vendredi 30 décembre 2016

Les Intitrés(1)

On a aimé le cristal et l'eau dans la pluie
De celle qui se raconte entre les cimes de brume
Lorsque s'efface ce qui s'apprête à naitre
Dans tes yeux  qui s'affament d'oubli
Comme un dernier geste de sourcier
Qui ne cherche que le néant 
et ce qui en sa cendre lui survit.

samedi 26 novembre 2016

Intitrés

Sur la crête sombre,  figé à la limite des ombres et de la lumière,
ce solitaire est nu, enfermé entre deux immensités. L’immobilité tombe du ciel et étreint la terre. Les heures du soir dans l’espace se vident ; le gel encore a saisi les labours, un peu de givre accompagne leur houle.

Dans le ciel mat, l’écho d’un oiseau noir. L'attente et le suspens se couvrent  de nuit.

Une vague de terre court vers le ciel, ombres et lumières figées
Elle est solitude, monodie du temps, ce qui parle en costume d'infini. Immobile aussi dans les cercles du soir où les limites s'épuisent ; le givre endort les labours, un air glacé fixe le présent. Le ciel est un creux que les mots ne peuvent combler.  



jeudi 24 novembre 2016

Intitrés

Une voix se dérobe, tu es là pourtant
Dans ton oeil les jardins bleutés où s'aiment les horizons
La voix traîne alors comme un nuage par dessus le vent
La bergerie où tu dors n'est qu'écho et la voix encore se perd

Les matins sont obscurs, ceux où tu cherches enfin cette voix
Ceux où tu soulèves la pierre pour entendre son frémissement
Tu vis dans une maison où les brebis s'envolent et t'abandonnent
Te voilà à coucher avec une parole sans voix
Aux matins sombres où tu attends tout du vent.

mardi 22 novembre 2016

Intitrés



Combien de nuits ont coûté à nos mains avides
L' attente des jours qui coloraient les aubes ?
Et lesquelles, parmi ces cendres, valaient l'espoir
De l'accomplissement et de la lumière ?

Sur les schistes austères, les feuillages de pierre
Offrent aux fleurs de marbre ces coraux d'hier
Cette voix enfermée et pourtant familière
Que je bois à tes lèvres aux silences brûlants

samedi 22 octobre 2016

The Famous Series(2)

Les singularités fuient, courent le long des précipices, jouent avec la pesanteur, évitent les à-pic et les surplombs pour étendre leurs évanescences souples comme un duvet sur la banquise. Les singularités sont des lignages, surtout des lignes qui fluctuent tout au long de la longue  traversée des points, ces hôtels endormis au bout de toutes ces routes de sable, et dont les miroirs  offrent à tout qui ne se donne pas figure mais naturellement y aspire, l’incongruité de sa tenue factice. Il faut fixer dans la fuite et l’inconfort la question et le problème. Les choses ne s’éliminent qu’à la nécessaire condition de cette offrande.


Memories can't wait I, 2b-45c, Fergusson-Willis, Les codes de la fuite, Orion London, Famous series,   Trad. Willhem Und Eva, (Düsseldorf 2006), 1889.

vendredi 21 octobre 2016

The Famous Series (1)

Celui qui échappe même à l'humain est une singularité sans forme
               
                           Memories can't wait, I, 3a-4wx, Fergusson-Willis, Les codes de la fuite, Orion London, Famous series, Trad. Willhem Und Eva (Düsseldorf 2006), 1889.

jeudi 13 octobre 2016

Paroles, Houles insues (5)




A peine le temps couché sur les nuages
Tu t'enquis de l'avenir
Comme d'un lieu sombre où gitent les plateaux
Comme ces champs que tu vois
Lointains et pâles aux visages d'enfances endormies

Nous bénissions nos champs
Du lait d'amoureuses irrévérences
Et  demain fleurissait sans la sève de jadis
Comme une pierre innocente loin de sa montagne
Insues houles, invisibles foules
Qui me pénètrent et m'absorbent

Comment voulais-je alors
Comment aimai-je aussi
Sinon comme ce qui sans volonté 
Epouse les courbes et les rives chaudes
Des nuits sans les jours.

samedi 20 août 2016

Les Confins : s'ouvrent hautes vagues sous la voile des mers (10)

Il pleut sur les détroits de verre, les estuaires creusent des solitudes de sel et de sable
Les tempêtes bruissent d'une flamme vague, les brumes ont des regards d'écume
Et les astres ont la couleur des songes lorsque la lune est une eau vive que lave la nuit


Un mot, un seul mot échoué sur des berges oublieuses et tout se désassemble...Glas de la terre, paupières de pétales que l'enfance a couchées sur ses îles souillées...les rives s'étonnent puis se dissipent ...Le fruit vert germe sous les eaux... Le péril prend figure de maturité. La fraude tiendrait aux sèves des racines, on dirait des presqu'îles de neige, ces hommes aux manteaux de nuages, et ces femmes aux masques de silence rampant maintenant sous l'averse...



Nous ne vivrons plus de cette manne fertile qui fit des marées les joies de la mer, nous ne vivrons plus de ces temps où s'étreint ce qu'infiniment nous ne pouvons étreindre, nous ne vivrons plus la loi de ces hauts-lieux de l'âge lorsque les fuyards patients montraient leurs visages dans le reflet des eaux sans souvenirs...Il ne reste de l'été qu'une suspension de l'air qui pousse le navire sous la houle d'hiver et de l'écoute, la dérive sous l'ordre impérial des horizons...


Il y a des chants de cornes calcaires, des paroles humides et des larmes atlantiques
Les sources ont des envols de feux et de sang, invisibles sur les ponts où l'on attend nus leur hymne de comètes
Il y a des mailles que traverse la lumière des rives lorsqu'à force de fondre elles dressent l'instant lorsqu'il se fait promesse


Toujours pourtant la salive se mêla à l'argile et nous eûmes à construire les portes avant d'en forger les clés, élever des murailles de fumée pour dans l'ivresse y nicher nos naissances et le vent enfin pour y tremper nos saisons de papier. J'ai marché dans des déserts où les alliances s'exilent et dans l'exode chercher ce qui en moi n'avait plus lieu d'être, débris de paroles, souffles de cendres, ruines de plomb...Et sous la mer étale, les ombres des aubes ...



A nous- disions-nous- les moissons en gerbe sous des appentis sans toit, à nous donc tout ce qui naît et disparaît, à nous le point du jour où l'obscur s'éteint en jetant sa semence - nous disions -  au soleil, à la face de sa lumière lasse à laquelle nous ne croyions pas, à ses saisons de feux où le gel fleurissait, les corolles aux senteurs mortes...Sauf les lignes d'au delà des lointains où roulent tous les horizons, ces traces d'azur qui s'enflammaient dans nos iris...


Les plumes enfantent les graines qui sèment le monde, plumes brisées, plumes mortes, plumes reprises
Sans relâche, c'est dans une encre de glaise qu'elles ramassent leur âme opaque
Car on ne peut dire en deçà des frontières, notre coeur ne parle qu'aux ports sans escales


Il aurait fallu percer de nouveaux puits sur ces îles d'enfance...
Faire germer la poudre des siècles et le sucre du temps couronner
les hauts feuillages des murailles et des villes. Et les beaux jours, ensommeillés dans les ailes du torrent, recouverts enfin de la nacre
de midi, suinter de larmes de miel et les ruches peupler la pente des heures de leurs coraux d'or et d'argent...Il eut fallu les matins des attentes de fleuves et les soirs des repos d'estuaires...

Et partout les sirènes des vaisseaux, partout des quais et des embarquements, des crissements de coques et le claquement des gréements sous la berce du vent...Ces voiliers aux linceuls si blancs, prenant si bien la brise, aux ports d'attache si fermes. Partout ces mers aux nageurs isolés, nageurs de terre, nageurs de boue, ouvrant dans la houle les labours des jours, où tressaillent l'amour et la mort...

Les mines sous nos pieds ont des langues de prophètes et ne s'enchantent que d'avenir
Les pierres ne mentent pas qui disent qu'il n'y a dans les pas d'aujourd'hui rien des pas de demain
Les rêves sont les princes pâles qui engrossent la terre, le nid qu'ils habitent et fécondent pour s'y dissoudre comme une nuée anonyme


De toute part, de la substance des horizons et malgré tout présente de tout son sel, une soif comme un amer sous le phare, une soif qui inondait les fontaines, qui, canal aride, asséchait l'arrière-pays, une soif de cailloux et de roches, d'arènes et de laves...Cette faim de la soif, le tarissement des sources, l'homme de ronce et de ponce sur des routes de palimpsestes, cette rumeur sourde du monde qui erre comme une ivresse tue sous les signes inintelligibles...

Du bord des choses les hommes sont nés, de déserts et d'erg ils ont vécu, hommes doux sous la tente du ciel, le doigt dressé dans le froid des nuits, vers ce qui ne se peut, le sans âge, dans les rides du temps et de ses cicatrices vermeilles, hommes nés, souverains-nés du silence, parmi les bêtes et les plantes, sous les palmes des Royaumes rêvés...Ruisseaux de songes aux étoffes errantes...Veufs déjà des territoires qui les ont nommés...

Le souffle du soir annonce la béance du large où s'unissent les prières et les suppliques
La terre d'aujourd'hui, pauvre, nue, attend ses lumières du vent, son sel seul abreuve les peines
Des prairies lacustres s'envolent des oiseaux et leurs messages de roseaux incrustent le sol de ceps et de vignes

De ces temps maintenant anciens où l'âme avait les vertiges enfantins d'un vide à peine soupçonné, souhaité même, nous avons pris congé et pour d'autres falaises aux solitudes plus formées avons-nous voyagé...Nouvelles aurores aux souffles dérobés,  vagues expirantes sur des seuils d'arêtes et de cristal où la volupté et la souffrance ont accroché leurs amarres uniques au delà des météores...Forces vierges  agitées encore d'un sang séculaire....

J'ai espéré alors la tempête qui trouble et refuse, la pluie qui blanchit et efface, la rafale qui abat et empêche, ...les siècles qui dansent et répètent le suffrage des vivants et des morts...J'ai espéré une guirlande étroite d'où je sens ma vie, celle que j'attends, celle aux ailes obscures où les nuits se mirent et qui battent dans une pensée plus grande que la mienne, au dessus de fleuves plus larges,  par delà une immensité plus immense encore que le bleu des jours.









mardi 2 août 2016

Paroles, Houles insues (4)

La-bas des vergers gonflent leur fruit
Lorsqu'au plus près de l'âme
Ton corps en moi chante les maraudes de l'été
Je parle des seuils
Aux jardins déclôts
Que tes mains ont semés
De paroles naissantes
Mais ta demeure vive
Est sans propiétaire
Le printemps n'appartient qu'à lui-même
Et ses heures doucement
Tombent d'un ciel bleu de neige

lundi 1 août 2016

Paroles, Houles insues (3)

Comme une mer assoiffée sur des sentiers de lichen
Que la pluie réchauffe sur une peau d'orage
Je pense à toi comme un fruit toujours vert
Où se tend l'eau de tes lèvres
Et les éventails de printemps
Sur lesquels mes pas creusent des regards
Comme des lisières qui refusent les bornes

Dans ton souffle germent les paupières
Où giguent les ombres et les pierres
Gerbes sur une ceinture de roses
Il faut de hautes levées d'arbres et de rivières
De hautes levées de chants et de secrets
Pour que le jour enfin absorbe la nuit
Où s'étendent les blasons des regrets

J'ai regardé l'étrave du temps
Et dans sa chair voleuse les migrateurs de houle
J'ai attendu leurs sillages où se cachent le sang
Et dans les jours qui fondent
L'attente imprévisible de ce qui se trame
Bien après que les horizons ont disparu

vendredi 29 juillet 2016

Paroles, Houles insues (2)

Il arrive qu'une voix sans couleur
Cherche son chant dans le frôlement du vent
Au loin on l'attend revêtu de promesses
Pour ne pas oublier ceux qui nourrissent le sang

Paroles tissées dans l'ombre anonyme
Effluves écrues où rien n'arrive
Les mots endormis et les pensées en veille
Bégaiements continus du creux et de l'absent

Alors puisqu'on n'a pas le choix
Des lèvres tisserandes cardent des lettres cachemires
Et rien de plus
Dans les geôles d'aujourd'hui et dans celle de demain.



lundi 25 juillet 2016

Paroles, houles insues (1)

Nous avons passé nos veilles à inventer le sable
Nos mains expertes ont ourdi des complots de rivages
Les vagues sont retournées à elles-mêmes
Elles sont désormais sous la protection des sources
De l'inéluctable ensablement des rades

Les passages se sont faits étroits aux cîmes des ombres
Et des lutrins de pierre ont effacé les soirs et les aubes
Dans le souffle chaud des mots et des prières
La pierre, le désert enfin, s'est couverte de lys et de trèfles
Le fruit s'est fait révélation, acquiescement à la pulpe

Sous les paroles de cendre, parmi les chants d'eau et de sabre
Et longtemps encore le cygne de l'enfance aux ailes vaines
Glissera dans les veines d'un ciel d'écumes 
Et de ses vallées le long écho plaintif de ses lèvres
Assiéra son empire sur le trône de ses fièvres.





mercredi 20 juillet 2016

Eau lente, mailles de joncs (14 et fin)


Ceindre l'abîme de la coiffe des Confins
Couronne de nuit et de désert
Où l'Obscur luit et la soif apaise
Car seul le Verbe est l'épée
Qui ouvre des routes entre les sables

Les semailles s'abreuvent de sècheresse
Aux labours des dunes
La graine éclôt
Gorgée du lait de pauvreté
L'infécond est mère de ce qui vit.






vendredi 1 juillet 2016

Les Diables au Paradis (1)


Ô Déception ! Ô désespoir ! Y a-t-il plus de grandeur d'âme à accepter les tourments outrageants d'un destin  contraire qu'à hisser haut la voile gaillarde sur  les flots d'une révolte mille fois inutile ? 
Ô Vertonghen ! Ô Vermaelen ! Et peut-être toi aussi Hazard,  contractures à l'Est d'Eden ! Combien nous manqueront ces Diables en Pays de France et dans nos malheurs où donc chercher remèdes ?
Ne vaudrait-il pas mieux, plutôt que subir la honte des cieux, recouvrir la terre entière d'un manteau de silence et qu'à la victoire galloise, dans l'adversité des Dieux, nous répondions enfin sans jamais douter de notre Grandeur !
Et qu'accorder à cette débâcle tant de troubles affreux et de désespoirs confondus ne nourrissent que fureurs absurdes et colères meurtrières !
Ne gavons point nos craintes là où la sérénité est requise et gardons à nos sens aiguisés l'empire de notre raison
Allons vers elle comme un ange apprenant tout de son vainqueur !
Et oublions dans l'onde rougeoyante du vin les tristesses encore à venir.

jeudi 26 mai 2016

De vent et de pluie (12)


Le silence célèbre l'absence
Sa sentence pose l'hypothèse de la paix

Le désordre fleurit comme un idéal
Une vanité d'effusions colorées

Sous la séduction gémit l'amère inconnue
L'équation a oublié la part du vent.









dimanche 15 mai 2016

Eau lente, mailles de joncs (13)

Les jours aiment les jours
Et accordent aux nuits
L'espoir de leur nature

Les jours suivent les jours
Rire dans l'azur 
Des pluies de demain
C'est espérer la sagesse des lointains. 
C'est espérer les lointains
Les lointains du demain.

Eau lente, mailles de joncs (12)

D'un chemin aux confins
Ce qui se tisse
Est toujours maintenant
Limpidité de la présence
Offrande retirée 
Dans le dé 
Où se coud le lien.

Eau lente, Mailles de joncs (11)

Rien du soir
Ne se pose sur les joncs
Seul le matin
Nourrit leur sève
Matin seul
Né d'entre deux nuits.

jeudi 14 avril 2016

De Vent et de Pluie (11)

La terre interroge ses gouffres
Patiente, elle a la constance du vent

Les pluies la rendent molle
Ses hôtes s'y enfoncent

Le danger vient de partout
L'abîme vomit un troupeau barbare.


De Vent et de pluie (10 )




L'harmattan évapore le sable
Le désert rend le ciel irrésistible

Les nuages sont les dunes où
Murmurent les formes

On croit aux convergences
Rien n'oscille, la transparence nous aveugle.

dimanche 10 avril 2016

De vent et de pluie (9 )

L'émiettement voit son empire vaciller
L'effritement déchoit du réel


L'interstice, de son museau dialectique
S'est assimilé l'ordinaire, l'illusion du bleu

C'est au Sombre maintenant d'affirmer
Les lois qui se tissent du ciel.


lundi 28 mars 2016

De Vent et de Pluie (8)

La tempête s'est élevée comme une parole d'ordre
Elle dresse l'inventaire de ce qui se déprend

Refusant l'asservissement au patrimoine
Elle accueille le renoncement des choses

Les dissipations mêmes se dispersent
Puis, les propriétés se reprennent et deviennent.

mercredi 23 mars 2016

De Vent et de Pluie (7)

L'orage est une trève dans l'attente
Un soulagement dans l'uniforme

Les vergers et les cailloux
Le dénuement et l'aridité du silence

La parole du vent s'est levée
Ce qui se déchire est aussi ce qui espère.

lundi 21 mars 2016

De Vent et de Pluie (6)

Un trouble se fait jour
La limpidité ne tient plus qu'à un fil

Les choses inquiètent et s'enquièrent
Elles perdent leur assurance habituelle

Puis des traits de pluie et entre les deux
La fraude renouvelle l'espace.

mercredi 16 mars 2016

De Vent et de pluie (5)

Le vent d'aube me lie aux choses
Le désordre de son souffle exige la souplesse des girouettes

Son désordre est de façade
L'agitation est le principe de sa discipline

Le sens est devenu une apparence secondaire
Les naissances demandent le trouble et le chaos.

lundi 14 mars 2016

De Vent et de Pluie (4)


La terre d'un coup se pénètre de mobilités
Le roseau impressionne les astres

L'instabilité s'offre à la pensée
Le paradoxe gagne l'immuable

Bientôt les plis énoncent  la Loi
Puis l'inertie retourne à son principe.


samedi 12 mars 2016

De Vent et de Pluie (3)


Tout se tait dans la brume humide
Pourtant ce qui s'y meut est perceptible

Toujours, le silence trahit sa parole
Il s'abandonne dans les bruissements

Ce qui le contredit le mène à l'être
Le trouble est son abri.

jeudi 10 mars 2016

De Vent et de Pluie (2)


La force infléchit l'horizon
Le roseau réduit son essence

L'Etre se retire dans sa fureur
Ce qui reste est résistance

La cohérence du chaos étend son pouvoir
Le ciel est la bouche du Lointain.


De Vent et de Pluie (1)



Le vent a courbé le jour
La lumière  abandonne ses prérogatives

La timidité de l'obscur a empêché la nuit
Les lisières ont envahi l'avenir

Cherchant dans les bourrasques
On ne trouve qu'un écho et des mots.



mardi 8 mars 2016

Les Confins : s'ouvrent hautes vagues sous la voile des mers (9)


Pour Ceux des Confins

Les Saules ont imposé leur empire de sommeil et des luths d'eau ont dansé sur les berges invisibles de nos soifs. Ce sont des rives indifférentes que des racines enlacent de leur oubli. Nous étions de tous les mondes, nous n'étions plus plus d'aucun quand l'oiseau au bec de prose a soulevé les paupières du souffle. Puis des vaisseaux de songe ont sombré dans les poitrines et nous avons chanté...
Aux alliances de cire offertes à la vie,  les fidélités épuisées et, vivant par dessus les hommes du siècle, la bouche tonnante de la guerre... 

Des soleils ont brillé sous des fleuves ivres et nous avons éprouvé notre faiblesse dans les rigueur de nos haines : les barques retournées aux rives sèches, des beffrois ruinés sur les plaines vides aux heures blanches du monde, des chairs suspendues aux miradors du temps qu'un vent affamé emporte jusqu'aux havres où les hommes dorment. Et une race de chaux a tout recouvert...Une race aux corridors sans issues...qui ne se lève que la nuit lorsque le désert fleurit sous la pluie...Dans un monde où plus rien ne séjourne, dans l' étendue stérile des bêtes de chaux...

Puis les simulacres ont chevauché sur cette terre mêlée d'os et de chair et des fumées purpurines sont descendues des cuves du ciel...Une nation de spectres et de programmes a déféqué sur les étoiles et les astres brûlants se sont éteints...La nuit même n'était plus la nuit...La substance s'est ouverte et un crotale est né de la boue et la souillure qui gît dans le corps du Saint quand les images ont supplanté les corps et les vers abandonnés les tombeaux de ronce... Lois oubliées de l'écume et du varech, des marées et des saisons, des compagnies de fureur ont rugi sous la mer et absorbé les baleines de verre...

Et dans ce qui se creuse sous les vagues, ce qui survit dans le silence, les minutes et les secondes du Lointain, un homme sans dénouement et sans origine, geste continu sur le dos de l'infini, avec ses phrases chevauchant la mort et les secrets forgés au moment où le feu lèche la lame. Aux Confins le Dit du mot, et le miracle qui écarte le gel,  le Dit du mot dans le champ vide des matricules épais, dans la jungle des listes et des registres.  S'y sont enfouis Ceux des Confins dans des rades où les soifs s'apaisent ; hébergé sous les ailes des nuages, l'enfant a ouvert les mains vers les terres vierges, celles d'où nous sommes. Et sous le tonnerre de la bave, un torrent d'émaux...

Ceux des Confins ont couronné le jour là où le jour n'est plus.






vendredi 4 mars 2016

Les Confins : s'ouvrent hautes vagues sous la voile des mers (8)

Rivages roux de sous les Terres
Portent des messages aux revers des mers
Et des fonds les clameurs se lèvent
Comme les effluves de mon âme
Lavée dans la clarté des jours
C'est la sagesse des morts
De parler lorsqu'on se tait
Dans mes pas entendus
Le sabir des ossuaires
Et le temps enfin de la félicité
Aux comptoirs des Lettres
Ma maison s'ébruite
Aux environs errants

Mes étoiles sont des cotonnades silencieuses portées par des criquets iroquois. Elles annoncent sous les chairs des saveurs 
de soif et de faim et peignent dans le ciel les ailes naissantes des envers de demain.
Mes étoiles aux cordes vives.


Il faut entendre les voix basses de l'argile, les bassons des substances.

Bandes onduleuses qui se coulent en jarres courbes
Souplesse de sable qui s'enflamme où meurent les sources
Nef sans voeux aux flots infirmes
Je suis adossé aux silences des ombres
Où pèsent les semences
Les mains chantant parmi la fumée 
Et les sentences que crispent les adieux
A l'heure des mendiants que supplient mes pas
Demandent aux miroirs rançon de mon visage
Et c'est une nuit sans prix 
Face aux routes divagantes
Etendues dans la vase des rivières asséchées
Face à un peuple de chaines et de fouets
L'éteint offre sa livrée aux aurores naissantes.


Il faut entendre les voix basses de l'asile, l'île sourde de tes lèvres.
Porter la morsure fauve des hommes, les songes arrimés à l'amande verte des Eaux.


mercredi 2 mars 2016

Les Confins : s'ouvrent hautes vagues sous la voile des mers (7)


Ce sont les contrées qui parlent....

Dans l'anonymat des marées, des poissons aux ventres ouverts
vomissent une glaise nourricière d'épis et de joncs... Et sous le vent des morts, de petits lézards parlent sous la langue... des plumes  alors font tourner les meules... Les graines se répandent comme des épices dans la farine du temps...Et ce sont des ombres sucrées maintenant qui habillent les hommes, des ombres que chantent les méprises, l'obscur dont se revêt le babil des anges...Le grand hivernage des choses...

Ce sont les contrées qui parlent....

De lieux épais et désertés, endormis dans le temps, aux balcons où s'attendent les aubes, suspendus aux gestes invisibles de ce qui pourtant se produit, 
De silences nus et inouïs, repos des lèvres en péril, aux latitudes lasses, par delà les méridiens où sonnent encore la trompe des combats tus,
Et aussi de tes mains d'éveil, qui achèvent ma saison, comme une terre niée qui ne vit que de sa mort...Comme des ailes sur la face sombre des choses, comme lait et miel dans les battements farouches où résident les hommes...

Ce sont les contrées qui parlent...

Aux cécités froides qui se croisent là où on voudrait des semoules en flamme, où les péchés d'hier sont les grâces de demain comme les manifestes d' avril dont rêve le mensonge des saisons,
Aux artifices qui brillent sous la pluie des voyelles qu'on sonne la nuit comme mâtines de l'inespérée insignifiance...qui empêche les tombes de se clore...Comme une transe du vent, celui qui hurle au fond des terriers...
Aux songes des chiens quand l'exil s'éveille du fond des niches, exil  de néant sous la vigne du vide... Les raisins du crépuscule depuis les rivages les plus anciens enfouis déjà dans le ventre des femmes...

Ce sont les contrées qui parlent...

Sous le bourdonnement des ans et les élytres des jours, parmi les libellules de l'enfance et le matin des Rois, dans le fracas des siècles et les torrents bruissants des aurores amères,  là se rassemblent sans cesse les forces souveraines qui lèvent les déchéances et les ascensions diaphanes ... Les empires lumineux dorment dans les plaies que les hommes étirent dans le sable de ce qui s'agite en silence...
Comme des flibustiers au bord des ouragans ou des braconniers sur les pistes de la vérité, comme une terre neuve où les femmes enroulent leurs naissances étrangères dans le coton du soir qui dort, comme un visage à l'entrée du désert quand les paupières s'évadent de la prison du regard...

Ce sont les contrées qui parlent...

Et c'est un souffle incurable qui dédicace de son fruit de roche la peau de nos pensées aux vanités d'automne, de papier et de lin.



Dans les caniveaux d'entre les confins, de petits crachats sanguinolents.

Dans les ruelles, les fosses et les maisons de maîtres, au centre des confins,

L'urine et l'excrément.



jeudi 25 février 2016

Eau lente, Mailles de jonc (10)

Enigmes des routes et des lignes
Plus sanguines que sentes de pluie
Un chant se meurt d'être né
Seul s'écoute la parole morte


mercredi 24 février 2016

Eau lente, mailles de jonc (9)


Nuit d'entre les nuits
Noire plus noire encore
Parmi le sombre et l'indistinct
Plus vain  que le clair
Un bref passage et la lune
Comme yeux obscurs dans le soir

(Parfois de rares ramures accrochent un fragment
- Fraicheur sous les bois)

mercredi 17 février 2016

Eau lente, mailles de joncs (8)

Un  vent intérieur à ciel ouvert, père des aurores et des morts,
    a élevé des digues de deuil et contenu ce qui s'échappe ;
    au centre des heures, un poème a glissé de l'idée,  sans route et  
    sans chemin, havre seulement du  lendemain ou de l'éventuel,
    au présent de toujours, et de ce qui reste a retenu ce qui a fui

Car il garde et guide  ce qui se refuse et abandonne ce qui  
   se libère ; l'obscurité est son milieu et sa tendresse par où passe     
   ce qui, mort,   en ressortira vivant, l'obscurité est son domaine  
   privé et de ses graines germent des fleurs d'ombres qui     
   croissent loin des opinions et des instincts.

C'est une matière qui ne se pénètre pas, une chair noire où 
   croupissent  les idées, comme un chant de baleine aux fleurs 
    nocturnes, une matière inféconde aux naissances blêmes que ne   
   portent aucun nom, dans une chambre froide où s'accrochent des 
   indifférences aux fragilités de gel.

Dans ces errances de songes, ces mers de glaces instables, ces îles  
   qui s'égarent, partent puis reviennent, ces demeures de nuages,   
   ces fragments de chants où meurent les rossignols, dans ces
   alignements et ces enjambements, dans ces racines ligneuses à 
   fleurs de roches, rien, rien qu'un souffle de paix et de chagrins
   
Ainsi de ce qui choit de l'idée, sur des routes d'innocence que les
   directions ignorent, les choses minces que contiennent les mots.         

dimanche 14 février 2016

Eau lente, mailles de jonc (7)

En toi
Des mots, et la peur que caressent les murailles
Au fond de ton empire
Dans les coins où tu gémis
Le pollen de l'effroi
Dans ta nuit
L'angoisse du jour
Qu'un jour
De tes bras  l'aube née
Imprimera
Dans l'inconnu à jamais 
de ton visage

Bleu et doux
Comme la sauvagerie
De ton regard



Eau lente, mailles de jonc (6)

On aimerait des désastres purs
Comme des neiges sans taches
Sur une terre aimante
Mais le fer n'a pas de ces accomodements
Il ne négocie pas
Le fer a autorité
Et le brûlant lui est soumis
Le fer, cependant, brûle aussi
Et danse sur les pervenches
Seulement
Lorsque tes yeux sont la paix


Eau lente, mailles de joncs (5)

Auprès des reflets marins
Comme un poisson aveugle
Plus encore que cécitaire
Des vallées de roches et de nuits

Plus encore que nue
Plus nue que nue sous la peau
Jusqu'au nu impossible la peau retournée
Ce qui fait pencher mai et puis septembre

Puissance rutilante des sillages
Et ton printemps que j'ai suivi
Eteignant tous mes hivers
Parmi mes pas et mes songes

Il y a un miroir
Qui dort parmi les étoiles
Un miroir de fontaines et de pluies
Et l'été comme le deuil de mon reflet

Je t'ai née aimée
Et mes mains libres
Ont caressé ton sexe
Lorsque la grâce enfin  s'est posée
Comme l'image de mon ombre

Eau lente, mailles de joncs (4)

Feu en habit de marié
Silencieux en son coeur
Comme une proie affamée
Appelle son bourreau

Feu penché sur le diaphane
Flottant dans le souffle liquide
Tout en venin d'errance
Les vipères dans le ventre

Feu gardien des nuits
Puis en lumière bleuie
Ce qui se veut et ce qui se tourne
Plus loin, si loin de l'âme

Car seule est-elle
Car seule en son être
Elle est sa terre
Et ne peut être autre

Même le feu
Non le feu
N'y peut rien. 

samedi 13 février 2016

Des Mille et des Cent (5)

Mille récits dans le silence des traces et des énigmes
Mille marées en sourdine devant la fureur des demains
Mille horizons sous mes yeux d'épi et de brume

Pourtant

Mille mots immobiles
Sous la langue blême
Qu'empoisonne le silence
Et que hait la blancheur

vendredi 12 février 2016

Eau lente, mailles de joncs (3)




Sous la peau des enfances
Le vent bientôt a conduit ses ombres
Dans les cosses matures
La cécité s'est faite jour
Les vertes inscriptions 
Ont fondu dans l'étoffe
Des mots de l'accompli

Les enfances de neige
Aux transparences argentines
Ont tendu leurs paumes
Vers un ciel éteint
Le soleil s'est refroidi
Et dans la nuit étendue
Des mots durs et sans plaisir

Parfois une nef de givre
Eblouit la mémoire livide
C'est le berceau d'amour
Où le vieil équipage d'antan
S'endort en criant




jeudi 28 janvier 2016

Les Confins : s'ouvrent hautes vagues sous la voile des mers (6)


Pour les soirs aux palmes errantes qui logent sous les sables de la nuit, dans les forêts où s'abreuvent les sources parmi les palétuviers d'argent et les rêves aux souffles courts. Pour les vagues amères aux  Orients de sel que le temps et l'amour ont ôté des marées de vent et emprisonnés dans des arches oubliés des ans. Pour les fossiles, les os et le sang séché où s'endorment les fables métronomes lorsqu'endormies dans la couche des siècles, elles négligent l'enfant et ses voiles de tulle. Pour les grandes courses d'exil lorsque les villes, repues, se referment de leurs silences et les vaisseaux de briques s'envolent aux nuées souveraines. Pour les granges célestes, d'Atlante et d'ailleurs, que des voix de pluie dissimulent sous la tente des bédouins quand les boucles du vent nomade soupirent entre les collines et les havres.  Pour tout ce qui se creuse, s'écarte et s'évanouit comme ces taches d'encre sur un ciel gris et le doigt tendu vers une lune absente. Pour les hérons des hauts plateaux qu'enchantent la romance des morts alors que des souvenirs d'ajonc s'encombrent sous les peaux et les plumes et les fards. Pour la mémoire des reins, de ce qui s'est écoulé du sommet de l'âme jusqu'à la chair la plus crue, la plus sombre, la plus tortueuse comme une palpitation enténébrée de lin vert et  d'orge noir. Pour les prestigieux navires dont le sillage de feuilles a semé l'oubli et que le souffle du Nord a éparpillé dans un océan où jouent des violons d'azur. Pour les regrets de ce qui jamais n'est advenu dans  les temps du présent et dont les hommes font commerce aux ports où s'échangent les mirages. Pour le sec et l'humide, qu'au crépuscule chassent les faucons et les hyènes, affamées déjà de chaleur et de glace et qui volent sous un ciel d'ébène où le silence n'est que noirceur. Pour ceux qui tendent des filets aux prairies et qui donnent sans un mot le secret de la terre là où personne ne peut entendre. Pour les émanations de varech et les souffles aux verbes clos, une oreille muette qui parle la langue des ânes aux velours d'argent. Pour le repos des astres, après la nuit couchée et le jour peureux, le temps tu et l'espace clos, et Neptune qui ondoie de sa queue de poussière et nage dans les coulisses des vies abstraites (là où n'existent plus que les mots soustraits de l'ordure des heures). Pour les songes et leurs fantômes que des spectres de sang vendent aux formes passantes, ombres sur ombres dans les cercles de l'obscur. Pour les rivages aux femmes taiseuses, l'offrande à jamais l'offrande du lait du monde, aux femmes taiseuses et aux vagues qui les élèvent. Pour les estuaires d'au delà des rives, qui répandent des pierres chaudes dans nos mains avides pendant que la nuit, encore elle, toujours elle, grandit dans le dos de l'obscur. Pour le verbe et les stances aux veines d'équinoxe lorsque des mains égarées plongent dans l'encre des saisons la plume qui les assassinent. Pour ceux qui marchent, courent et s'épuisent à tourner sur des chemins illisibles où déjà des voiles endormies, meurtries et trompées ont échoué leurs âmes déchues. Pour le feux des orages qui ouvrent des pistes aux fruits vides et inféconds et qui percent sous nos lèvres dans des foudres aux éclairs impassibles. Pour ces baisers aux désespoirs sonores qui aspirent à des chairs qui se dérobent et se refusent quand même elles s'offrent, ouvertes et béantes, sanguinaires et meurtrières. Pour les fuyards, au bord des landes, quand l'horizon a baissé ses paupières, et qui se cachent sous les marais, nourris de fermentation et de pourriture, dans l'attente d'une peau lumineuse. Pour le vertige qui saisit les gouffres lorsque l'abîme doit s'enjamber lui-même, avec tout ce vide qui se vide de son néant. Pour ceux qui se fâchent de leurs désirs et que la volonté désertent comme une liberté desséchée dans un printemps éteint. Pour les traces du ciel, pauvre et misérable,  que tissent les pages et le papier, fragments où les doigts se perdent. Pour les alliances où s'accordent ce qui ne se peut, le cube et la sphère, le vide et le plein, où s'aiment le contradictoire et encore les alizés de vie qui répandent leurs parfums sur toute existence. Pour les haleines qui encombrent les mers, où des chiffres écarlates inscrivent leur mystère tranquille. Pour celui qui sommeille dans des rivières nues et se réveille dans des océans de glycines et de grège, et au-dessus le rêve des corneilles quand l'âme les prend et que s'envolent dans l'indistinct la nécessité des ailes.

Mais la nuit se meurt et, dans les jours, qui serpentent dans ce qui s'en évade, les corneilles attendent, suspendues aux cris des aubes, que les coffres d'or se dissipent et l'entassement s'éparpillent dans les gouffres qui rampent sous nos pieds, dans le fond sans limite où tout s'accorde et s'efface.

Toi, qui sait que l'accumulation de l'inerte et de l'insensible, l'amas des titres et des grandeurs, l'assemblage des honneurs aurifères et des gloires argentines, la balance des additions et des soustractions sont urine de peu balayée dans le vent qui passe, toi donc prends des vaisseaux sans espace et vogue sur un temps qui n'est et qui n'a que toi.