jeudi 27 septembre 2018

Les marcheurs (7)







                                    Par dessus les puits


Secrètes pesées ! Crissements des lointains ! Lorsque les pinceaux du jour, la palette des aubes, transpercent de leurs ors diaprés 
les tissus nocturnes sous lesquels ils grésillent. 
Leur sommeil agité de la nuit étonne 
les marcheurs qu'à travers le jour 
pourtant ils ne perçoivent. 
C'est un caillou qu'ils heurtent, 
une rivière qui s'embrume, une feuille jaunie dans la clarté mourante de l'après midi. 
Ou la brûlure obscure, sage et dissimulée sous la terre, qui nourrit leur pas. 
Quelque chose qui dit aux ouïes distraites.

Par dessus les cryptes s'élancent les chœurs et des mots vides pénètrent sous ma langue.


mardi 25 septembre 2018

Les marcheurs (6)




                                             L'organiste

Une pluie obscure monte de la terre et
imprime dans l'âme de qui le veut
le secret des racines, 
une pluie ou des nuages, cachés dans les brumes. 
Les cimes battent des ailes 
et leur envol immobile contredit l'horizon
dans le passage nocturne d'un sillage mortel. Ce qui n'empêche en rien la lumière du matin
de voir les portes s'ouvrir dans une nuit invisible 
où seuls bruissent les seuils froids.


J'atteins d'une voix grave des océans ailés, points d'orgue aux arcs blanchis.

lundi 24 septembre 2018

Les marcheurs (5)



                                 ...Des ombres, le soir....

Il est le soir où se trainent les mots où rampent les vertiges. Il est le soir, le regret du printemps, l'attente des vents d'ouest. Il est le soir, ce regard assassiné, doux mais éteint, d'un monde sans soleil

Et dans ce goût du soir que cachent les lumières baltiques, le promeneur de neige entend l'enregistrement des souffles sur les falaises cachemires

La pénombre est à la fête qui mène sa ronde jusqu'à l'âme des étoiles, lorsque sur les rivages s'étendent les couronnes des minutes fanées qui s'écoulent dans la mer

Le pas des ombres cherche leur lieu dans les ramures de mon cœur.

dimanche 16 septembre 2018

Les marcheurs (4)





                                      Pistes marines


     Joie de l'aigle azur lorsque de sous la mer montent...


                       Des cimes  accrochées au vent
      Lorsque invisible, encore nourries du suc des nuages,
    L'asphodèle  ouvre ses ailes et bourdonne au milieu du ciel

                       Des racines aux yeux assombris
   Ruisselantes et vides lorsque la tempête forme un creux
   Un sillon étroit que les fictions emplissent de lest

                       Des frondaisons qu'agite l'immobile 
   Comme les secousses d'un repos qui gémit et qui craque
   Sous l'étrave tranchante de ce qui ne se meut et qui meurt


     Aujourd'hui  un feu sans fracas règle mes chantiers.

samedi 15 septembre 2018

Les marcheurs (3)





                               September Song

Septembre et son voile absorbe la sève
Sa lumière sous un ciel rétréci se referme
Basse et grise et caresse l'horizon
Une noce douce qui ride les eaux
Et endort la terre au mitan de la vie
Un silence hersé qui strie les frôlements. 
Seul l'écho de ce qui se tait
Tressaille entre les vallées nues
Pour s'étendre jusqu'aux plaines vives

Il est tard dans ce regard que longe la nuit

jeudi 13 septembre 2018

Les marcheurs (2)



                                     
                                           L'air du temps


L'ombre hospitalière, avide de feuillages et de fossés,  a inondé le désert pour briser en sa lumière les idoles qu'elle renferme et avertir leurs signes obscurs de se couvrir de dunes.  

Ce qui brûlait les yeux du vent, un silence chaud, le souffle suspendu, l'âme comme un rocher lisse ; ce qui consumait le sang des fleuves, les sources arides, ce raclement des gorges sèches.

Le promeneur lit maintenant le livre du gel et sur ses lettres de givre, il voit s'annoncer  dans ces fables d'hiver le récit des racines et l'attente des heures muettes.

Mes paupières ont maintenant l'âge des poussières épaisses.

mercredi 12 septembre 2018

Les marcheurs (1)

                
                            
                              Des oiseaux et des vagues

Sous l'écume, des voiles de sel gonflent les vagues équinoxes, érigent des citadelles de paille, villes dont les murailles se taisent, toujours coites, sous les voûtes du ciel. Et souvent, alors que le firmament fermé à toutes prières pleure son immortalité déchue, le paysan laboure les fonds à la recherche d'un rythme aquatique. C'est en tout cas ce que les oiseaux de marbre, nichés dans les falaises d'automne, ont toujours cru. Mais ce que l'on croit est une rivière qui n'admet pas de barrages, qui refuse la dérive, même lorsque des crues de pierre s'élancent à sa poursuite. Puis les oiseaux de marbre ne sont pas des oiseaux de marbre, ce sont des oiseaux de gel qui fondent sur les rives des fleuves qui doutent.
La nuit se referme sur mes mains closes déjà.


jeudi 6 septembre 2018

Soir (3)



Je cherche la terre comme le nom de la lune
Celui que l'on a oublié lorsqu'on passe la nuit
A traverser sa lumière partielle 

Mais la terre, c'est l'esprit aveuglé de matière
C'est une oreille tendue sous les robes du ciel
La force, le lien, la foule du regard

Nos pas creusent leurs ombres sur ce sol
Et l'espace qu'ils creusent dans ces ombres obliques
Sont les souvenirs où nous nous consumons

 

mercredi 5 septembre 2018

Soir (2)

Les ombres qui s'inclinent sont le secret du couchant
C'est l’œuvre obscure qui reconnait son père
Avant de s'effacer dans son absence prochaine
Ce sont les roueries du jour, la pulpe du midi
De croire à l'innocence du ciel :
Le Verbe dans ses signes de lumière
Drapé de ses élancements trompeurs
Dresse ses certitudes dès l'aube 
La nuit le voit moins distingué
Plus humble parmi les fantômes confus
Qui lui dévore les flancs.

dimanche 2 septembre 2018

Soir (1)

Qu'il souffle le vent du soir
Sur les heures défaites
Et qu'enfin tu trouves ici
Dans ce temps meurtri
Un jeune sang blessé

Il se fait tard les soirs
Quand on attend
Les racines du jour
Les lueurs sous la brise
Et les rivages azur

On peine, on gesticule
Dans le silence du vent
Les soirs d'abîme
Où les rivières sont désirs.

samedi 1 septembre 2018

Cité (5)

La Cité a ses clairières, ses veilleurs insomniaques et ses paupières de braises. Partout, on y danse des extases aquatiques, lourdes, cachées, mortes peut-être, noires et brillantes ; ce sont les étoiles lointaines, ces rivières obscures, ces canaux rauques où les péniches raclent les fonds ; ce sont des rives insolentes,  ces constellations emplies d'algues et de mousses où se mêlent leurs éclats affaissés ; puis l'hiver des sources lorsque les saisons sèchent à ne plus exister, à  paraitre vivantes encore seulement pour le sang pauvre qui se contente.

Dans ces déserts de nuit - lumières blanches isolées par dessus les routes vides, lumières sales suspendues au-dessus des grilles et des murs - les portes sont brumes et brouillards, fausses monnaies, lunes hypocrites - on cherche le fantôme qu'on habite mais le nom s'échappe, on repart, dans ce lac circulaire, saveur terne dans sa barque anonyme, solitude fleurie où s'isolent les confins, l'horizon brûlant qui voile de ses bornes infinies les faims inconnues et les soifs oubliées

Je suis un mensonge nacré où s'accablent les heures et l'abandon, une lacune vierge qui craint le chemin, un espacement dépeuplé que réfute la meute et en vagues successives vers la baie sauvage un nageur nu qui se noie sous la pendule des plaines arctiques.