a élevé des digues de deuil et contenu ce qui s'échappe ;
au centre des heures, un poème a glissé de l'idée, sans route et
sans chemin, havre seulement du lendemain ou de l'éventuel,
au présent de toujours, et de ce qui reste a retenu ce qui a fui
Car il garde et guide ce qui se refuse et abandonne ce qui
se libère ; l'obscurité est son milieu et sa tendresse par où passe
ce qui, mort, en ressortira vivant, l'obscurité est son domaine
privé et de ses graines germent des fleurs d'ombres qui
croissent loin des opinions et des instincts.
C'est une matière qui ne se pénètre pas, une chair noire où
croupissent les idées, comme un chant de baleine aux fleurs
nocturnes, une matière inféconde aux naissances blêmes que ne
portent aucun nom, dans une chambre froide où s'accrochent des
indifférences aux fragilités de gel.
Dans ces errances de songes, ces mers de glaces instables, ces îles
qui s'égarent, partent puis reviennent, ces demeures de nuages,
ces fragments de chants où meurent les rossignols, dans ces
alignements et ces enjambements, dans ces racines ligneuses à
fleurs de roches, rien, rien qu'un souffle de paix et de chagrins
Ainsi de ce qui choit de l'idée, sur des routes d'innocence que les
directions ignorent, les choses minces que contiennent les mots.
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