lundi 30 juin 2014

Poèmes de l'insignifiance (7)

Autour de...

Lorsque parfois j’agonise
Je ne me replie pas.
Le pli laisse trop de saillies
Et aussi d’angles vifs
Où la mort pourrait s’accrocher.

A ce moment   si personnel  de l’existence
Je fixe plutôt le noyau autonome de mon être,
Regroupe les évanescences pâles,
Repère les écueils discrets, élimine, retranche, épure
Franchement, oui, d’abord au hachoir
Puis, prudent, au rasoir.

C’est dans cette cohésion matérielle
Que je plonge, me  concentre, converge.
Et tandis que je tourne en moi-même
Je polis et lisse les résidus rugueux
Les inégalités sourcilleuses.


Reste  une boule, une gomme molle
Toute une rondeur plastique
Une niche sphérique
Née de ma substance étendue.

Bien plus tard,
Lorsque l’effroi de la dispersion
A disparu
Je détends la pression
Et, de l’intérieur,  laisse à nouveau
L’extension se répandre.


dimanche 29 juin 2014

Poèmes de l'insignifiance (6)

                    6
Toi, ce que tu appelles...

Toi,
Qui te cherches
Que désires-tu ?
Un regard qui te garde
Un geste qui te tient
Un mot qui te rend
Et t’abandonne à toi-même
Où tu peux te fuir
Dans des tours sans coupoles ?

Le jour alors
Embrasse et concentre ton être
Dans ces mots d’autres
Et tu es le village désert
Où ta face se mire


Plein de toi
Tu chantes les chemins verts
Des bords de mers
Aux crépuscules de cuivre ou de bronze
Lorsque tu marches vers tes ténèbres
Ces mosaïques sombres 
Où tu reposes.


Poèmes de l'insignifiance (5)



Si longtemps
Quelque part en moi
Des oiseaux de feu
Pour les espaces libres et sauvages
De ce que je pensais pouvoir être
Si longtemps
Bien avant que la vérité me fît vomir
Bien avant la lassitude de ce soi 
Et de ses murailles
Et de ses entraves
Pour ce que je pensais pouvoir être
Des ailes qui enjambaient les songes
Comme un pont au-dessus des deux vides troubles
De ce que j’étais et de ce que je croyais pouvoir être
Et c’est d’un regard brûlé
Par des saisons trop chaudes
Pour celui que j’espérais ne pas être
Que je regarde maintenant
Les mondes calcinés
Les liens qui jamais ne nouèrent
Ce que je n’étais pas et ce que je ne fus jamais
Reste la fatigue de l’épars
Qui flotte comme les souvenirs
Du naufrage où je suis né


De ce que je pensais pouvoir être
Il ne reste rien
Seulement les fuites et les esquives
Et un peu de la souffrance
De celui qui marchera toujours
Du mauvais côté de sa route


Poèmes de l'insignifiance (4)

              3

Heureux que...

Il n’y a pas de chemins
Ni de routes à prendre
Il n’y a que des images
De ces choses
Qui n’existent pas
Et la gravité du monde
Qui, en moi, m’invite à y croire
Mais il n’y a ni chemins
Ni routes, ni rien
Qui puissent conduire au port
Quel port ? Quels quais ? et
Quelles voiles sur des mers
Vides qui ne baignent aucune terre ?
Sans appui s’effacent les voies
Où se masquent l'anonyme 
La permanence et le hasard
Parents omniprésents et absents
Qui s’accouplent et se trahissent
Sur les épaules de l’infini


Je suis un artifice du temps
Minuscule sous une pluie d’atomes
Silencieux et moqueurs
Heureusement il reste la bêtise
La merveilleuse bêtise d’être 
Qui me rend pleinement homme.

samedi 28 juin 2014

La rumeur du monde(2)


                 2

Plus que les anges...

Le soleil sur les plaines
S’est arrêté
Et la lune s’est endormie
En posant ses yeux sur lui
Ni jour ni nuit
Ni ombre ni clarté
Le monde hors de lui
Face à lui
Hors du jeu du soleil et des nuages
Du vent et de la pluie
Les heures pâles
Fixes autour des étoiles
Les heures pâles qui n’agitent plus
Les jours et les nuits disparus
Dans la sagesse des pierres
Qui ouvrent des bouches obscures
Aux dents de verre

Enfin le temps est mort

Quelque part
Les anges reposent
Près du Dieu Endormi
Mais leur chant
Danse toujours
Comme un clochard ivre
Sur la route des nébuleuses.

La rumeur du monde (1)



                            1

Je cheminerai sur des carpes d’hermine
Le jour où le soleil se reposera dans l’herbe
Et ce sera comme un long été ocre
Posé sur la peau chaude des prairies

Ce sera un long songe de verre
Un rêve de criquets et de cigales
La voix silencieuse des choses
Qui m’emportera loin du monde

Si loin, enfin !