samedi 2 septembre 2017

Chemins de la ville basse (18)

Dans la suie dormante, de celles que l'on chante  tombée des cieux, dans le sang imagé du Fils, qui germe dans les âmes et leurs prisons , ces geôles qui trouent nos coeurs et se ravissent d'alarmes putrides,  chlorhydriques jouets aux formes larvaires, rampantes, formes acides qui rompent ce qui est déjà séparé, il n'y a qu'une vague où vivre, un train où accoster, un pain d'oubli quotidien, un monde aux prières perdues, un monde aux mères égorgées, aux pères émasculés, monde où hurlent les matrices à force de vide, aux corps nus, enchevêtrés dans leur nuit... Nous avons oublié l'obscure  fatigue des désirs, la fuite des vents, l'odeur aimante du sang dormant dans les rigoles des âmes, omis le sel des peaux, écartelé le destin qui nous pensait avides et sans soif

Dans les puits où fleurissent les bêtes sifflantes, entre mort et mort, dans les flux et les remords, avoir ainsi assassiné ce que nous avions de plus beau, pas nous, mais nous aussi, l'âge, l'âge informe, l'âge meurtrier, celui qui blesse la blessure même et mord l'enfance, il faut l'assourdissement  pour ignorer autant d' impasses dans les chemins de hauts vents,  routes d'ouïe et de sens qu'on entend seul, seul,  des fenêtres éparses plantées à l'intérieur de la fourmi vomissante  (et métallique) qui bouffe nos cerveaux et brûle nos idées, et puis les ans qui gonflent sous les veines jusqu'à pourrir les os, les cartilages d'enfance, de jeunesse, ceux qui fleuriront  les terres fécondes de demain, notre fosse commune.  

Seules de vaste plaines vides où se dresse le néant où tout s'afflige et se repent et qui regarde l'absence sans port où je suis, où tu es, indestructibles de solitude

Les longues et étroites plaines de sang où roucoulent les espoirs d'hier et les prophètes, eux, qui, sans cesse en redemandent ricanant de silence et de pluies muettes, grandes averses de nuit et de chair.

1 commentaire:

  1. De la douceur ciselée des quatrains, au long cri déchiré de ces chemins d' entrailles..
    Ton aisance à passer, avec autant de chic, d' une écriture à l' autre, me sidère ( et j' le dis comme je l' pense.. :)

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