samedi 21 mars 2015

Les Confins : Aux digues des lointains se recouvrent les nuits...(1)


Qu'on dise

Qu'on dise les confins, les étirements lointains qui frissonnent sur la bordure des temps ! Qu'on les dise avec des voix de pierre, ces confins au-delà de la terre et qu'on pose la ruine des roses comme une boucle de feu au-dessus des naissances ! Qu'on les dise, les extrêmes de la Terre et les frontières de la mer et qu'ils mêlent leur puissance jusqu'à la source âcre de ma geôle fleurie et que les Portes enfin s'ouvrent pour voir ce qui croît sous les paupières ! Qu'on proclame depuis les tertres les plus anciens les Droits des confins et des bornes inbornées, des territoires innommés où les Sioux dorment encore près de leurs pères !

Qu'on dise.

Les confins sont les chants de la nuit où s'agitent les jours. Les années et les mois sont des fantômes aux humeurs étranges où s'égare ce qui y persévère. Nos yeux, et nos bouches aux amertumes incrédules, et nos fronts de vérité, ont-ils donc besoin de marbre pour graver les veines de nos chairs et le sang doit-il mourir pour s'écouler ? Les hôtes des confins bénissent la lenteur des horizons; monarques vivants dans la couronne souveraine, leur naissance est l'écume qui jaillit de la vague émeraude des soirs et étend sur la soie lumineuse des confins l'ombre laineuse de la vie.

Qu'on dise.

Que je dise les confins et les lointains et trouver des mots proches mais aux larmes inconnues et que se répande un fleuve où se noie les distances. Que je dise la gerbe frissonnante comme une barque pavoisée toujours à quai au milieu des eaux. Que je dise ces chasseurs de lointains, ces poseurs de nasses abstraites et le ciel captif au fond des eaux. Que je dise les métaphores qui germent sous les arbres ou sommeillent dans les prairies et les confins qui y flânent. Que je dise les averses de spectres et les écailles de nuages
qui s'échouent sur les rivages invisibles où poussent les fougères et l'indicible.









2 commentaires:

  1. Dans l'au-delà des mers, le silence tente vaguement de tirer à lui la couverture des mots mais personne jamais ne l'entendra. On le croit muet. On se trompe: il parle aux limites, en sons inaudibles. Lui prêterait-on une oreille qu'il ne la rendrait pas. Nous voilà devenus sourds. Et seuls, là-bas, à n'entendre que lui.

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