mardi 30 septembre 2014

Des Mille et des Cent (4)




Mille cris gardiens des lèvres et des cîmes
Et mille phalènes qui bruissent dans l'évidence du monde
Et mille mots aux racines des vents

Ce qui souffle

Des sources et la vie 
Qui s'y repose


dimanche 28 septembre 2014

Rumeurs des Jours et des Nuits (40)




Une goutte, froideur molle et translucide,
Se coule et s'étend, aveugle et invisible, 
Le long des bornes et des frontières
Au bout de sa course elle rencontre l'univers
Et engloutit sa totalité ouverte
En absorbant le temps en un moment.

L'infini  s'y déploie et la goutte suspendue
Se suspend en elle-même
Car la goutte, contenant tout, se contient aussi
En ce qu'elle est une goutte suspendue
Et dans la goutte contenue en elle-même
Une autre goutte où tout l'univers se presse

Et ainsi jusqu'à toi, jusqu'à moi
Tout en nous que nous sommes
Dans la goutte d'un moment
Où l'instant présent est fils d'Eternité.



Poèmes de l'insignifiance (34)




Passage de la cécité, entre deux visions
En paix dans la stabilité
Forêts lumineuses ou Dieux obscurs
Tout y clair  même les roses
Dans la nuit de Damas

Puis l'appel d'ailleurs
Un cri venu de ce qui précède
Le pas que je suis et qui me suis
L'appel de l'envol qui ignore
Encore le pas qu'il sera

Et ce qui s'abolit
Efface l'annulation même
C'est la timidité de l'être 
Et c'est l'oubli
Qui annonce l'avenir.

mercredi 24 septembre 2014

Poèmes de l'insignifiance (33)



C'est la métamorphose des pierres
Le grand conseil des violons
Dans des chambres où se fraient les mirages
L'obsession de l'ultime, la guerre du cri et du silence

C'est le mépris du centre
Les ports tardifs où les signes rayonnent
Dans des larmes frangées de demains
L'arrivée d'une ligne, l'éventail des lèvres

C'est l'heure des colombes
Le poison de la paix où la nuit s'explique
Dans le poids intraduisible des choses
L'institution des semences, l'hérédité du soufre

C'est la concentration des paupières
Les prairies du mal
Dans les matins des métaphores
La louange de Carthage, le forum des ressentiments

C'est la plaine de la faim
L'épée des souffrances voilées
Dans des boissons de vagues et d'écume
Le repère de l'eau sous les branches

C'est l'habit des roses
Les années aux couleurs aiguës
Dans des visions où les trèfles se lèvent
La profondeur des regards, le pillard des absences

C'est le front des rivières ivres
Le vol inquiet des légions
Dans des rimes où  s'ennuagent les harpes
Le joug des effritements,  l'éclat du sang

C'est l'anneau du gibet
Le jeu des cymbales blanches
Dans les prières où se jettent les couronnes
Le contraire de la mer, la destruction aux flambeaux

C'est le voyage du désert
La coupe sèche des obliques
Dans les crânes vides des sceptres
La mouche des brutaux, l'épervier du Diable

C'est l'équinoxe des amants
Les enfants où rêvent les puissances
Dans l'immondice des princes sans tête
L'esclavage de la nuit, l'asservissement aux jours

C'est le sommeil des précieux
Les églises du frisson sous la peau
Dans les gorges avides d'océan
Le fusil des oeillets, la minute du sauveur

C'est la rage des formes
L'âme du crépuscule et du naguère
Dans le bronze où l'infamie se coule
L'île des aguets, la peur des origines

C'est  le flot des  des lointains
L'agonie des coucous
Dans les nids des villes
Le frôlement des libellules, l'exaspération des poires

C'est la pâleur de la substance
La trahison des deuils
Dans les ombres où reposent les tombeaux
La légende des mondes, le visage des vallées mortes

C'est l'auroch en haillon
La coque des âmes brisées
Dans l'éternité du Seul où se cherche le Seul
L'illusion  des rochers, la perte des hanches

C'est l'Annonciation  des ancêtres ressuscités
Le bonheur laissé sur les dernières asphaltes
Dans les jardins aquatiques de Pergame
L'évasion des noctambules, le jazz du temps

C'est l'horizon des faunes
Le velours des chagrins
Dans la campagne où meurent les préludes
Le gentiane de givre,  l'hellébore des marées du nord

C'est l'horloge des muguets
Les ardoises d'Ardenne où s'enivre Verlaine
Dans des litières de blessures
L'histoire des douleurs, les éboulis sous la mer

C'est le calvados de la question
L'impulsion du savoir qui s'ignore
Dans les greniers où se trahissent les consciences
Le mensonge des dragons, le tilleul des flammes

C'est le papillon de l'oubli
L'enchevêtrement des déclins
Dans la prison où se lèvent les soleils
L'obscurité gelée, les sphères infinies

C'est le tout dans le rien
Et le rien qui étend son infinité
Jusqu'aux confins de l'univers
Aux centres sans fin
Virgules du temps que nous sommes.



dimanche 21 septembre 2014

Rumeur du Jour et de la Nuit (39)

J'avais arraché des bouquets de brouillard
Cachés sous les récifs du ciel
Et des vagues inconnues avait emporté 
Leurs oeillets d'écume 
Eparpillés
Dans des fragments de souffle
Jusqu'au pied de ta couche
Où tu flottais dans la nuit légère

Alors les songes que je t'avais confiés
Avaient étreint le songe où tu dormais
Et un enfant naquit 
Apporté par la chimère aux matins ailés
Et ce songe des songes murît lentement
Dans la chaleur du ventre de l'été
Où la roche fertile fleurit les déserts


Ainsi les bouquets de brouillards
Se sont enlacés dans le frisson des ans
De ta couche fine 
Où encore mes songes rejoignaient les tiens
Car ma terre toujours cherchait sa mer
Et ce qui  respirait sous sa houle parfumée
Des regards d'algues molles
Aux lèvres de sable
Lorsque ce qui se taisait dans l'aube de tes rêves
Agitait des soupirs de miel aux voiles gonflées
Lorsque ce qui se taisait dans l'aube de tes rêves
Berçait toujours le visage de la terre
Et j'ai su que les printemps naissent seulement
Entre les ombres et les silences.







Poèmes de l'insignifiance (32)


Les siècles sont nonchalants et les millénaires paresseux. 
Ainsi ils confient  aux saisons
L’oisiveté des jours : l’indolence gagne la durée
L’imminent s’étire et s’amincit
Au point  de se fondre et de disparaître
Dans sa propre couche

La lenteur déjà ralentie
Est le mode
Du perceptible et de l’apparent
Blême et doux
On croit que tout coule,
Mais
Sans mémoire
Et surtout sans oubli vital
La pétrification fige l’instant dans la permanence
Tout s’étale et s’affiche.
C’est pourquoi
Le verbe n’a pas de prise, il est
Comme
La greffe qui  se décolle
Il voltige désormais sans adhérence.

Incapables toutefois
De renoncer à ce qui s’agite dans les flux
Et les fluides,
Nos joues gagnent en pâleur lorsque
Toujours en retard sur nous-mêmes
Le sens de l’urgence
Fait ployer nos
Vertèbres.

samedi 20 septembre 2014

Rumeurs du Jour et de la Nuit (38)

Murs invisibles
Murs d'ici
Ne referment rien
Sinon la lumière vide
Sur les ruines d'hier et de demain
Et dans ce chant nocturne que tu es 
Je couds les tons sombres
D'une saison enfuie
Sur la pénombre froide
Des gouffres dont je me vêts

Ce qui reste hormis le néant
Des colibris muets suspendus
Aux couchers des sanglots
Et des falaises de craie
Qui glissent dans un coin du monde
Où ton regard d'eau a giflé le jour.

Des Mille et des Cent (3)

Mille cercles infinis qui ne sont qu'un seul cercle
Mille pensées y courent, une seule pensée
Mille lieux s'enchâssent, un seul lieu
Mille êtres vivants, un seul être

Pendant que je pose mille moi, un seul moi
Sur une seule terre, mille terres
Et un oeil, mille oreilles aux pupilles
Endormies sous le vertige des miroirs

lundi 15 septembre 2014

Chemins de la ville basse (12)

Un jour, une fougère agile a grandi dans la maison que j'habite puis s'est repliée en longeant le plafond comme une voie tracée vers le ciel que mes pas ne prendront jamais alors tout s'est coupé du monde et de la vie, s'est englouti en moi et me dévore maintenant comme un serpent avale un oeuf. J'ai ouvert une fenêtre sur une petite cour où convergent les impasses et dans le moi que je suis un autre moi s'est accru de sa présence immortelle et s'est nié parmi les issues closes où se fécondent les déchets

Ce qui m'appartient n'est pas ce que je suis ou ce que je suis,  plutôt des racines qui plongent dans les nuages invisibles ou dans des fontaines  gelées  ou dans des cantiques dont j'appelle les chants mais qui restent muets s'ils ne se glissent par les soupiraux lors d'une nuit éphémère
J'attends des phrases qui modulent ce que je ne crois pas penser et qui pensent pourtant à ma place, des particules d'idées sans incarnation pour que la source et le principe s'esquissent dans l'épaisseur de ma cécité

En tranchant un oignon infini, j'ai senti la pluralité des mondes, des écailles en fleurs couvrir des coraux d'asphodèles, des tigres du Bengale s'envelopper dans des tissus de cyprès, l'univers compris en lui-même dans l'univers où je vis comme un minuscule monde qui se divise à l'infini, des oiseaux du midi en gloire dans les périphéries de fer, et des mots comme un vent ininterrompu s'engouffrer dans les tunnels embouchonnés, et au milieu du jour le son de la nuit qui se répand dans la tension continue de ceux qui n'ont plus de lieu

Et d'entre les murs a surgi une vision une vision de ce qui entoure et entoure ce qui entoure, l'incréé, ce qui reste dans sa permanence, ce qui est, ce qui fut, ce qui sera, qui dessine sa présence occulte dans mes tiroirs parmi les couteaux, les cuillères et les fourchettes, ou encore jusqu'aux excréments les plus répugnants, ce qui s'agite et ne s'arrêtera jamais, dans la bourrasque ou le soupir dernier des mourants que nous sommes, d'entre les murs, ce qui les traversent sans se faire voir, une exubérance dynamique, la puissance de la création qui n'est qu'autant qu'elle crée 

Alors j'ai regardé par la lucarne
Les étoiles éteintes chantaient un négro-spiritual et tout l'espace immense exultait  dans les choeurs cosmiques des nébuleuses légères.

Il n'y avait plus lieu d'être un homme seulement une légère brise qui ramène le sable sur le rivage

Au loin des bus remplis traversaient la ville.



Des Mille et des Cent (2)

Mille lacs dans les cieux qui parlent à l'impossible
Mille rives ailées aux cailloux parfumés

L'inintelligible est la raison des choses qui n'ont pas de lieu.


Poèmes de l'insignifiance (31)


Au lieu d'un visage
De vieux soupirs qui se frisent avec le présent
Et le silence résonne et s'envole
Sur un paysage immobile
La lumière s'est tue
La lumière invisible qui baigne
Dans l'obscur

Ce qui reste
La révélation de l'instant.


samedi 13 septembre 2014

Des Mille et des cent (1)

Mille mers topazes qui frémissent entre les portes
Mille berceaux d'absence qui enserrent la présence oubliée

Ce qui s'écoule dans l'éternité du fleuve est toujours pour demain.

vendredi 12 septembre 2014

Poèmes de l'Insignifiance (30)



Ce qui vit, des prunelles de pierre et autour de nous les tremblements de l'hiver
Ce qui vit, c'est qui s'éteint et ce qui trouble dans la pâleur des heures de neige

Des plumes légères plus légères encore que des cristaux dans la brume
Ont donné au monde les teintes du vide et couché dans les ruisseaux les caprices du temps
Des paons dans les blés ont offert leur visage aux reflets de la terre
Puis la terre a affolé les racines et courbé la course du temps

La vérité rit toujours de la vérité lorsqu'elle se découvre au plus près d'elle-même.




jeudi 11 septembre 2014

Des Mille et des cent

Mille perles qui dorment dans les estuaires d'argent
Mille anneaux qui voguent sur les crètes du zéphyr
Mille terres de cannelle où tout se mêle
Mille océans qui enlacent les capricornes du jour
Mille dunes qui tourbillonnent dans les tourments des siècles
Mille scarabées qui embrassent les falaises de jais
Mille sabres qui filent comme des flèches d'équinoxe
Mille druides qui crèvent les yeux du soir
Mille rives qui serpentent sous le toit de l'univers
Mille clés et mille portes absentes
Mille baisers portés sur les lèvres du temps
Mille grâces espérées des heures de brise
Mille serpents de glace aux aguets sous la langue
Mille années où souffrent les grottes chaudes
Mille remparts contre l'invisible et le silence
Mille mots trop faibles face à ce qui est
Mille promontoires vains pour saisir l'univers
Mille choses au-dessus de mille choses
Mille paix crépuscules des êtres à l'aurore des jours
Mille colombes qui s'égarent dans les cyprès du Jourdain
Mille Dieux qui montrent les ombres de l'épais
Mille fontaines qui fleurissent sur les lits d'hiver
Mille pas qui se posent aux lisières des saisons
Mille collines qui psalmodient des rêves électriques
Mille cités de jade sans routes ni chemins
Mille galaxies auprès de nous, à portée des voix mortes
Mille blasphèmes noyés aux portes des églises
Mille bergers hébergés dans des renoncules d'eau
Mille mains épuisées tendues vers les voûtes de pierre
Mille sommets perdus dans les livres des limbes
Mille séraphins dans le feuillage des ans
Mille fantômes sous les frondaisons de cuivre
Mille épines de velours sous l'édredon de l'amour
Mille âmes endormies, seules, oubliées d'elles-mêmes
Mille chansons dans les impasses
Mille roses à trois doigts
Mille horloges qui annoncent le salut jamais le salut
Mille cannes de feu qui hurlent dans les corps
Mille vagabonds errants dans des nuées vides
Mille sièges funestes qui attendent leur proie
Mille blessures en guirlandes suspendues les soirs de fête
Mille gouffres de sables sous des routes de sel
Mille buissons ardents où Dieu s'est éreinté
Mille enfants des orages émeraudes
Mille graines de miroirs où se mirent les cygnes
Mille reflets lumineux que calme le soleil
Mille routes à travers mille routes
Mille abandons silencieux aux bouches sombres
Mille oreilles sans yeux
Mille épouvantails en plexiglas sur les champs d'éternité
Mille regards d'enfance clos dans des tombes de lune
Mille poulpes tigrés qui caressent les tombeaux étrusques
Mille ! Mille ! Mille ! Mille ! Mille ! Mille ! Mille ! Mille !

Pendant que nous volerons des ailes aux anges
Et extrairons l'eau bénite du coeur des assassins.


Rumeurs des Jours et des Nuits (36)

Le roi des oliviers
a épousé le creux de l'azur

Le roi des oliviers
Sait la source vers laquelle il remonte

C'est la reine des sources
La source des sources
qui écoule sans dimensions
Le temps et l'espace

Le roi des oliviers
N'a jamais atteint la source
Son feuillage courbe sous le vent

Et la source hors du tout
Il la sait là-bas ignorante
De ce qu'on lui doit

Alors le roi des oliviers
A divorcé du creux de l'azur
Et son vieux corps
Débarrassé de ses racines
A chanté des rimes de paille
Que des rossignols ont emporté
Comme une grâce offerte aux lointains.

mercredi 10 septembre 2014

Rumeurs des jours et des nuits (35)

Parmi les bourgeons obscurs
J'ai voulu reposé dans l'ombre de ton ventre
Comme la feuille d'un printemps qui se tait
J'ai voulu remuer les secrets des fleurs
Pour coucher sur un pétale rose
Les mots aquatiques
Qui t'auraient fait frissonner

Parmi les plaintes douces
J'ai voulu refermer le calice fertile
Comme une silhouette d'ébène dans la brume
J'ai voulu engendrer des souvenirs
Pour que s'envolent dans tes voiles blancs
Des oranges de légende
Qui auraient murmuré des chants de novembre

Que les mots aquatiques
Auraient bercé sur les pétales roses
Des souvenirs d'ébène.

mardi 9 septembre 2014

Poèmes de l'insignifiance (29)

Prends un suaire d'anémone et pose tes yeux blancs dans les plis froids de ses vagues. Il masquera tes racines de bronze et aussi les Dieux terribles de ta jeunesse, les notes de tes mélancolies détachées comme les cristaux de janvier,  les enchantements lents que des mains patientes ont façonnés pour ton âme.
Rappelle tes jadis et tes autrefois où déjà le destin écrivait les lettres mortes de ton présent.

C'est un regard brûlé que tu as porté dans ta citadelle de papier.

Chemins de la ville basse (11)

Spectres dans l'amoncellement des gémissements
                          Sur les quais des flux abandonnés
Dans les hangars vides où la peur gronde
Sur les visages aux vapeurs chloriques

Dans les jeux que guident les nuits petits tas de cris nus
                          Sous les crânes sanglants
Le long des stries jaunes du soir
Où la Vision de la grâce perdure

Les retours difficiles dans l'ignorance serve
                          Aux sons des sirènes psychopompes
Appels irrésistibles qui broient os et esprit
Flûtes que chantent les ruches de métal froid
            
Les muscles tendus et ce qui en découle
                         Dans les bars attachés aux bites d'alcools forts
Les marins qui coulent dans leur peine
Noyés dans les godets de Jack Daniel

Et les retours sans force sous l'abri climatisé
                         Coursiers du macadam des limbes
Sous les toits le consentement au Tartare
A la géhenne de l'ici-bas

Et dans les lits des seuls avec des seuls
                          Et le jaillissement continu du monde
Entre les solitudes aux sexes unis
Sous la contrainte d'Eros jaloux
            
Et des yeux de cécité qui ouvrent des pistes
                           Déjà ouvertes déjà empruntées
Déjà là avant elles-mêmes
Au nom de qui au nom de quoi

                          Au nom de qui au nom de quoi.
            



            

lundi 8 septembre 2014

Chemins de la ville basse (10)

C'étaient des cités difformes aux recoins blanchâtres 
          où personne n'existait et au sommet des buildings 
               les  bannières de l'Eternité flottaient sous les astres froids 

en berne dans l'infini figé de l'Oeil de Dieu où pataugeaient
          les mains criminelles et le sang des trafiquants de chairs
                et puis le Diable aussi dans sa bure de prolétaire

le Diable aux traits nus et aux dents gantées d'aigreurs et affamées   
          de pénitence le Diable assis dans les salles de séjour dans les 
                dress room do-it-yourself dans l'eau des radiateurs

dans les supermarkets aux congélateurs offerts à la pointe des
          heures mécaniques Diable maudissant tout seul sous la   
                volaille plastifiée ou  dans les microprocesseurs blêmes 

transcontinentaux  plasmas de lassitude et de fatigue sous les   
          lumières des enfers attiédis d'halogènes minés éclairant la  
                gueule  froide de l'envie et de la concupiscence forme 

virale  du commerce marchandises achetant des marchandises  
          vendant des marchandises aux marchandises marchandises  
               vivantes où dorment les petits démons même au carrefour 

du blues où l'âme se vend pour trois accords mineurs aux notes  
          bleues là vendre son âme au diable pour la sauver c'est à dire 
                la perdre (preuve que vendre parfois est une chose bonne)

Il y avait dans ces cités étriquées des crevettes aseptisées baignant 
          dans les égouts des lamproies aux sourires acides qui   
                tendaient aux cravates vibrantes des tickets de métro

et aux coins des avenues des garrots qui promenaient leur pression
          sur la blancheur des bras ou sous la chaleur de la langue
                et des sexes inertes dévorés de torpeur et d'isolement

aux croisements des éreintements où la punition n'est plus un    
         fardeau mais la joie et le désir des damnés dans le silence
               du Schéol où règnent l'extinction et les nymphes de la fin

Et dans ces cités étroites les âmes marchent seules et même
         les étoiles qui fascinent tant les cortèges de fantômes
               même ces étoiles ont les lueurs défuntes et misérables

De ceux qui bégaient ignorants stupides 
          le langage de leur propre destruction
               sur des routes où ceux qui les écoutent

N'ont pas d'oreilles.


     




dimanche 7 septembre 2014

Chemins de la ville basse (9)

J'ai louvoyé sur des trottoirs défoncés, morne et sale,
comme un poney crotté en quête d'une foi pour mon âme perdue 
poursuivant parmi les loups sombres de Sodome les anges bleus de Canaan dans des tires rutilantes où Noé couchait avec ses filles
et c'est tout le Déluge - et la Faute - qui déborda des avaloirs
et une pluie une grêle une fange immondices blessées tombant des toits sous les yeux du Ciel, racine de toutes offenses et dans les caniveaux la grâce du monde à la portée des phacochères noctambules entre les crachats des clodos et les vomissures étincelantes dans le double de la nuit brûlante, nuit des lumières des tramways nuit que je transportais dans mes valises mal verrouillées nuit qui s'échappait et s'égouttait dans la bouche de la terre aspirée happée  comme Noé englouti dans l'Arche sur un océan de ferraille de piques d'arêtes de pointes sèches et sévères d'angles vifs de pertuisanes acérées les pieds aux sangs innocents pour se dissoudre dans les parcs proprets des asiles où se gavent les solitudes

Ô psychiatries de rêves vertueux Ô évasion narcotique la nounou narcose électrochoque à tout venant pères mères enfants le dire à maman le dire à maman fermer ses valises surtout ne pas oublier fermer ses valises sur ce qui reste d'être ne pas oublier surtout ne pas oublier ce qui reste encore d'être dans le croupissement de soi

Dors mon petit psychotrope ! Dors mon petit psychotrope ! A toi Halopéridol ! Antipsychotiques des régions mortes amères ruines des richesses des misères des pauvretés des prostitutions et entre les presses et les laminoirs, les jardins bourgeois où roulent les cerceaux,  l'écrasement des cervicales sous le poids du vide et du sens, l'absence de tout sur les épaules la volonté de l'absence et le désir du mal et de la souffrance sous les cités de Fer qui baignent dans la glace lunaire comme de grands cimetières écarlates où les tombes taisent ce qu'elles écrivent dans les consciences fuyantes sous des ombres se cachant à elles-même la honte d'être ombres

Dors mon petit Neuro ! Dors mon petit Neuro ! Que j'embrasse le bleu de ta chimie révulsante, que je fasse l'amour avec tes molécules et leur combinaison et surtout béni sois-tu de me retrancher de ce qui me tranche de me découper de ce qui me coupe de me défaire de ce qui me fait, m'a fait et qui par ta grâce édénique ne me fera plus

J'ai marché comme un poney des plaines loin des mustangs apaches qui avalent l'asphalte où l'été s'est absorbé et couché sur un seuil j'ai rêvé d'un chemin qui conduisait hors du monde jusqu'aux vignes de Noé.




samedi 6 septembre 2014

Chemins de la ville basse (8)

A quelle ode de passage, à quelle époque du Sphinx, petit chat d'acier et de béton, à quelle sagesse de bitume,
à quelle semence d'eunuque, à quel bâtard d'ombre, à quel boulevard scintillant d'appels silencieux,  à quelle viande urbaine, à quelle prison de chair et de viscères doit-on d'être les enfants d'un Sophocle S.D.F. ?

Qui peut raconter les courses des gamins aux longs couteaux effilés qui trouent les cerveaux et agacent les côtes, chatouillent les articulations fatiguées des existences achevées aplaties écrasées concassées, feux dansant, balançant leur cul de tournesol, qui peut dire les putes sacrées du village, cons publics qui ouvrent les artères, les maquerelles aux rayons lumineux de la syphillis universelle, qui peut raconter et dire les ordures dégoulinant des tripes ouvertes et le ricanement de ce qui est mort déjà dans les berceaux de barbelés

Nous relevons de la misère celle qui navigue d'un neurone à l'autre dans une incommunication souterraine, terriers de rats, des rats se nourrissant de rats, dans de petites cages illuminées de la clarté des frigidaires et des lueurs des GSM, plus encore de réseaux, des réseaux de réseaux sur l'onde des paroles sans attention, Zappe, Zappe, Zappe et connecte des proximités aux lointains illimités qui courent dans nos sangs, entre nos berges archanges et nues, intérieures et vierges, entre nos maladies inavouées, l'âme des singes et ce qui cavale aux carrefours, sur les rocades désertes aux pinces électriques, ce qui pousse entre les ponts autoroutiers, sur les grands périphériques des semences nucléaires, aux lames étincelantes, embranchements, embranchements entre les distances de métal, par dessus les tours de contrôle où les avions de la merde à fragmentation s'épuisent à se crasher sur la crèche de l'Enfant-Dieu, ce qui pousse et ce qui grandit parmi les caries qui minent l'intérieur, l'ulcération de la misère des neurones et du silence qui se crie dans l'haleine fétide des coeurs de poussières

A quel venin ténébreux, à quel lâche arrangement, à quelle injection de pus atlantique, à quelle peste inengendrée, à quel trajet sur des routes de déserts où les horloges racontent des rêves de feuilles dentelées, à quelle cathédrale de filles nues, à quel pardon et de quelle ivresse doit-on d'être des Hamlet de pacotille, ivres de nous-même, alcools de souffles épuisés pour tous bientôt dans des trous aux formes aguicheuses

Nous rampons sur des détritus de verres dans un siècles d'éraflures et de conscience cosmique
Nous et tout autour de nous
Et nous autour du tout, plus loin encore que l'infini que nous avons réussi à enfermer dans une boite de poudre à laver (ou à étendre sur les pares-brises de nos bagnoles).

mardi 2 septembre 2014

Poèmes de l'insignifiance (28)

Quand je te vois, je ne te vois pas
Quand je te  dis, je ne te dis pas.
Il me suffit de rêver pour ne plus rêver 
D’espérer pour ne plus espérer
Et cette complication est la seule simplicité 
Dont je suis capable encore.

Maintenant toujours
Le flou et l’indécis évoquent, narquois,
Les rebords d’une insuffisance native.
Toutes mes pensées, des frivolités sans suite.
Car je n’ai jamais voulu discerner
La moindre évidence.

Comme un démon impuissant
Séparé de l’intime 
La seule élégance possible
Celle d’un guignol disloqué.
Et cette sincérité consternante 
Un mensonge de plus.

lundi 1 septembre 2014

Poèmes de l'insignifiance (27)


Moi si tard que cherche toujours…

J’ai vécu
Il y a longtemps
Jeune
J’ai vécu seulement
A la racine de ma destinée
Jeune encore
Méprisant la vie que je vivais
Pour celle de demain
De l’heure suivante
De la seconde qui passe
J’ai blessé l’amour
Manqué le bonheur
Pour la maturité des ombres
Qui sur l’autre rive 
Ne sont qu’ombres sur ombres
J’ai manqué et blessé
Aspiré par un ciel veuf
Qui occulta vite
Les petites chambres fleuries
Où j’ai avalé ma jeunesse

Fallait-il à ce point
Ne pas vivre
Pour qu’un jour
Des mots inutiles et vains 
Flottent comme des tourbillons 
Dans le vent

Mourir d’abord, vivre ensuite
Comme une figurine
Qu’animent les jeux
De l’enfance.