mercredi 30 mai 2018

Cité (3)

Le crépuscule, sur la ville, me donna son nom, rouge encore, la cicatrice trop nouvelle pour en sentir déjà le sentier blême courir sous l'ombre des vents. Mes yeux allumèrent des lanternes de nuit qui n'éclairaient que le jour, et le rivage las des faubourgs se gorgea d'une eau brûlante par dessus les ronces. Je marchais à travers le cortège des rues, aveugle, nu, indifférent aux pas qui me menaient aux vertiges des sultanes apocryphes. Sous des orages électriques, ma boue s'exaltait en une statuaire mouvante et trompeuse. De vagues comètes me suivaient, sortant des avaloirs d'un hiver éternel ; éteintes et noires, gorgées de chairs factices, elles montaient, mobiles, grimaçantes et sanglantes, le long des nerfs de la cité pour emporter le chant des réprouvés. Et devant, et derrière, le son des cascades d'argent, d'or et de nuit remplissaient les grands boulevards des heures de leur ennui synthétique.
C'était une prière où je vivais, une prière de briques et de métal, un appel aux sommeils ardents de la terre morte. Et sous la rampe des ponts, des hordes de mendiants se dressaient seulement lorsque s’élevaient les moissons d’Éden.

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