mercredi 30 mars 2016

Aux Seuils d'Absence (4)


Ouvrage de rouille
Brillances puisées
Aux niches nocturnes
Tu ne brilles qu'ici
Ouvrage de fuite
Ce dont tu rêves sera refusé

Fracas sans paroles
Tes yeux ont des arêtes
Qui chantent dans le sang
Parce que ton image  
Ne nourrit aucun miroir
Tu désires des nerfs mêlés

Chaudrons béants
Pierres plutôt que lettres
Les morts accrochent
Des mots à tes paysages muets
Parce qu'en toi
Tout s'est dénudé

Misère de ton toit
Fange de ton sol
Un désert a rongé ton dedans
Des épines ont blessé ton échine
Des dunes ont couvert ta maison
Tes prières retournent vers l'abîme

Bouche sans terre
Langue brûlante
Pour semer dans la vague
Le feu a consumé ton sexe
Sous un drapeau de nuit 
Tu as vomi

Ce que tu as perdu
Les fleurs de brousse
Les liens de fascine
Les attaches de vent
Ce que tu as perdu
La réponse que tu as trouvée.





mardi 29 mars 2016

Aux Seuils d'absence (3)

Ciels sous les grilles blêmes
Paroles ensevelies sous le vent tonnant
Puissances échues aux brises noires
Ô Puissances ! 
Puissances des brises
Qui nagent en tes eaux, mers d'où naissent les noms
Et succombent les Empires

Héler d'un  appel sans main
Les navires lorsqu'ils accostent sous ta couche
Comme à un port où la mort m'attend
Et l'oeil au milieu du feu
Pointes enflammées
Sur un quai de délices
L'oeil s'empare de mon corps

Et le jette sur le rivage
Immense royaume de sable
A travers moi
Qui s'écoule
Je sais et tu sais
Dès les premières heures
Les voilures s'enfoncent dans la mer.


lundi 28 mars 2016

De Vent et de Pluie (8)

La tempête s'est élevée comme une parole d'ordre
Elle dresse l'inventaire de ce qui se déprend

Refusant l'asservissement au patrimoine
Elle accueille le renoncement des choses

Les dissipations mêmes se dispersent
Puis, les propriétés se reprennent et deviennent.

Aux Seuils d'absence (2)

Un mot, seul un mot
A ouvert en toi le secret des chemins
Maintenant qu'à travers la boucle des étés
Des syllabes ont déserté ton fruit
Tu pousses ta couche sous les courbes des nuages

Et parmi tant de soirs
Et tant d'aubes fécondes
Les lettres comme un ciel en miettes
Sous la sphère absente qui t'attendais
Pourtant

De petits serpents ont alors sifflé sous tes doigts
Et ta main ensommeillée de nuit
A secoué le tressage de pierre
Qu'un moment parmi les hommes suffit
A rendre définitif
Et un silence nouveau a dit et redit
L'audible

Traces dans la neige
Tes pas 
Comme une béance obscure
Au coeur du clair

Enfin 
Tes lisières aux aguets
De la promesse des clairières









samedi 26 mars 2016

Aux seuils d'absence (1)


Aux joues de tes heures
Des stries comme un chemin de nuit
Comme un lait d'étoile
Répandu dans ta chair discrète

Les portes amères ont des fenêtres de neige
Et les fleurs de miel poussent aux printemps de fiel
Nous coupons notre pain dans des marchés de mort
Et buvons des miroirs qui trempent dans le sang
Et oublions les urnes dans les simulacres des maîtres
Nous résonnons sous nos toits
Et nos paroles sont des huîtres closes dans la bouche des bouffons

Les secondes ont tes lèvres
Un fil léger qui réveille la lune
Un portail de poussière qui aime les fontaines
Tes mots sont les corps qui m'habitent
Comme se comblent les béances
D'un rien assoiffé de souffle

Des poulpes dansent la nuit
Quand du cortège des jours s'annonce l'exil
Quand du sable est né la consistance des ombres
Quand du tonnerre a ruisselé l'équivoque silence de la fureur
Des poulpes dansent  la nuit
Des martres aveugles brisent nos images de braise
Des lumières inachevées vendent des nénuphars bleus
Qui nous servent d'échelles et que le ciel nous refuse

Ton être partout imperceptible et présent
L'invisible de tes yeux respire sous ma peau
Lorsque, sauvage et douce, ode voilée
Ta main m'enlève et m'emporte
Sous la voûte d' Orion.



mercredi 23 mars 2016

De Vent et de Pluie (7)

L'orage est une trève dans l'attente
Un soulagement dans l'uniforme

Les vergers et les cailloux
Le dénuement et l'aridité du silence

La parole du vent s'est levée
Ce qui se déchire est aussi ce qui espère.

lundi 21 mars 2016

De Vent et de Pluie (6)

Un trouble se fait jour
La limpidité ne tient plus qu'à un fil

Les choses inquiètent et s'enquièrent
Elles perdent leur assurance habituelle

Puis des traits de pluie et entre les deux
La fraude renouvelle l'espace.

mercredi 16 mars 2016

De Vent et de pluie (5)

Le vent d'aube me lie aux choses
Le désordre de son souffle exige la souplesse des girouettes

Son désordre est de façade
L'agitation est le principe de sa discipline

Le sens est devenu une apparence secondaire
Les naissances demandent le trouble et le chaos.

lundi 14 mars 2016

De Vent et de Pluie (4)


La terre d'un coup se pénètre de mobilités
Le roseau impressionne les astres

L'instabilité s'offre à la pensée
Le paradoxe gagne l'immuable

Bientôt les plis énoncent  la Loi
Puis l'inertie retourne à son principe.


samedi 12 mars 2016

De Vent et de Pluie (3)


Tout se tait dans la brume humide
Pourtant ce qui s'y meut est perceptible

Toujours, le silence trahit sa parole
Il s'abandonne dans les bruissements

Ce qui le contredit le mène à l'être
Le trouble est son abri.

jeudi 10 mars 2016

De Vent et de Pluie (2)


La force infléchit l'horizon
Le roseau réduit son essence

L'Etre se retire dans sa fureur
Ce qui reste est résistance

La cohérence du chaos étend son pouvoir
Le ciel est la bouche du Lointain.


De Vent et de Pluie (1)



Le vent a courbé le jour
La lumière  abandonne ses prérogatives

La timidité de l'obscur a empêché la nuit
Les lisières ont envahi l'avenir

Cherchant dans les bourrasques
On ne trouve qu'un écho et des mots.



mardi 8 mars 2016

Les Confins : s'ouvrent hautes vagues sous la voile des mers (9)


Pour Ceux des Confins

Les Saules ont imposé leur empire de sommeil et des luths d'eau ont dansé sur les berges invisibles de nos soifs. Ce sont des rives indifférentes que des racines enlacent de leur oubli. Nous étions de tous les mondes, nous n'étions plus plus d'aucun quand l'oiseau au bec de prose a soulevé les paupières du souffle. Puis des vaisseaux de songe ont sombré dans les poitrines et nous avons chanté...
Aux alliances de cire offertes à la vie,  les fidélités épuisées et, vivant par dessus les hommes du siècle, la bouche tonnante de la guerre... 

Des soleils ont brillé sous des fleuves ivres et nous avons éprouvé notre faiblesse dans les rigueur de nos haines : les barques retournées aux rives sèches, des beffrois ruinés sur les plaines vides aux heures blanches du monde, des chairs suspendues aux miradors du temps qu'un vent affamé emporte jusqu'aux havres où les hommes dorment. Et une race de chaux a tout recouvert...Une race aux corridors sans issues...qui ne se lève que la nuit lorsque le désert fleurit sous la pluie...Dans un monde où plus rien ne séjourne, dans l' étendue stérile des bêtes de chaux...

Puis les simulacres ont chevauché sur cette terre mêlée d'os et de chair et des fumées purpurines sont descendues des cuves du ciel...Une nation de spectres et de programmes a déféqué sur les étoiles et les astres brûlants se sont éteints...La nuit même n'était plus la nuit...La substance s'est ouverte et un crotale est né de la boue et la souillure qui gît dans le corps du Saint quand les images ont supplanté les corps et les vers abandonnés les tombeaux de ronce... Lois oubliées de l'écume et du varech, des marées et des saisons, des compagnies de fureur ont rugi sous la mer et absorbé les baleines de verre...

Et dans ce qui se creuse sous les vagues, ce qui survit dans le silence, les minutes et les secondes du Lointain, un homme sans dénouement et sans origine, geste continu sur le dos de l'infini, avec ses phrases chevauchant la mort et les secrets forgés au moment où le feu lèche la lame. Aux Confins le Dit du mot, et le miracle qui écarte le gel,  le Dit du mot dans le champ vide des matricules épais, dans la jungle des listes et des registres.  S'y sont enfouis Ceux des Confins dans des rades où les soifs s'apaisent ; hébergé sous les ailes des nuages, l'enfant a ouvert les mains vers les terres vierges, celles d'où nous sommes. Et sous le tonnerre de la bave, un torrent d'émaux...

Ceux des Confins ont couronné le jour là où le jour n'est plus.






vendredi 4 mars 2016

Les Confins : s'ouvrent hautes vagues sous la voile des mers (8)

Rivages roux de sous les Terres
Portent des messages aux revers des mers
Et des fonds les clameurs se lèvent
Comme les effluves de mon âme
Lavée dans la clarté des jours
C'est la sagesse des morts
De parler lorsqu'on se tait
Dans mes pas entendus
Le sabir des ossuaires
Et le temps enfin de la félicité
Aux comptoirs des Lettres
Ma maison s'ébruite
Aux environs errants

Mes étoiles sont des cotonnades silencieuses portées par des criquets iroquois. Elles annoncent sous les chairs des saveurs 
de soif et de faim et peignent dans le ciel les ailes naissantes des envers de demain.
Mes étoiles aux cordes vives.


Il faut entendre les voix basses de l'argile, les bassons des substances.

Bandes onduleuses qui se coulent en jarres courbes
Souplesse de sable qui s'enflamme où meurent les sources
Nef sans voeux aux flots infirmes
Je suis adossé aux silences des ombres
Où pèsent les semences
Les mains chantant parmi la fumée 
Et les sentences que crispent les adieux
A l'heure des mendiants que supplient mes pas
Demandent aux miroirs rançon de mon visage
Et c'est une nuit sans prix 
Face aux routes divagantes
Etendues dans la vase des rivières asséchées
Face à un peuple de chaines et de fouets
L'éteint offre sa livrée aux aurores naissantes.


Il faut entendre les voix basses de l'asile, l'île sourde de tes lèvres.
Porter la morsure fauve des hommes, les songes arrimés à l'amande verte des Eaux.


mercredi 2 mars 2016

Les Confins : s'ouvrent hautes vagues sous la voile des mers (7)


Ce sont les contrées qui parlent....

Dans l'anonymat des marées, des poissons aux ventres ouverts
vomissent une glaise nourricière d'épis et de joncs... Et sous le vent des morts, de petits lézards parlent sous la langue... des plumes  alors font tourner les meules... Les graines se répandent comme des épices dans la farine du temps...Et ce sont des ombres sucrées maintenant qui habillent les hommes, des ombres que chantent les méprises, l'obscur dont se revêt le babil des anges...Le grand hivernage des choses...

Ce sont les contrées qui parlent....

De lieux épais et désertés, endormis dans le temps, aux balcons où s'attendent les aubes, suspendus aux gestes invisibles de ce qui pourtant se produit, 
De silences nus et inouïs, repos des lèvres en péril, aux latitudes lasses, par delà les méridiens où sonnent encore la trompe des combats tus,
Et aussi de tes mains d'éveil, qui achèvent ma saison, comme une terre niée qui ne vit que de sa mort...Comme des ailes sur la face sombre des choses, comme lait et miel dans les battements farouches où résident les hommes...

Ce sont les contrées qui parlent...

Aux cécités froides qui se croisent là où on voudrait des semoules en flamme, où les péchés d'hier sont les grâces de demain comme les manifestes d' avril dont rêve le mensonge des saisons,
Aux artifices qui brillent sous la pluie des voyelles qu'on sonne la nuit comme mâtines de l'inespérée insignifiance...qui empêche les tombes de se clore...Comme une transe du vent, celui qui hurle au fond des terriers...
Aux songes des chiens quand l'exil s'éveille du fond des niches, exil  de néant sous la vigne du vide... Les raisins du crépuscule depuis les rivages les plus anciens enfouis déjà dans le ventre des femmes...

Ce sont les contrées qui parlent...

Sous le bourdonnement des ans et les élytres des jours, parmi les libellules de l'enfance et le matin des Rois, dans le fracas des siècles et les torrents bruissants des aurores amères,  là se rassemblent sans cesse les forces souveraines qui lèvent les déchéances et les ascensions diaphanes ... Les empires lumineux dorment dans les plaies que les hommes étirent dans le sable de ce qui s'agite en silence...
Comme des flibustiers au bord des ouragans ou des braconniers sur les pistes de la vérité, comme une terre neuve où les femmes enroulent leurs naissances étrangères dans le coton du soir qui dort, comme un visage à l'entrée du désert quand les paupières s'évadent de la prison du regard...

Ce sont les contrées qui parlent...

Et c'est un souffle incurable qui dédicace de son fruit de roche la peau de nos pensées aux vanités d'automne, de papier et de lin.



Dans les caniveaux d'entre les confins, de petits crachats sanguinolents.

Dans les ruelles, les fosses et les maisons de maîtres, au centre des confins,

L'urine et l'excrément.