samedi 20 août 2016

Les Confins : s'ouvrent hautes vagues sous la voile des mers (10)

Il pleut sur les détroits de verre, les estuaires creusent des solitudes de sel et de sable
Les tempêtes bruissent d'une flamme vague, les brumes ont des regards d'écume
Et les astres ont la couleur des songes lorsque la lune est une eau vive que lave la nuit


Un mot, un seul mot échoué sur des berges oublieuses et tout se désassemble...Glas de la terre, paupières de pétales que l'enfance a couchées sur ses îles souillées...les rives s'étonnent puis se dissipent ...Le fruit vert germe sous les eaux... Le péril prend figure de maturité. La fraude tiendrait aux sèves des racines, on dirait des presqu'îles de neige, ces hommes aux manteaux de nuages, et ces femmes aux masques de silence rampant maintenant sous l'averse...



Nous ne vivrons plus de cette manne fertile qui fit des marées les joies de la mer, nous ne vivrons plus de ces temps où s'étreint ce qu'infiniment nous ne pouvons étreindre, nous ne vivrons plus la loi de ces hauts-lieux de l'âge lorsque les fuyards patients montraient leurs visages dans le reflet des eaux sans souvenirs...Il ne reste de l'été qu'une suspension de l'air qui pousse le navire sous la houle d'hiver et de l'écoute, la dérive sous l'ordre impérial des horizons...


Il y a des chants de cornes calcaires, des paroles humides et des larmes atlantiques
Les sources ont des envols de feux et de sang, invisibles sur les ponts où l'on attend nus leur hymne de comètes
Il y a des mailles que traverse la lumière des rives lorsqu'à force de fondre elles dressent l'instant lorsqu'il se fait promesse


Toujours pourtant la salive se mêla à l'argile et nous eûmes à construire les portes avant d'en forger les clés, élever des murailles de fumée pour dans l'ivresse y nicher nos naissances et le vent enfin pour y tremper nos saisons de papier. J'ai marché dans des déserts où les alliances s'exilent et dans l'exode chercher ce qui en moi n'avait plus lieu d'être, débris de paroles, souffles de cendres, ruines de plomb...Et sous la mer étale, les ombres des aubes ...



A nous- disions-nous- les moissons en gerbe sous des appentis sans toit, à nous donc tout ce qui naît et disparaît, à nous le point du jour où l'obscur s'éteint en jetant sa semence - nous disions -  au soleil, à la face de sa lumière lasse à laquelle nous ne croyions pas, à ses saisons de feux où le gel fleurissait, les corolles aux senteurs mortes...Sauf les lignes d'au delà des lointains où roulent tous les horizons, ces traces d'azur qui s'enflammaient dans nos iris...


Les plumes enfantent les graines qui sèment le monde, plumes brisées, plumes mortes, plumes reprises
Sans relâche, c'est dans une encre de glaise qu'elles ramassent leur âme opaque
Car on ne peut dire en deçà des frontières, notre coeur ne parle qu'aux ports sans escales


Il aurait fallu percer de nouveaux puits sur ces îles d'enfance...
Faire germer la poudre des siècles et le sucre du temps couronner
les hauts feuillages des murailles et des villes. Et les beaux jours, ensommeillés dans les ailes du torrent, recouverts enfin de la nacre
de midi, suinter de larmes de miel et les ruches peupler la pente des heures de leurs coraux d'or et d'argent...Il eut fallu les matins des attentes de fleuves et les soirs des repos d'estuaires...

Et partout les sirènes des vaisseaux, partout des quais et des embarquements, des crissements de coques et le claquement des gréements sous la berce du vent...Ces voiliers aux linceuls si blancs, prenant si bien la brise, aux ports d'attache si fermes. Partout ces mers aux nageurs isolés, nageurs de terre, nageurs de boue, ouvrant dans la houle les labours des jours, où tressaillent l'amour et la mort...

Les mines sous nos pieds ont des langues de prophètes et ne s'enchantent que d'avenir
Les pierres ne mentent pas qui disent qu'il n'y a dans les pas d'aujourd'hui rien des pas de demain
Les rêves sont les princes pâles qui engrossent la terre, le nid qu'ils habitent et fécondent pour s'y dissoudre comme une nuée anonyme


De toute part, de la substance des horizons et malgré tout présente de tout son sel, une soif comme un amer sous le phare, une soif qui inondait les fontaines, qui, canal aride, asséchait l'arrière-pays, une soif de cailloux et de roches, d'arènes et de laves...Cette faim de la soif, le tarissement des sources, l'homme de ronce et de ponce sur des routes de palimpsestes, cette rumeur sourde du monde qui erre comme une ivresse tue sous les signes inintelligibles...

Du bord des choses les hommes sont nés, de déserts et d'erg ils ont vécu, hommes doux sous la tente du ciel, le doigt dressé dans le froid des nuits, vers ce qui ne se peut, le sans âge, dans les rides du temps et de ses cicatrices vermeilles, hommes nés, souverains-nés du silence, parmi les bêtes et les plantes, sous les palmes des Royaumes rêvés...Ruisseaux de songes aux étoffes errantes...Veufs déjà des territoires qui les ont nommés...

Le souffle du soir annonce la béance du large où s'unissent les prières et les suppliques
La terre d'aujourd'hui, pauvre, nue, attend ses lumières du vent, son sel seul abreuve les peines
Des prairies lacustres s'envolent des oiseaux et leurs messages de roseaux incrustent le sol de ceps et de vignes

De ces temps maintenant anciens où l'âme avait les vertiges enfantins d'un vide à peine soupçonné, souhaité même, nous avons pris congé et pour d'autres falaises aux solitudes plus formées avons-nous voyagé...Nouvelles aurores aux souffles dérobés,  vagues expirantes sur des seuils d'arêtes et de cristal où la volupté et la souffrance ont accroché leurs amarres uniques au delà des météores...Forces vierges  agitées encore d'un sang séculaire....

J'ai espéré alors la tempête qui trouble et refuse, la pluie qui blanchit et efface, la rafale qui abat et empêche, ...les siècles qui dansent et répètent le suffrage des vivants et des morts...J'ai espéré une guirlande étroite d'où je sens ma vie, celle que j'attends, celle aux ailes obscures où les nuits se mirent et qui battent dans une pensée plus grande que la mienne, au dessus de fleuves plus larges,  par delà une immensité plus immense encore que le bleu des jours.









mardi 2 août 2016

Paroles, Houles insues (4)

La-bas des vergers gonflent leur fruit
Lorsqu'au plus près de l'âme
Ton corps en moi chante les maraudes de l'été
Je parle des seuils
Aux jardins déclôts
Que tes mains ont semés
De paroles naissantes
Mais ta demeure vive
Est sans propiétaire
Le printemps n'appartient qu'à lui-même
Et ses heures doucement
Tombent d'un ciel bleu de neige

lundi 1 août 2016

Paroles, Houles insues (3)

Comme une mer assoiffée sur des sentiers de lichen
Que la pluie réchauffe sur une peau d'orage
Je pense à toi comme un fruit toujours vert
Où se tend l'eau de tes lèvres
Et les éventails de printemps
Sur lesquels mes pas creusent des regards
Comme des lisières qui refusent les bornes

Dans ton souffle germent les paupières
Où giguent les ombres et les pierres
Gerbes sur une ceinture de roses
Il faut de hautes levées d'arbres et de rivières
De hautes levées de chants et de secrets
Pour que le jour enfin absorbe la nuit
Où s'étendent les blasons des regrets

J'ai regardé l'étrave du temps
Et dans sa chair voleuse les migrateurs de houle
J'ai attendu leurs sillages où se cachent le sang
Et dans les jours qui fondent
L'attente imprévisible de ce qui se trame
Bien après que les horizons ont disparu