jeudi 23 novembre 2017

Anecdotes de l'archipel (15)

Anecdote de la pierre

La pierre ne s’offre à aucune clarté
Et n’accueille aucune ombre
La lumière et l’obscurité s’humilient
Face à cette épaisseur impénétrable.

Identité compacte
Elle offre la figure de son obstinée permanence
L’entêtement et l’obsession d’être
Dominent les montagnes
Asservissent les cailloux.


Matières opaques et bornées
Y dorment pourtant
Des miroirs d'émeraudes
Aux chatoiements barbares
Imperceptibles
A ma vue infirme.


Anecdotes de l'Archipel (14)

Anecdote de la rosée


Le mutisme se refuse aux rosées
Leurs langues de pluies
Leurs lèvres de brumes
Leurs bouches d’ombres chaudes
D’un fluide secret et humide
Scandent toujours
Les fables du vide et de l’oubli.


Leurs chants se posent
Au bord des jours
Car c'est du seuil 
Que toujours ils appellent la pénombre
Et cet appel, simplement appel
Simple halètement
Reste  sans oreille.


Car
C’est toujours
Entre des mains trop pauvres
Que nous recueillons
Ces fragments de nuit
Aux reflets sonores
Et aux danses de velours.

Le savons-nous ?
C’est en vain
Que nous y trouverons

Notre image.

Anecdotes de l'Archipel (13)


Anecdote de l'Antérieur

L’antérieur  est un beau parleur
Qui adapte ses angles
Et ajuste ses fables.
Il a la métaphore
Bavarde,
Comme l’origine d’un écho.

Si on ne suit pas l’antérieur
C’est qu’il marche
A reculons
Et prétend se précéder lui-même.
Sillage qui s’ouvre devant
Toi
Il te vide et t’explique.

Partout où le Temps est
Il te recouvre de sa tunique
Sans couture
Et il n’est d’itinéraire
Qu’il n’ait endetté.

Seul,  le pas suprême l’exile.
Pourtant tu passes ton temps
A ne pas mourir.

lundi 13 novembre 2017

Hors Service (4)



Comment commencer ? Par un duvet de chagrin étendu au seuil
d'un ciel plaintif ? Par le givre des cendres, abri de l'âme qui s'y replie ? Ou encore par la paille pauvre qui brode entre les pierres les échos des volcans éteints ? Et comment finir ? Surtout comment achever ce qui s'est conçu après coup, en sourdine de l'insu ? Comment en finir avec cette ville étrangère qu'aucune étoile ne bleuit et qu'aucune mer ne blanchit...Sinon dans un espace où souffle la sécheresse hostile, dans ces chagrins sans domicile lorsque le deuil s'adresse aux étoiles pèlerines et qu'à jamais, un bâton de plume ordonne le chemin.

vendredi 10 novembre 2017

Anecdotes de l'Archipel (12)


L'Anecdote de la Brume

On  perd la précision des formes
Et les lignes qui cernaient les choses
Ont quitté leur sillage 
Entremêlées dans les chastes entours
L’informe a dégradé les significations du jour.

Seul le proche témoigne encore
Du  scrupule du net, de l’exact, du fidèle
Le retrait du monde s’opère sans débâcle
Il s’efface avec le flegme du grès

Aussi le drame se glace et
Le chagrin s’empare des masques
La perte de toute consistance,
La dormance  de la semblance
Comme une distraction temporaire du faux.

Les voix se croisent sans se voir, 
Dans cet effacement des lisières
Des lèvres sans paroles naissent du deuil
De l'artifice des bornes.

Anecdotes de l'Archipel (11)

L'Anecdote de la Lumière

La lumière se trompe quand elle croit instruire
Elle ignore qu’elle n’éclaire qu’elle-même.
La prétention au clair et au distinct
Est celle de l’été, 
L’arrogance des bourgeons
Quand le lumineux fait le fier.

Il faut cependant négliger
Ce fanfaron inscient,
Et penser alors le soleil comme 
La syntaxe des aveugles 
Ou la linguistique des candides.

Mieux encore
Vaut l’éparpillement
Dans un obscur morcelé.

Anecdotes de l'Archipel (10)

L'Anecdote des choses

Les objets sont les choses
Désignées par les mots
Ce ne sont plus des choses
Plutôt  des engins
Parfois utiles, d’autres fois non

Les choses gisent lointaines
Au-delà même d’elles-mêmes,
Et toute à leur distance inhospitalière
Elles se fécondent dans l’hostilité

Seuls, l’ingénuité discrète
Ou la pieuse idiotie
En leur sommeil
Les éveillent

Brève victoire cependant :
Elles se  raidissent
Dans leur intolérante chasteté
Se refusent et stagnent aussitôt.

mercredi 8 novembre 2017

Anecdotes de l'Archipel (9)


L'Anecdote des poussières

Une intensité faible et  disséminée, 
Une compacité divisée, 
Répartie, émiettée 
Les poussières comme système totalitaire
Chacune de ses unités
Des meutes, 
Des hordes serait plus juste

Foules hésitantes ou pellicule du temps
Protestation contre l’unité
Mais aussi négation du stable 
Et de l’instable,
L’oscillation et l’inertie
S’aiment en elles
Pour enfanter un destin

Avec les poussières
On ne sait jamais
Combinaisons subtiles
D’indécisions temporaires
Et d’immobilités transitoires
Nomades sceptiques
Elles courtisent l’abstention.

Rien ne les empêche
Imperceptibilités omniprésentes
Sceptiques et résistantes à l’action
Elles sont l’âme des choses
Comme marées du monde
Incessant et continu
Elles viennent et  reviennent
Particules entêtées et obtuses
Elles persistent et insistent
Libertines et vagabondes


Résidu des choses
Choses des choses
Legs de la terre
Et legs fait aussi  à la terre
Leur devenir courbe
Possède la sagesse idéale
Des systèmes clos.

Hors Service (3)

Les idées ne sont pas des images. Rien n’arrive à les figurer et leur représentation n’en trace qu’un portrait inanimé puisqu’en effet aucun contour ne les borne. Elles irritent notre sens des limites comme leur volatilité contrarie nos besoins en volumes et en racines. Sans origine,  sans sexe, en-deçà de la différenciation, les idées ondulent, se plissent et se nouent. Elles s’inséminent sous un ciel indifférent, strié de ténèbres sinueuses et d’énigmes aveugles où séjournent les lumières vives des chimères assassines.  

Etres aux allures impersonnelles et au maintien impassible, elles ne respirent qu’en forêts d’insomnie.