lundi 4 octobre 2021

Le soin des jours (4)

C’est un soleil navré qui file sous ma peau, absorbé, aspiré, plié sous le derme tiède où respirent encore les vieux sillons de l’enfance, une promenade sous un printemps zélé, bruissant d’un renouvellement éternel. On s’accorde parfois l’amitié des fantômes, un égarement qui se dresse devant soi et dont les cendres ne chantent pas loin, juste sous nos derniers pas

 

Les jours ont pris soin des vents lorsque chargés de pluies et d’orages, des images dansaient, s’épousaient et mouraient, emportées par les nuages qui suspendent le ciel. J’ai beau suivre sa lumière, j’ai beau creuser son éclat pour espérer y germer enfin, c’est une ombre drue qui s’agite et érode les ornières où boivent mes chiens.

 

Cette attente patiente des égarés lorsque le temps devient plus étroit et le filet plus large.

 

Quand de la mer, on ne goûte plus que le sel.

 


vendredi 1 octobre 2021

Le soin des jours (3)

 

A force


les rivières ont perdu la mémoire de l’eau.

Mais elles ont le temps : elles ne croient plus aux traces. Et la durée pour elles n’est même plus un souvenir. Elles coulent sans attendre, sous un vent aux avenirs absents.

 

Leur cours sans fatigue est immobile

Où l’herbe jette ses dernières ombres

Dans l’insolente clarté qui couvre même la nuit.

 

Il est impossible de fuir ce jardin

Seulement y mourir. 

 

Ce qui n’est pas assez encore.

 

lundi 13 septembre 2021

Le soin des jours (2)

 

Moins encore que vivre

 

Comme ce caillou sous l’aride

 

Mais vit-il seulement si peu 

Dans ce silence trop présent,

Dans cette légèreté trop pesante?

 

Poli des aubes,

Chaque seconde est une aurore

Une issue à chaque fois scellée

 

Un mur qui fleurit

 

Se clore en sa voix

Au milieu du vent sec

 

 

samedi 19 juin 2021

Le soin des jours (1)

Se niche un abri sûr
lorsque sous les draps
des mots de rien
ont creusé l'espace

S'est étendue l'enfance
sous la poche chaude
le danger tout près
était de neige

Le gel mêlait au jour 
sa brûlure de décembre 
cette braise d'hiver 
qui rougit sous la cendre
 
 
 
 



mercredi 5 mai 2021

D'entre les portes (2)

 

De ces aveugles demeures, si près, si loin, ne vois-tu pas verdir le pavé d’entre leurs portes ? Ne vois-tu pas cette broussaille immobile, incapable de brûler au soleil, de frémir sous le vent, de fraichir aux souffles du soir, ces déserts sans éclats longer cette lisière ignorée ? Ce sont de funestes labyrinthes, ceux où l’on ne s’égare, où les courbes de l’espace trahissent l’invisible chemin qui ôte à la flânerie la lenteur des choses et le galbe du temps.

 

Tu as autre chose à faire.

 

La terre a l’écoute patiente dans ce jardin d’entre les portes qui s’élargit et annule les limites : c’est un pas en retrait dans cette course de la sève où tous arrivent le premier. Et dans cet abri  que tu mailles de chairs et de sang, ta bouche vaine échancre les nuages et une voix malhabile erre paresseuse comme l’écho d’une lueur tardive.

 

 


samedi 1 mai 2021

D'entre les portes (1)

Tu ne peux corriger le ciel

Rétablir ses déchirures

Ni t’instruire au cœur de ses brumes

Et tu as beau tendre tes lèvres

Au printemps de tes semailles

C’est d’une eau âpre

Que se drapent tes mots

 

Joindre les brèches

Est impossible au souffle

et de ce qu’est mort déjà

se répand ce qui a encore à succomber

 

La lumière toujours se dérobe

Voile  son murmure de poussière

Qu’ un instant d'eau et de vent

Mêlent aux disciples des labours

 

On croit les fenêtres limpides

Mais les portes closes emportent tout.

 


dimanche 21 mars 2021

Entre Soi (5)

Comme on aimerait de tous ces champs si doux sous la brume

offrir non seulement le blé mais la terre, la terre chaude

celle toute proche, que l’on a presque sous la main

si lointaine pourtant à l'approche des lèvres

qu’il ne reste sous la langue que la poussière un peu amère

des voix échouées lorsque le soleil se couche sous l’onde

 

 

Contraint et forcé, j’étreins mon reflet dans les nuages

Et le peu qu’il reste de moi, cette maladresse fleurie

accorde au temps patient ce qui vacille toujours

 

 

dans les instants encore entrouverts


dimanche 14 mars 2021

Entre Soi (4)

 

Entre Soi

 

l’étranger s’est enclos

sous la cendre des ans


a déchiré la croûte 

dispersé le dépôt

 

Longtemps

 

j’ai fait fi de l’inaudible

mésestimé la rumeur discrète


Maintenant  entre soi

 

j’entends une voix sans image

une forme privée figure

 

la barque anonyme

qui ne qualifie rien de ce qui est dénommé

 

 


 

 

lundi 8 mars 2021

Entre Soi (3)

Pas de passage ici

 

seulement des mots recouverts par des mots

comme le reflux sous la vague

 

On ne dénombre rien dans cet espace

seulement parfois des éclats cueillis

à l'écume des brises-larmes

 

Je me dis

 

A creuser cette brume

A réveiller les racines des nuages

On se donne beaucoup de mal

 

A l'établi, l'horizon n'a pas cours

Sur la table, la farine s’impatiente

 

Les graines au pied des meules

tardent et pourrissent

 

Ailleurs, les heures passent

offertes aux promesses de l'été


dimanche 7 mars 2021

Entre Soi (2)

 J’ai tenté

 

ce qu’on ne peut

percer la sombre écaille


pas plus qu’à l’aube

ramasser les cendres d’hiver


Je guette à la lisière du vent

 

Un feu figé de glace et de neige

samedi 6 mars 2021

Entre Soi (1)

Ce sont lèvres de silence

potins de caillasse

      commérages de clôtures

ignorant ce qui affleure et caresse

 

Sonnent et trompes et cors

d’une pesante et même langue

Ici, seul ce qui est empêché

tient voix et permanence

 

Ces murs ont l'épaisseur bavarde

C’est d'un sang de fiel

palpitant dans leurs songes

qu'un poison s’évapore

 

Reste la sueur vénéneuse

dont se couvrent les jours

vendredi 29 janvier 2021

Multitudes (5)

 

De l’encre éclosent des ruines

Le don de l’inaccompli délie sa corolle

 

Le gel prend la mer

la vague se meurt et les épaves sombrent à quai

 

Sous les débâcles d’hiver

Un vaisseau de banquise traverse le désert nu

 

C’est de la pierre qu’il faut voir

du gel qu’il faut veiller l’éveil de la fleur inerte

 

Aux printemps rebelles


mardi 26 janvier 2021

Multitudes (4)

Où, dans le soir qui vit, deviner le corail ?

Comment chercher la pierre à midi ?

N'étant jamais là où il est

Lorsque la lumière dissimule la lumière

 

On happe des contours

présume des profils

 

L’espérance est la foi en ce peu

 

Ce qui s’échoue appareille

dans cette terre renouvelée et toujours

invaincue, insoumise, impérative

qui attend et menace

 

Les futaies, les taillis plus profonds encore

où règnent les laies farouches

L’énigme est sauvage

elle est injonction de chair

 

Être enfin découvert

vu pour être invisible

tranquille en sa tanière

 

Illisible en sa lettre


samedi 23 janvier 2021

Multitudes (3)

Pas de passage entre les souffles

Fragments du vent

restent chacun à demeure

Ce sont sentiers étroits

pistes brisées le long du cercle

où se ravivent les transparences

d’une même nuit

 

Lueur indivisible

Soutirant à la terre qui gît

La teinte qui se gonfle sous l’averse

 

Pays d’ombres aux clartés isolées

toutes voiles affalées

toutes voiles dehors

vers la source sans source

 

pour y mêler leurs éclats intimes

jeudi 7 janvier 2021

Multitudes 2

Au seuil tragique, j’arrête mon pas

Les multitudes guettent le passage

vers l’immobile abri,

cette plaine vide et sans limite

 

La porte par moment consent

Au miracle des clés

Lorsque les serrures enfin se parlent

Et sous des nuages colibris

Parmi les prairies roses

Des ruisseaux naissent

Et des forces s’affrontent

 

L’esquisse ébauche un songe

où s’abreuvent les deux mondes

étranges emboitements

d'une rhétorique d’absence

dimanche 3 janvier 2021

Multitudes (1)

L’immensité ne s’offre pas

Elle a l’espérance des naufrages sans fin

Rien ne l’arrime aux refrains du rivage

Elle récidive dans le silence qui est tout

 

L’immensité étend ses chants aériens

Au delà de l’ouïe intime

Et trouve pourtant sa demeure

Dans le galet roulant sous les pieds

 

Source sans origine

ses gîtes sont les non lieux

les chemins creux où l’aubépine fleurit

 

les heures aussi où les lèvres se fondent