mercredi 17 février 2016

Eau lente, mailles de joncs (8)

Un  vent intérieur à ciel ouvert, père des aurores et des morts,
    a élevé des digues de deuil et contenu ce qui s'échappe ;
    au centre des heures, un poème a glissé de l'idée,  sans route et  
    sans chemin, havre seulement du  lendemain ou de l'éventuel,
    au présent de toujours, et de ce qui reste a retenu ce qui a fui

Car il garde et guide  ce qui se refuse et abandonne ce qui  
   se libère ; l'obscurité est son milieu et sa tendresse par où passe     
   ce qui, mort,   en ressortira vivant, l'obscurité est son domaine  
   privé et de ses graines germent des fleurs d'ombres qui     
   croissent loin des opinions et des instincts.

C'est une matière qui ne se pénètre pas, une chair noire où 
   croupissent  les idées, comme un chant de baleine aux fleurs 
    nocturnes, une matière inféconde aux naissances blêmes que ne   
   portent aucun nom, dans une chambre froide où s'accrochent des 
   indifférences aux fragilités de gel.

Dans ces errances de songes, ces mers de glaces instables, ces îles  
   qui s'égarent, partent puis reviennent, ces demeures de nuages,   
   ces fragments de chants où meurent les rossignols, dans ces
   alignements et ces enjambements, dans ces racines ligneuses à 
   fleurs de roches, rien, rien qu'un souffle de paix et de chagrins
   
Ainsi de ce qui choit de l'idée, sur des routes d'innocence que les
   directions ignorent, les choses minces que contiennent les mots.         

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