dimanche 22 novembre 2015

Quatrains (6)

L'éclat des méduses
Où s'engeolent les âmes
Voici que s'éclipse le jour
Puis les vagues de nuit

                  *
De l'offrande miraculeuse
Rien n'existe
Et sous le grand sommeil
Tout ce qui se donne, invisible et nu

                  *
Le baiser des heures
La promesse qui avance
C'est un fleuve sans eau
Dans un océan sans nom

                  *
La poussière a ses routes
Mais un itinéraire opaque
Non coupable dit-elle
De ne rien voir de ton chemin







jeudi 19 novembre 2015

Quatrains (5)


Aux jours ailés
Lassé des lueurs
Le paon de nuit s'allaite
Sourd à l'été trompeur

               *
L'été luit sur les eaux
Son offense les dissipe
Elles espèrent la glace
Et ses limites ambiguës

              *

L'été donne à l'être un excès de concision
Concentré en une exaltation infantile
Sa profondeur s'étale et s'aplatit
Son infini s'offre à la géométrie

             *
Le silence mêlé à l'été
Tout est tu au coeur de la fournaise
Dans ce qui se consume
La réticence à être









mercredi 18 novembre 2015

Quatrains (4)


Un mot
Des vagues dans le vent
Ce qui soulève et poursuit
Puis le mot dans le bec des mouettes

                                 *

Les saisons sont étroites
Celles où je vis
En équilibre sur le rétrécis
L'éveil se vêt de sommeil

                                 *

Le ciel s'étire parmi les feuilles
L'azur  remue entre les rameaux
Tout ce qui frémit dans l'immobile
En repos sous la brise

                                  *

Un jour, ton temps a pris le chemin
En cascade sur les pierres qui dupent
Il s'est nourri de ce qui l'épuise
Ce qui  grandit se dissimule







lundi 16 novembre 2015

Chemins d'abîme (12)


Quelquefois nos yeux s'arriment aux rives
d'un fleuve fugitif
Nous nous entendons alors dans ce qui s'écoule
Et plus que percevoir
nous pénétrons
à travers les brumes
en un matin errant
aux fruits encore verts

Tendre la main, cependant
et tout se tait
Hors de portée
le fleuve se fige 
Ce qui s'écoule s'étend et se stabilise
L'eau est sable et s'éprend du vent
Les brumes titubent
dans une nuit qu'assombrit la nuit

A la minute même de cette impuissance, encore reste-il la médiocrité à faire et la compromission à être
Plus tard, encore,
on s'inquiétera de tant d'acharnement dans la profondeur


samedi 14 novembre 2015

Chemins d'abîme (11)

Tout s'est refermé
En une coquille illisible
Une loge secrète
Parfois s'envolent 
De petites braises nues
Où s'échauffent les instants

Mais jamais ne faire 
Ce dernier geste
Pour sauver la nuit
De son silence

Il est des demeures clandestines
Sans recours et sans toit
Qui n'existent que pour s'éteindre


vendredi 13 novembre 2015

Chemins d'abîme (10)

Passantes lueurs
Comme des brasillements fragiles :
Passages fugaces dans la nuit
Le verbe précaire
Bride un moment du transitoire
Hésite et trébuche
S'affole dans le périssable

Pâleurs extrêmes
Non de ce qui s'use
Seulement de ce qui se refuse

Etourdi le marcheur demeure et dure
Sur un sentier confus et aberrant
Il aimerait donner plus
Mais déjà tout s'écarte
Se dérobe et le fuit



jeudi 12 novembre 2015

Chemins d'abîme (9)


Silence à l'entour
Puis un aboiement
Comme une indiscrétion 
Dans le vif de l'omission
Entre deux ombres bleutées
Une  lumière mobile
Qui s'unit à l'obscur

L'obscur pourtant
Eclaire l'obscur
Lumineux un instant
Le mystère fuit
Dans les sous-sols
L'accord des criquets
Et l'espoir du trèfle
Font craindre le pire


mercredi 11 novembre 2015

Chemins d'abîme (8)

Le souffle glisse
Glaise et marne
Aubes aux crépuscules mêlées

Sombres lourdeurs
Parmi celles qui me cousent

Au moins
Prendre part
A l'ombre



lundi 2 novembre 2015

Les Confins : s'ouvrent hautes vagues sous la voile des mers (4)

Du côté des falaises et des îles, une nécropole fugace, fureurs et clameurs de mer, déserts au milieu d'ondes enragées et de ressacs obscurs, havre des houles blessées, épluchées, vidées, ces grands noyers étranglés sous les mots du vent, et année sur année, s'accumulant en sécheresse d'écorce et d'os,  moissons des sables et  les siècles, sédiments sous les jours factices, qui vieillissent aussi sous les soleils contrefaits... Fausse monnaie du temps...Et sur les grèves tant désirées les germes et les présages des combats futurs.

La mer a tourné le dos au ciel et des femmes d'une plume de flot ont volé à l'écume ses tirades  d'exil qu'elles pétrissent maintenant dans leurs flancs. Leurs ventres sont les scribes qui chantent les oracles dans les bourrasques de soufre où soufflent les tempêtes.

Ecoute, écoute les voiles de la mer qui annoncent les fleuves et qui bercent les nuages alors que sous ta peau... De petits mollusques  de verre qui fouissent  ton sol...

Ecoute et entend ce qu'aux horizons se trame sans toi, ce qui t'ignore, ton absence vivante aux choses qui tournent et retournent à elles-mêmes en se gaussant de ta soif.

Ecoute, minuscule, ce qui reste des géants que tu as aimés, le silence brutal des idiots.