur tardive.

 

 


samedi 1 mai 2021

D'entre les portes (1)

Tu ne peux corriger le ciel

Rétablir ses déchirures

Ni t’instruire au cœur de ses brumes

Et tu as beau tendre tes lèvres

Au printemps de tes semailles

C’est d’une eau âpre

Que se drapent tes mots

 

Joindre les brèches

Est impossible au souffle

et de ce qu’est mort déjà

se répand ce qui a encore à succomber

 

La lumière toujours se dérobe

Voile  son murmure de poussière

Qu’ un instant d'eau et de vent

Mêlent aux disciples des labours

 

On croit les fenêtres limpides

Mais les portes closes emportent tout.

 


lundi 8 mars 2021

Entre Soi (3)

Pas de passage ici

 

seulement des mots recouverts par des mots

comme le reflux sous la vague

 

On ne dénombre rien dans cet espace

seulement parfois des éclats cueillis

à l'écume des brises-larmes

 

Je me dis

 

A creuser cette brume

A réveiller les racines des nuages

On se donne beaucoup de mal

 

A l'établi, l'horizon n'a pas cours

Sur la table, la farine s’impatiente

 

Les graines au pied des meules

tardent et pourrissent

 

Ailleurs, les heures passent

offertes aux promesses de l'été


dimanche 7 mars 2021

Entre Soi (2)

 J’ai tenté

 

ce qu’on ne peut

percer la sombre écaille


pas plus qu’à l’aube

ramasser les cendres d’hiver


Je guette à la lisière du vent

 

Un feu figé de glace et de neige

samedi 6 mars 2021

Entre Soi (1)

Ce sont lèvres de silence

potins de caillasse

      commérages de clôtures

ignorant ce qui affleure et caresse

 

Sonnent et trompes et cors

d’une pesante et même langue

Ici, seul ce qui est empêché

tient voix et permanence

 

Ces murs ont l'épaisseur bavarde

C’est d'un sang de fiel

palpitant dans leurs songes

qu'un poison s’évapore

 

Reste la sueur vénéneuse

dont se couvrent les jours

vendredi 29 janvier 2021

Multitudes (5)

 

De l’encre éclosent des ruines

Le don de l’inaccompli délie sa corolle

 

Le gel prend la mer

la vague se meurt et les épaves sombrent à quai

 

Sous les débâcles d’hiver

Un vaisseau de banquise traverse le désert nu

 

C’est de la pierre qu’il faut voir

du gel qu’il faut veiller l’éveil de la fleur inerte

 

Aux printemps rebelles


mardi 26 janvier 2021

Multitudes (4)

Où, dans le soir qui vit, deviner le corail ?

Comment chercher la pierre à midi ?

N'étant jamais là où il est

Lorsque la lumière dissimule la lumière

 

On happe des contours

présume des profils

 

L’espérance est la foi en ce peu

 

Ce qui s’échoue appareille

dans cette terre renouvelée et toujours

invaincue, insoumise, impérative

qui attend et menace

 

Les futaies, les taillis plus profonds encore

où règnent les laies farouches

L’énigme est sauvage

elle est injonction de chair

 

Être enfin découvert

vu pour être invisible

tranquille en sa tanière

 

Illisible en sa lettre


jeudi 7 janvier 2021

Multitudes 2

Au seuil tragique, j’arrête mon pas

Les multitudes guettent le passage

vers l’immobile abri,

cette plaine vide et sans limite

 

La porte par moment consent

Au miracle des clés

Lorsque les serrures enfin se parlent

Et sous des nuages colibris

Parmi les prairies roses

Des ruisseaux naissent

Et des forces s’affrontent

 

L’esquisse ébauche un songe

où s’abreuvent les deux mondes

étranges emboitements

d'une rhétorique d’absence