jeudi 30 octobre 2014

Poèmes du Minuscule et de l'Insignifiant (48)

Trop souvent,   comme une pierre définitivement
Galet caillou roche
Tu acquiesças à l’engourdissement :
Un ralentissement d’abord,
Ensuite un rétrécissement de tes intervalles

Tu devins objet, tu le voulus
La contraction anodine d’un être hors délai
Comme une dernière goutte après la pluie
Un amenuisement de ta sensibilité
Un retard saisonnier.

C’est pourquoi
L’infini devint ta tragédie et l’excuse accordée
A l’aimante impotence  de tes artifices
Lacis de détroits ensommeillés
Qui n’ouvraient que sur toi-même.

Ainsi, météore heimatlos
Seules des comètes aux turbans incendiés
Enumèrent sur la surface sèche de ta vie
Tous les efforts que tu fis
A ne pas être toi

Tu mets tant de soin à éviter
Tes prunelles éteintes
Comme le soir, les amoureux esquivent
Le remords de l'unité
En s’oubliant dans l’amour.

Il y a si peu en toi...
Parfois,  il a tant fallu d’astuces
Tant d’épuisements vains,
Pour écarter l’ignoble profusion
De tes  paysages de misère.

mardi 28 octobre 2014

Rumeurs du Jour et de la Nuit (46)

Aux Souches...

La feuille se déroule et ne sait pas qu'elle est feuille
Et l'arbre qui la nourrit de sa sève ne sait pas qu'il est arbre
La terre où son tronc plonge ignore tout de la terre
Et les racines seraient bien étonnées de savoir ce qu'elles sont

Le ciel est ciel et peu lui chaut qu'il le soit ou non
Tout comme les nuages qui le traversent
Le vent souffle sans savoir qu'il souffle
Et les peupliers qu'il ploie ne connaissent rien de la sylviculture

Mon corps a grandi sans savoir qu'il est corps
Mon sang coule hors de toute hématologie
La peau qu'il irrigue est nulle en dermatologie
Et le bras que j'agite ne sait si je l'agite et s'il est bras

Mes pensées ne sont ni pensées ni miennes
Il n'y a que la complexité qui ne s'ignore pas

Pourtant, la vie est simple et une goutte vaut l'océan

Chemins de la ville basse (15)

Arracher du sol
Exposé à la lumière crue de midi
Immobile et nu
Sur le tombeau d'une savane sèche
Le sol jaune ne nourrit rien
Sur lequel je suis
Pardon sur lequel toujours
Ai été
Pas loin non pas près non plus
Des promesses
Peut-être l'avenir comme promesse
Promesse
Et toujours étendu sale
Sur le sable blanc
Au milieu du soleil
Dans une terre solaire
Et ne plus bouger
De là d'ici
Et sur cette plaine sans limite
Quelques mots 
Demain par exemple ou attendre
Alors un autre mot arrive
Plus sérieux
Je dis oui
A ce qui se passe
A ce que je suis
Oui à ce plateau vide
A mes reptations
Sur le sable blanc
Au milieu des ronces qui sourient
Des orties qui s'esclaffent
Oui à l'urticaire sur ma peau
Dans l'herbe brisée par l'absence
Univers sans diable ni dieu
Ni homme ni femme
Animal oui à l'animal
Couché nu
Sur le feu sans flamme
Brûlant les chairs 
Et les vents qui poussent cette odeur
Dans les plaines sans limites
Qui bordent les voies rapides
Où des Porsches* d'apocalypse
Hurlent leur solitude hallucinée.

*il s'agit de la Porsche 936 avec laquelle Jackie Ickx a gagné les 24 heures du Mans (avec Derek Bell)

lundi 27 octobre 2014

Rumeurs du Jour et de la Nuit (45)



Je soulève la terre
Et la pose dans le ciel

Le ciel est la nuit infinie
Et la terre le jour éternel

La nuit infinie enlace le jour éternel
Et des comètes de saphir brillent dans les étoiles

Je reviendrai alors
Mon visage sera un seul visage
Mes yeux auront un seul regard

Je reviendrai alors
A la source sans source
Des regards sans ombre




Rumeurs des Jours et des Nuits (44)


Nulle ombre qui n’appartienne à la lumière
C’est un jour obscur
Qui écarte les pétales
Où les forces s’épuisent.



*

Ce qui gît dans le silence
C’est ce qui y rugit
Comme les aubes fanées
Des saisons à venir.


*


La nature
A chaque être
Offre sa tragédie
Lorsque la neige fond
Le ciel se dévoile.



*

Rien n’existe que les mots
Rien ne respire, rien ne boit
Rien ne dort et rien ne meurt
Sans les lèvres qui agitent le vent, le soleil et les roses.

*


Un papillon la nuit
Sautillant
Près des lumières hésitantes
Qui se lèvent des flammes
Et à ma place qui miroite
Dans les glaces
Un aéronef
En filigrane d’argent
Se suspend
A mes rêves d’enfance
Comme la fin et l’origine
De toutes choses


samedi 25 octobre 2014

Chemins de la villes basses (14)

Alors c'est simple. Je me lève et traîne dans la maison. Je vais dans la cuisine, puis dans la salle de bain ou plutôt je suis dans la salle de bain puis me dirige dans la cuisine où je tire les tentures et fais la vaisselle mais en fait non je sors de mon lit, tourne dans ma chambre et tire les tentures de la salle de bain avant de me rendre à la cuisine où je récure l'évier avant de retourner dans ma chambre où je referme les tentures pour me rendre dans la salle de bain qui donne sur le salon je m'assieds d'abord dans le fauteuil du salon puis décide de me rendre dans la salle de bain où je récure la douche qui fuit dans la cuisine alors je veux décider quelque chose et pour cela je me rends dans ma chambre (je décide toujours couché dans mon lit les yeux au plafond mais aujourd'hui ça ne va pas alors je redescends dans la cuisine et me rends compte qu'il faut que j'astique le plan de travail car en fait j'ai déjà récuré  l'évier) mais comme je ne veux pas vraiment décider de quelque chose je reste debout dans le salon qui ouvre sur la salle de bain où j'ai oublié de prendre ma douche alors je me dirige d'un pas gaillard vers ma chambre, au premier, et prend conscience de la présence de mon lit défait que je refais illico car j'ai décidé enfin de décider de vouloir ce que je ne veux pas  et je déteste décider de toutes ces choses étranges dans un lit défait car pour ne pas décider de vouloir décider ce que je ne veux pas il me faut un lit tiré à quatre épingles et un plafond uni et sans ombre voilà que j'oublie de m'étendre et me retrouve nu sous la douche où l'eau trop chaude me rappelle cruellement que  mon salon est toujours en désordre, le salon sur lequel donne la salle de bain alors je me pousse jusqu'au salon où je m'installe dans le fauteuil et je fais comme si j'ignorais que j'y suis venu pour remettre de l'ordre ou plutôt pour installer un autre ordre que celui qui y règne déjà puis je pense que j'ai mal organisé les choses que la chambre en haut devrait être en bas et que surtout surtout la salle de bain n'aurait jamais dû donné sur le salon il aurait fallu installer la salle de bain en haut afin qu'elle donne sur la chambre et garder en bas le salon ouvert sur la cuisine alors soudain poussé par une excès de confiance je me rends dans la cuisine et regarde dans mon évier de petits vers jaunes et bleus qui sortent de la crépine les mêmes espèces d'asticots qui rampaient sous mon lit lorsque tantôt je voulais vouloir il doit y avoir un rapport entre ces petits vers colorés et cette décision d'indécision alors soudain je réfléchis intensément tellement intensément que les petits vers qui poussaient dans l'évier et ceux aussi qui rampaient sous mon lit dans ma chambre en haut qui aurait dû donner dans la salle de bain avant que je me décide rappelez-vous à ordonner le salon pas difficile d'ailleurs il n'y a qu'un fauteuil noir qui grouille maintenant de minuscules et insignifiantes larves qui laissent de petites coquilles irisées qui me font penser encore à ces vers multicolores qui intriguaient tant mon attention tendue à l'extrême à  se dire que finalement il faudra bien construire au moins un embryon de décision alors immobile et serein je referme les tentures que tantôt j'avais tirée et m'étends sur le sol de la cuisine juste sous le plan de travail où demain j'installerai mon lit refait, le fauteuil du salon, les vers, les petites larves, les tentures, l'évier et ma décision.
Ainsi jour après jour et un jour avant l'autre je m'interroge sur le sens qu'a pris la maison où j'habite et pourquoi je ne veux y voir personne sinon les revoir dans la salle de séjour de la pensée (là où règnent les vers et les larves) et la nuit c'est pire vu que je ne dors pas beaucoup à force de me demander pourquoi je me demande toujours ce que je dois ne pas décider et surtout comment le lendemain et le lendemain du lendemain j'organiserai une nouvelle journée afin qu'elle soit complètement différente de celle qui la précédait et dans laquelle pourtant je vis encore.
Watt ?

jeudi 23 octobre 2014

Poèmes du Minuscule et de l'Insignifiant (47)

Songeons : les sacrifices anciens ont perdu leurs éclats royaux
Ils ne sont plus que des sourires morts dans les éboulis de la mémoire
Qui peut se rappeler parmi ceux qui se souviennent sinon
Trois gouttes de mensonges tus et la vérité toute nue
Qui danse gelée au sommet des nuages
Qui peut se rappeler du ciel qui passe
A travers l'adoration de soi
Sinon de nobles sentiments qui flattent notre paresse
Et la sagesse ventripotente de celui qui s'aime

Mais ne songeons plus 

La peine est perdue et dénoncer est encore mentir
Trichons alors toujours et encore
Et embrassons en le chérissant
Ce qui nous sépare du vrai
Car il est de trop de souffrir pour ce qui est
Et d'espérer ce qui n'aura plus à espérer

Trichons et ne pleurons pas

Sur la vérité pharisienne
Que nous feignons de détester
Pour mieux nous aimer encore

Trichons et oublions

Soyons nets (enfin)


Poèmes du Minuscule et de l'Insignifiant (46)

Je porte
Des traces transparentes
Dans des mains
Closes aux mirages calcaires

Je trace
Des routes froides
Vers des ventres de verre
Aux doigts endormis

Je marche
A côté de l’effroi
Souverain
Aux grimaces taciturnes

Je loge
En moi la farine
Inféconde des jours
Et la stérilité des heures grises.

Je songe
Aux somnolences des mousses
Aux éclats fauves
De la mère exilée

Je poursuis
Ce qui dort
Non pour le révéler
Mais pour y sommeiller


Dans l'attente oubliée
De l’ultime pas de demain.
Je m’étends
Paisible et oblique
Dans la fureur tue
D’un visage
Qui se perd.
Et d’un nom
Qui s’efface.
.