mardi 24 octobre 2017

Anecdotes de l'Archipel (5)

L'Anecdote de la minute dernière


Les pommiers sauvages,
Les marronniers rouges
S’ensommeillent
Dans l'auberge chaude
De la nuit.


Partout, la voix des jours
S’accroche encore
Dans l’asile de leur feuillage
Comme la loyauté ruinée
De la clarté diurne.


Le mensonge et la vérité
Ne tiennent aucune place
Dans ce qui est
Et la minute dernière
N’a rien d’un jugement.


La minute dernière
N’est jamais la dernière
Comme l’origine du monde
N’est en rien l’origine du monde

Il n’y a que l’ajonc
Et ses chimères de dunes douces
Les violettes d’eau
Et leurs songeries d’opium

jeudi 19 octobre 2017

Anecdotes de l'Archipel (4)

L'Anecdote des poires

Les poires parlent au printemps
En fleurs elles lui murmurent
La patience et la tranquillité
Qu’elles éprouvent
D’être un jour poires
Le printemps indifférent
N'écoute rien de leurs prières 
Nulles ne montent jusqu'à lui
Car il attend l’éclat de sa maturité propre
Tout concentré en ce qu’il est
Il affine sa douceur et sa lumière 
A l'aiguisoir de  l’avenir
Sans s’occuper de ce dont il est le père
Il espère sa fin dans l’éblouissement
De l’été, sa transparence, sa fluidité
Sa rondeur vive

Aux dernières journées d'août
Quand l'été vieilli se fait lourd
Les poires n’auront plus rien à demander
A ce printemps déjà disparu
Et qu’elles ne regretteront pas.

Plus tard, aux soirs de septembre
Dans la besace du cueilleur
Les poires réciteront le psaume des morts
Qui embrassent la bouche de la terre

La maturité est l’espérance de la fin
Et la pourriture, son fruit le plus abouti.

mardi 17 octobre 2017

Terre Levée (4)

Immobile,  fils de cette limpidité légère, muette et libre
Qui suspend les nuages dans la nacre transparente de l’été
J’abreuve mes lèvres de rondeurs lumineuses
Et mes pensées nues s’éparpillent dans un parfum d’infini

Mais une tique vénéneuse, jalouse et rancunière, couvre de son hiver
Les prairies roses où frissonnent mes printemps
Elle s’agite, m’encercle et vocifère
Outrage les échos éphémères des vergers de miel où elle prolifère

La haine et ses décrets de vermine ont posé sur ma langue
Un magistrat furieux et bedonnant aux jambes arquées
Qui remplit ma bouche de  reptiles visqueux et funèbres

Dans ce théâtre des Grotesques où le mélange est la seule pureté
Mes doigts  enfiévrés délacent les nœuds où de pauvres mots
Creusent le lit du néant dans le sable d’une page sans relief

lundi 16 octobre 2017

Terre Levée (3)

Le temps au fond de soi est une terre intacte
Laissée par les heures mortes
Où bruissent les lointains
Des rumeurs de ce qui y vit

C’est le dépôt des siècles, des minutes et des ombres
L’enfant y repose dans le secret  de la sève
Comme le fantôme des choses où sommeille la blessure
Lorsque les sources pâles finissent de mourir

Planté de regards anciens où je retrouve le tien
Celui qui résonne encore en moi comme la première aube
Toujours contenue dans la suite des jours

Petite fille si lointaine, mon âme vit toujours
Dans les reflets singuliers où se moissonnent les sangs
Qu’un jour, sans le savoir, ton visage lui a offert