lundi 15 octobre 2018

Les marcheurs (9)



                                           Couvre-feu

D'abord c'est un son de feutre
L'arrière-ban d'un silence à l'éloquence fourbe
Puis des lèvres qui avancent la pénombre
Scrutent l'eau sous la neige
Le souffle dans le vent
D'autres encore qui exagèrent la nuit
Multiplient l'abîme sous les gouffres
Les images dans les choses

Il reste un regard clair
ce couvre-feu
qui ferme les ponts.

jeudi 4 octobre 2018

Les marcheurs (8)


                            
                                  Surcharge pondérale

Ce qui s'estompe dans la mer, la marche vers le ciel 
et les vérités morceaux de nuages sanglants.
C'est une parole figée par les regards, un manuscrit
qui s'écoule dans la gorge, Dieu ou la mort
Quand tout se tait, à la dernière noce
aux œuvres dernières...
Plus loin, plaies et chancres dansent
sous le vent fiévreux des sarabandes sans bords

Le poids des morts gercent mes sangs
Sans rancœur pour les poussières






jeudi 27 septembre 2018

Les marcheurs (7)







                                    Par dessus les puits


Secrètes pesées ! Crissements des lointains ! Lorsque les pinceaux du jour, la palette des aubes, transpercent de leurs ors diaprés 
les tissus nocturnes sous lesquels ils grésillent. 
Leur sommeil agité de la nuit étonne 
les marcheurs qu'à travers le jour 
pourtant ils ne perçoivent. 
C'est un caillou qu'ils heurtent, 
une rivière qui s'embrume, une feuille jaunie dans la clarté mourante de l'après midi. 
Ou la brûlure obscure, sage et dissimulée sous la terre, qui nourrit leur pas. 
Quelque chose qui dit aux ouïes distraites.

Par dessus les cryptes s'élancent les chœurs et des mots vides pénètrent sous ma langue.


mardi 25 septembre 2018

Les marcheurs (6)




                                             L'organiste

Une pluie obscure monte de la terre et
imprime dans l'âme de qui le veut
le secret des racines, 
une pluie ou des nuages, cachés dans les brumes. 
Les cimes battent des ailes 
et leur envol immobile contredit l'horizon
dans le passage nocturne d'un sillage mortel. Ce qui n'empêche en rien la lumière du matin
de voir les portes s'ouvrir dans une nuit invisible 
où seuls bruissent les seuils froids.


J'atteins d'une voix grave des océans ailés, points d'orgue aux arcs blanchis.

lundi 24 septembre 2018

Les marcheurs (5)



                                 ...Des ombres, le soir....

Il est le soir où se trainent les mots où rampent les vertiges. Il est le soir, le regret du printemps, l'attente des vents d'ouest. Il est le soir, ce regard assassiné, doux mais éteint, d'un monde sans soleil

Et dans ce goût du soir que cachent les lumières baltiques, le promeneur de neige entend l'enregistrement des souffles sur les falaises cachemires

La pénombre est à la fête qui mène sa ronde jusqu'à l'âme des étoiles, lorsque sur les rivages s'étendent les couronnes des minutes fanées qui s'écoulent dans la mer

Le pas des ombres cherche leur lieu dans les ramures de mon cœur.

dimanche 16 septembre 2018

Les marcheurs (4)





                                      Pistes marines


     Joie de l'aigle azur lorsque de sous la mer montent...


                       Des cimes  accrochées au vent
      Lorsque invisible, encore nourries du suc des nuages,
    L'asphodèle  ouvre ses ailes et bourdonne au milieu du ciel

                       Des racines aux yeux assombris
   Ruisselantes et vides lorsque la tempête forme un creux
   Un sillon étroit que les fictions emplissent de lest

                       Des frondaisons qu'agite l'immobile 
   Comme les secousses d'un repos qui gémit et qui craque
   Sous l'étrave tranchante de ce qui ne se meut et qui meurt


     Aujourd'hui  un feu sans fracas règle mes chantiers.

samedi 15 septembre 2018

Les marcheurs (3)





                               September Song

Septembre et son voile absorbe la sève
Sa lumière sous un ciel rétréci se referme
Basse et grise et caresse l'horizon
Une noce douce qui ride les eaux
Et endort la terre au mitan de la vie
Un silence hersé qui strie les frôlements. 
Seul l'écho de ce qui se tait
Tressaille entre les vallées nues
Pour s'étendre jusqu'aux plaines vives

Il est tard dans ce regard que longe la nuit

jeudi 13 septembre 2018

Les marcheurs (2)



                                     
                                           L'air du temps


L'ombre hospitalière, avide de feuillages et de fossés,  a inondé le désert pour briser en sa lumière les idoles qu'elle renferme et avertir leurs signes obscurs de se couvrir de dunes.  

Ce qui brûlait les yeux du vent, un silence chaud, le souffle suspendu, l'âme comme un rocher lisse ; ce qui consumait le sang des fleuves, les sources arides, ce raclement des gorges sèches.

Le promeneur lit maintenant le livre du gel et sur ses lettres de givre, il voit s'annoncer  dans ces fables d'hiver le récit des racines et l'attente des heures muettes.

Mes paupières ont maintenant l'âge des poussières épaisses.

mercredi 12 septembre 2018

Les marcheurs (1)

                
                            
                              Des oiseaux et des vagues

Sous l'écume, des voiles de sel gonflent les vagues équinoxes, érigent des citadelles de paille, villes dont les murailles se taisent, toujours coites, sous les voûtes du ciel. Et souvent, alors que le firmament fermé à toutes prières pleure son immortalité déchue, le paysan laboure les fonds à la recherche d'un rythme aquatique. C'est en tout cas ce que les oiseaux de marbre, nichés dans les falaises d'automne, ont toujours cru. Mais ce que l'on croit est une rivière qui n'admet pas de barrages, qui refuse la dérive, même lorsque des crues de pierre s'élancent à sa poursuite. Puis les oiseaux de marbre ne sont pas des oiseaux de marbre, ce sont des oiseaux de gel qui fondent sur les rives des fleuves qui doutent.
La nuit se referme sur mes mains closes déjà.


jeudi 6 septembre 2018

Soir (3)



Je cherche la terre comme le nom de la lune
Celui que l'on a oublié lorsqu'on passe la nuit
A traverser sa lumière partielle 

Mais la terre, c'est l'esprit aveuglé de matière
C'est une oreille tendue sous les robes du ciel
La force, le lien, la foule du regard

Nos pas creusent leurs ombres sur ce sol
Et l'espace qu'ils creusent dans ces ombres obliques
Sont les souvenirs où nous nous consumons

 

mercredi 5 septembre 2018

Soir (2)

Les ombres qui s'inclinent sont le secret du couchant
C'est l’œuvre obscure qui reconnait son père
Avant de s'effacer dans son absence prochaine
Ce sont les roueries du jour, la pulpe du midi
De croire à l'innocence du ciel :
Le Verbe dans ses signes de lumière
Drapé de ses élancements trompeurs
Dresse ses certitudes dès l'aube 
La nuit le voit moins distingué
Plus humble parmi les fantômes confus
Qui lui dévore les flancs.

dimanche 2 septembre 2018

Soir (1)

Qu'il souffle le vent du soir
Sur les heures défaites
Et qu'enfin tu trouves ici
Dans ce temps meurtri
Un jeune sang blessé

Il se fait tard les soirs
Quand on attend
Les racines du jour
Les lueurs sous la brise
Et les rivages azur

On peine, on gesticule
Dans le silence du vent
Les soirs d'abîme
Où les rivières sont désirs.

samedi 1 septembre 2018

Cité (5)

La Cité a ses clairières, ses veilleurs insomniaques et ses paupières de braises. Partout, on y danse des extases aquatiques, lourdes, cachées, mortes peut-être, noires et brillantes ; ce sont les étoiles lointaines, ces rivières obscures, ces canaux rauques où les péniches raclent les fonds ; ce sont des rives insolentes,  ces constellations emplies d'algues et de mousses où se mêlent leurs éclats affaissés ; puis l'hiver des sources lorsque les saisons sèchent à ne plus exister, à  paraitre vivantes encore seulement pour le sang pauvre qui se contente.

Dans ces déserts de nuit - lumières blanches isolées par dessus les routes vides, lumières sales suspendues au-dessus des grilles et des murs - les portes sont brumes et brouillards, fausses monnaies, lunes hypocrites - on cherche le fantôme qu'on habite mais le nom s'échappe, on repart, dans ce lac circulaire, saveur terne dans sa barque anonyme, solitude fleurie où s'isolent les confins, l'horizon brûlant qui voile de ses bornes infinies les faims inconnues et les soifs oubliées

Je suis un mensonge nacré où s'accablent les heures et l'abandon, une lacune vierge qui craint le chemin, un espacement dépeuplé que réfute la meute et en vagues successives vers la baie sauvage un nageur nu qui se noie sous la pendule des plaines arctiques.

vendredi 31 août 2018

Cité(4)

La rosée s'est posée, aube électrique et nue,
Et les pavés de la cité se glacent et se lissent d'un éclat maritime
Si chaud ce miroir des choses, si chaud dans le souvenir de sa froideur
Si silencieuse comme une rumeur d'éveil sous la pente des toits
Puis les bruits, les cris, les appels dans le nid du jour
Comme un horizon qui grandit au fond d'une bouche
Où l'amas descendu dans sa nuit se fait rivière d'haleine, de chair et de sang
A volonté. 

Ce sont des ramures d'acier qui frissonnent en toi maintenant, des pétioles graisseux qui s'agitent sous tes pas, des limbes meurtris qui se parlent du fond des puits où tes âmes charbonnent d'une lumière lente. Des univers d'âges perdus, trop seuls pour se savoir seuls, déjà, encore et toujours, dès l'origine à aiguiser le tranchant, le sec et le dur qui écartent la vie en en perçant la pulpe, incomparable muraille qui blesse la nuit et tue le jour.

Ce sont des cités de craies et d'argile, eaux stériles sans message,  funambules sans joie et sans hauteur, ponts noyés entre les îles souterraines, les lèvres tendues sur les roses étirés du crépuscule pour en apaiser les songes.

En épuiser la force.

samedi 2 juin 2018

Poèmes de l'Amour Indigo(2)








Ce chant que tu m'offres
cette source des lisières
C'est le miel des étoiles
qui perle dans l'azur

Caresse indigo
Ce parfum de brise sauvage
qui couvre ma misère 
L'aurore dormante
Que j'attends
et où je vis.

Ici - même les lointains
où nous étendîmes
nos champs
d'éclats et de pavots

Poèmes de l'Amour Indigo(1)




 Pour Agnès

Dans tes vagues de nuit
j'atteins la houle des vents
Des sentes d'écume
Des routes de mer
Le chant des marées
Puis
Des ailes de lune 
Entre les roseaux

je sais cet amour que tu me donnes
comme une aube qui triomphe du jour

Que dire  de ces mauvais poèmes
qui meurent sur la grève?

Le silence de ton corps
qui est le mien.

mercredi 30 mai 2018

Cité (3)

Le crépuscule, sur la ville, me donna son nom, rouge encore, la cicatrice trop nouvelle pour en sentir déjà le sentier blême courir sous l'ombre des vents. Mes yeux allumèrent des lanternes de nuit qui n'éclairaient que le jour, et le rivage las des faubourgs se gorgea d'une eau brûlante par dessus les ronces. Je marchais à travers le cortège des rues, aveugle, nu, indifférent aux pas qui me menaient aux vertiges des sultanes apocryphes. Sous des orages électriques, ma boue s'exaltait en une statuaire mouvante et trompeuse. De vagues comètes me suivaient, sortant des avaloirs d'un hiver éternel ; éteintes et noires, gorgées de chairs factices, elles montaient, mobiles, grimaçantes et sanglantes, le long des nerfs de la cité pour emporter le chant des réprouvés. Et devant, et derrière, le son des cascades d'argent, d'or et de nuit remplissaient les grands boulevards des heures de leur ennui synthétique.
C'était une prière où je vivais, une prière de briques et de métal, un appel aux sommeils ardents de la terre morte. Et sous la rampe des ponts, des hordes de mendiants se dressaient seulement lorsque s’élevaient les moissons d’Éden.

vendredi 25 mai 2018

Cité (2)

Sous les dômes, arcs tendus, en plein cintre rompu, accouplés dans l'acier bleui, puis des roues de géants, ogives brûlantes du fanatisme industrieux, des passerelles ardentes par dessus des fleuves de nickel, fusions d'angles écarlates aux géométries obtuses, candélabres électriques derrière des vitres brutes et froides, enchâssées dans des rais de lumières crues...On y consomme la nuit, fixée sur des écrans mats, lorsque s'éveillent, sous des artifices d'or, les somnambules du chiffre  zélé, absorbés par l'impatience et le temps. C'est la rengaine de la cité, la mélodie aux mille croches, que des enfants édentés donnent pour baiser à leurs amantes de soufre, la chanson morte que sifflent les peuples d'aujourd'hui. Au milieu de cette mer  de boue, je suspends dans la brise cette voix de matin qui s'abreuve des formes, cette voix des livides d'où s'élèvent les banlieues. Les avenues ouvrent sur des cachots aveugles, offerts par des mages anciens, vêtus d'espace et de vide. Les murailles fleurissent dans un printemps perpétuel achetées au prix ultime des ronces qui envenime l'haleine. Plus haut, des oiseaux mécaniques arrachent de leur bec la dernière tranche de ce qui reste du jour, la lueur fade des traces diaphanes où vécut ce qui se devait de vivre...Dans cette chair évanouie, un ciel aux archives infinies, invisible et nu, s'est couronné de la gloire des cendres. Je vis dans une cité où s'embrassent des diadèmes d'étain, ramassés au hasard des vents dans les champs d'honneur où l'abime se terre, où l'exil se vend.
Dans ces quartiers d'écume, ces routes d'enfance, survolés par les anges,  j'attends  les heures où j'habite le vide, la trame des brumes, la voile de l'énigme.

mercredi 2 mai 2018

Cité

                                             I.

Des nuages gris qui filent sous la lune. Le long de filins accrochés aux façades, de petites ampoules suspendues par dessus les rues, longues et courtes, courbes et droites. Tout le long, des façades basses ou hautes, étroites ou larges qui courent à l'horizon se perdre dans leurs propres lacis où s'enfonce la nuit. Des champs de pavés arrondis, alourdis ou usés par la pluie incessante, brillants et lisses. Le regard porte court, sur une petite lumière de nuit où se glisse une silhouette éphémère, et les maisons qui s'agitent, dansent et rompent leurs cadences dans un bruit où craquent les joints. Le seul est partout, dans ce regard de la cité, les étoiles effacées par le vent et la pluie qui frappent sèchement les toits noirs et rouges. Les rues s'évadent d'elles-mêmes, emportant au loin une voiture qui passe, aux formes rondes et aux phares jaunes qui brisent l'obscur en embrasant le silence. Au delà des masses sombres enchevêtrées, charbonneuses, de longues tours métalliques ruisselantes de solitude, inactives maintenant, entre ces dômes lourds où vécut la sueur et la soie. En couches successives, plus hautes et plus basses, nouées aux tentacules d'un même destin, ces tours, ces fleurs sombres de l'hiver, penchées au bord d'un canal, loin, plus loin, plus profond que la nuit encore, là où les chants se sont engloutis, dévorés par les sangsues de misère et d'abondance. 

Il pleut maintenant sous la lune une sarabande pleureuse qui enchaine les murs. On voudrait l'aimer. On y étouffe. C'est un drame aux multiples cours, aux  obscurités tristes et sales où meurent sous abri les regards naissants.

dimanche 8 avril 2018

Chute (2)

Tu naquis liquide, mourus pétrifié.

Sous ta langue le bouillonnement muet
le verbe tu, le deuil accompli

Dans ce pays vide, le silence des filets
recueillit l'écume dissipée 
qui parlait dans tes rides

Tu écrivis des lettres de poussière
dans ces chemins de campagne
ces sentes de sommeil 
Ce monde sans fruit 
à l'ombre des vergers fleuris

lorsque les cieux se voilent
lorsque se brise la nuit

Tu fus source de pierre au milieu des flots
l'attente pâle où tu te figeas.
 

mardi 3 avril 2018

Chute (1)

Elles vinrent ces flammes innocentes
En ces jours domestiques, aveugles et somnolents
portées par un fatal été
soudoyer ta conscience
et de tes rêves élever des images et des morts

comme un poison posé sur tes lèvres
une racine mortelle sous la langue
brûlant tes jardins bientôt en cendres
Elles passèrent, ces flammes ignorantes
remplir tes plaines d'un suc pâle, puissant et douloureux

Marches-tu encore de cette langue de plaie
la peau arrachée de tes lèvres
avec sous tes pas, le chemin brûlé
où poussent les croix

Marches-tu encore sans dire
cette peau qui s'abrège
et ce sang  qui se fuit

en ces lieux d'abandon
où les ombres s'efforcent.


lundi 2 avril 2018

Mes Amériques (3)

Ce n'est pas dans ces souffles, 
anonymes  coursiers des mers
non plus vers l'obscur ailleurs, ni en ton rêve clair comme l'embrun des aubes
ni sur les plaies des risées de la surface insondable
Seulement dans ta solitude froide entourée d'horizons

Tu t'enfouis sous ton rêve, parfumé et chantant
laissant là tes vivants  et leur nuit 
pour des paupières légères
suspendues à tes îles, aux fruits de tes déserts,
aux heures dénudées où tu te rejoindras

C'est dans un regard d'eau,  suspendu à la houle
que s'annonce la parole, belliqueuse et nocturne. 



Mes Amériques (2)

Le roulis qui t'emporte est un détroit
un risque pour tes rives
le prétexte des vagues silencieuses
enflées de leur matière haineuse
pour tes routes cardinales

Routes d'Ouest aux écumes de sang
chemins de blessures qui mènent aux ports
où tu feras naufrage
tes voiles pleines encore
de tes tempêtes de nuit

ces encres qui appareillent
comme un vaisseau d'averse
qui s'enfonce sous la houle


dimanche 1 avril 2018

Mes Amériques (1)


                           Rien à voir, juste l'Amérique, pour me faire plaisir

C'est aux confins de la nuit
et au  seuil du jour
lorsqu' épuisées de briller
s'évadent les étoiles
qu'encore nocturne  se glisse une parole
Aux prémisses des aubes

Bourgeon de silence,  mutisme des jardins, 
rose souterraine,  jacinthe de nuit
J'y invente des serrures d'eau
Ces bouquets de verrous que je t'offre

à toi 

qui étendit ses ailes  
sur les océans lointains
où le regard fleurit et espère

samedi 31 mars 2018

chants des guirlandes amères (4)

Enclore  les ombres dans tes paroles

Murailles épaisses, espace nu, infranchissable
Tes mots sont d'ombres et de nuit : 
les aubes y jouent de la lyre
dont les jours naissant égarent les étoiles

Toujours tu es là,  à appeler les routes, 
comme steppes affamées
à héler le temps que ces routes traversent
Pâtre ou berger tes troupeaux absents courent pourtant

là où l'esprit attend de toi la mer 
Et tout ce qui y règne

Chants des guirlandes amères (3)

Tapis de printemps descendant des collines
jaune puis bleu puis jaune au milieu des prairies des jours
Frissonnantes comme des perles humides

en ces matins d'avril 
qui te trouvent clos dans ta nuit glacée

Silences épanouis dans cette lumière confondante
où les lignes s'effacent sous la matière chaude
comme l'annonce d'un vent lointain : heures tourmentées,
plaines sans repos, appel sourd d'un souffle ignoré,
Tu cueillis les roses froides de tes hivers et tes mains

Enfin fleurirent, caressant l'obscur qui grandit
De l'inique blessure qui ferme ton ventre

La pluie s'écoule du sang de tes pères

Chants des guirlandes amères (2)

Torrents sombres qu'ivresse offre
au passant
Un peu de cet oubli des tombes
où déjà nous vivons
Et de ce peu  qui s'enfuit et ensable
l'attente
Nait la vague amère
Et la brise 
qui emporte nos reflets

dimanche 4 février 2018

Chants des guirlandes amères (1)

Lourde la route, lourd le sang
de processions et de manèges
le long de voyages invisibles
aux langues étrangères. Seul

et tout bas, sans hâte, à suivre
rives et ombrages endormis
dans la pâleur d'un soir.

Mais lorsque l'éternité, serpent sage,
siffle à mes oreilles le frisson

des guirlandes amères

j'étreins la terre et attends
que se séparent les sources d'antan

Attends seulement l'envol
dans la paix bleutée d'un instant 

jeudi 1 février 2018

De néant et d'oubli (6)

Tout cela qui doute
qui veut sous les nuages ou qui peut 
à l'ombre des heures,
à l'horloge de la poussière et des noms,
restera sans image 
de la dissolution des pendules

Sous ce nouveau ciel d'oubli
rien des vergers de sanglots 
rien non plus du roseau sublime
les étoiles elles-mêmes
abandonnent leur lueur

A l'immobile absence


mardi 30 janvier 2018

De néant et d'oubli (5)

C'est dans la lumière que 
les avenues se chaussent d'impasses

Dans la nuit que
le labyrinthe s'explique
Avant la cécité des clartés

On aimerait des bouquets
de brumes en fleur
Des gerbes de jacinthes
voilées de ténèbres

On aurait voulu la vie
dressée dans ses solitudes
Mais c'est trop dire encore
de ce qui n'a pas de nom

lundi 29 janvier 2018

De néant et d'oubli (4)


On n' échappe pas aux verrous
Ils sont là à fermer les chemins
A éclipser la lune
A fondre l'immensité

On les regarde luire dans le noir
A aiguiser la nuit
Cette lame fine qui lacère le jour

Où ondulent les enroulements de l'heure

 Il faut suivre les cheminements des murs
 Le sarcasme des murailles
 Par où se tordent et s'emmêlent les routes
 Quand on croit à l'avenir

 Dans cet océan de la dernière escale

jeudi 25 janvier 2018

De néant et d'oubli (3)

Des uns aux autres 
Brasiers d'obscur
Floraisons aveugles
Vastes plaines où brûle le vide
Aux crêtes des ans

Une buée blême fleurit entre nos mains
Puis fige les fragments fugitifs
où l'abîme se révèle

Épis aux  semences infécondes
Suspendues par des vents
au sein de leurs demeures sauvages

Les heures sont pauvres
Dans l'étreinte de ce qui passe
Les visages captifs se dissipent

Dans le silence des marées




vendredi 19 janvier 2018

De néant et d'oubli (2)

Dans cette nuit où le jour s'admire
Comme le ciel
dans une eau sombre

Les reflets ont des voix
D'écarlate et de pourpre

Les échos déchirés appellent le désert
dans cet empire sans lointain

Les racines guettent leur sépulcre
Une lame de vent tranche
Le néant d'où le roseau se plie

Les chemins n'ont nul chemin où aller
En ces temps crépusculaires
Qui recueillent la fraude

Des songes d'aurore
Reposent, obscurs et sans ailes




jeudi 18 janvier 2018

De néant et d'oubli (1)

Il est des brises sous la lune
Dont les soirs s'éprennent
Et qu'ils absorbent

En un silence moiré

Comme une poussière
Qui s'efface dans la cendre

Au delà, les routes du ciel
Où se cueillent les étoiles
N'offrent qu'un désert d'ombres

Comme le fruit de ce qui fut