vendredi 25 mai 2018

Cité (2)

Sous les dômes, arcs tendus, en plein cintre rompu, accouplés dans l'acier bleui, puis des roues de géants, ogives brûlantes du fanatisme industrieux, des passerelles ardentes par dessus des fleuves de nickel, fusions d'angles écarlates aux géométries obtuses, candélabres électriques derrière des vitres brutes et froides, enchâssées dans des rais de lumières crues...On y consomme la nuit, fixée sur des écrans mats, lorsque s'éveillent, sous des artifices d'or, les somnambules du chiffre  zélé, absorbés par l'impatience et le temps. C'est la rengaine de la cité, la mélodie aux mille croches, que des enfants édentés donnent pour baiser à leurs amantes de soufre, la chanson morte que sifflent les peuples d'aujourd'hui. Au milieu de cette mer  de boue, je suspends dans la brise cette voix de matin qui s'abreuve des formes, cette voix des livides d'où s'élèvent les banlieues. Les avenues ouvrent sur des cachots aveugles, offerts par des mages anciens, vêtus d'espace et de vide. Les murailles fleurissent dans un printemps perpétuel achetées au prix ultime des ronces qui envenime l'haleine. Plus haut, des oiseaux mécaniques arrachent de leur bec la dernière tranche de ce qui reste du jour, la lueur fade des traces diaphanes où vécut ce qui se devait de vivre...Dans cette chair évanouie, un ciel aux archives infinies, invisible et nu, s'est couronné de la gloire des cendres. Je vis dans une cité où s'embrassent des diadèmes d'étain, ramassés au hasard des vents dans les champs d'honneur où l'abime se terre, où l'exil se vend.
Dans ces quartiers d'écume, ces routes d'enfance, survolés par les anges,  j'attends  les heures où j'habite le vide, la trame des brumes, la voile de l'énigme.

2 commentaires:

  1. Y a quelque chose des perspectives infinies des dessins d'Escher dans tes Cités..
    Magnifique !

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    1. En tout cas, perspective en obliques tranchantes -)))...Merci pour Eischer (mais bon lui c'est un vrai artiste)et sans vouloir faire trop le malin, je suis d'accord avec toi; encore modifié le début.

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