samedi 26 décembre 2015

Chemins d'abîme (21 et fin)


J'ai cherché ces ornières de fortune 
Elles furent toits, asiles et terriers, 
Routes de pluie en cordes fines
Tresses de terre et de ciel

Chemins de boues et de poussières
Ils donnèrent voix peut-être
Aux horizons effondrés
Où les fleuves embrassent les rivières

Abîme par devant toute
Et la vie, cette péninsule discrète
Dans le souffle d'une ombre
S'étend, couchée comme une morte

Ces chemins de friches
Sont promesse de joncs
Et, dans cette question ferroviaire,
L'eau lente de demain.


mercredi 23 décembre 2015

Chemins d'abîme (20)

Aujourd'hui s'est asséché 
La terre s'est fendue 
Le ciel a suspendu ses passages
C'est la morsure d'été
L'artère chaude des saisons
Où bégaie le silence
Chanté des cigales

Il entend son souffle
Comme le vent du Verbe
Et assume dans l'espace clos
Ce que lui inspirent ses bronches

Il pratique des chemins
Où se risquent les joncs.



lundi 21 décembre 2015

Chemins d'abîme (19)


C'est une langue de sable
Une parole de cloture
Entre les murs
Le souffle discret des murailles

Le ciel absent
Il me reste l'eau lente
Et ses ravines
Où je ruisselle
Et m'écoule

Et dans ce songe d'eau

Des poissons sans écailles
Vont et viennent
Comme des voeux de gouffres

dimanche 20 décembre 2015

Chemins d'abîme (18)

Une eau lente abreuve
Un champ de fleurs tardives
Cruciales et maladives

Entre les blés du soir
J'ai rejoint leur soif
Et j'entends 
Au bord d'un désert sans trace
Le chant d'un oiseau
Au milieu de ce qui tait




Chemins d'abîme (17)

Les tombes sentent la violette
Et des ombres un lait s'épand
D'où naissent leurs pétales

Voix des lendemains ensevelis
Silence dans l'attente éteinte 
De celui qui a gagné l'asile

Les tombes sont greniers d'enfance
Où s'entassent les plis
Des pervenches et des roses

Et je suis là
Vivant sous la terre
Dans un lieu sans environs
J'atteins une source ailée
Une mère qui m'allaite

Au seuil reste
Ce que cherchent les issues



samedi 19 décembre 2015

Chemins d'abîme (16)



Au dessus de nous
Ce qui brille avec tant d'éclat 
La nuit, les Morts
Nul astre que n'éclaire nul astre
Le noir et sa suie
En habit de marié
Epouse nos doigts enlacés
Les horizons sont des chromos
Accrochés entre des verrous
Sur un tamis d'oubli

Dehors on se salue
D'un geste de tombe






samedi 12 décembre 2015

Chemins d'abîme (15)


Vêtu 
D'un manteau d'abîme
Des fonds
Une eau nue saille
Sous la langue
Une chrysalide d'ailleurs
Comme un sentier qui me prend.


vendredi 11 décembre 2015

Chemins d'abîme (14)

                    Langue sans rive 

Parlerai-je encore
Dans cette langue sans rive
Des espaces creusés
Dans cette terre tardive ?

Promènerai-je encore
Des gerbes de fumée
Dans ces maigres vergers 
Aux souffles embrumés ?

Mais qu'aimé-je donc
Sinon ces pâturages de misère 
Et que sais-je des mers
Moi qui demeure sans rivage ?












mercredi 9 décembre 2015

Chemins d'abîme(13)


Du soir, nous regardons le jour
Et passons le temps à commenter
Ce que déjà nous avions commenté
Quand le fruit vert enviait la maturité
Mais le jour est sans point d'orgue
Sans âge et sans ainesse
Rien ne s'explique alors que tout se donne
Même ce qui se retire ou se retient
Dans la clarté lisse des choses

Nous avons trop cru aux reliefs
Aux monts et aux bosses
Et donné figure à ce qui n'est pas

Il nous reste le soir et ce qui se décolore aux âges nocturnes.


samedi 5 décembre 2015

Quatrains (7)





Ce qui désigne et dit
Ce qui garde tes geôles
L'espace obscur qui te meut
L'être est cavalier de nuit

                   *

Sédition du vagabond
Toujours ce qui échappe et s'échappe
Course à la lumière sombre
L'Être attend et obscurcit l'obscur

                   *

On croit au clair
Comme l'espoir du confus
Lumière étrange
Que n'illumine nulle ombre