Ailes repliées
prisonnières sous les ponts
refermées dans leurs corolles
le souffle gonflé de chants muets
où il ne reste que fosses et abîmes
espèrent de l’amère attente
le signe de leur envol
Ailes repliées
prisonnières sous les ponts
refermées dans leurs corolles
le souffle gonflé de chants muets
où il ne reste que fosses et abîmes
espèrent de l’amère attente
le signe de leur envol
Le pain offensé
cette vieille atteinte
entendre encore
cette misère
combien de temps
à dilater les cicatrices
à se cacher en plein midi
se maintient la nuit
inerte rivale
des scrupules du jour
d’un mensonge affaibli
par la fente nocturne
s’écoule l’incertain
seul le flou est assuré
L’issue grésille dans le gris
s’y évanouit sans périr
retenue
dans les plis de la couche
à la croire pateline
innocence furieuse
son voile tue
l’aveugle ouverture
Il faut l’allure d’un soupir
l’appui du secret
portefaix du silence
porte l’impression
la parole des morts
la trace vivante
fatigue l’évidence
la suffocation du gris
tient lieu de naissance
le tangible est ce qu’attend
l’inquiétude des cendres
Seul l’écart
est racine
de l’infime à l’infime
s’instruit d’indigence
de soifs arides
il est le fils
il est le père
D’une moisson
de blé sombre
aux regards brûlants
tu appris les gestes obliques
de la forteresse incendiée
les coupe-gorges assèchent la voix
dans l’épaisseur
se noue la langue
et l’homogène fleurit dans le compact
murailles dissimulées
tu demeures et persistes
dans le sec et l’abrupt
Rien
de l’entour
figures impassibles
parmi leurs réflexes balistiques
tu cherches emprunt de granite
l’éclat sourd de la pierre
l’écorce tissée
ton rivage accorde ses marées
à tes os de paille
Tu fais piste
de tes scories
la terme culmine
en pleins feux
se dissout l’énigme
dans l’acide de l’été
l’épilogue
appelle sous la plaie
L’ogre abroge
à l’étal nu et par lame nue
fend l’articulation
cargue ta voix
des vaisseaux de silence
vagues
aux quais de haute mer
Blé courbé
semé dans l’orage
comme présence en relâche
à l’ordinaire des jours
couver la farine brûlante
la levée de la chair
l’étrange pain de toujours
au grand large
nous nous rêvons
l’iode est sang
le varech mots échoués
impuissants rivages
liens serrés d’un divorce
ce que mêle
l’azur fécond
loin après le ciel
De l’étrave libérée
peine une respiration hardie
fine risée d’abord
murmure qui fait rafale
la peur se voûte
au passage qui étreint
l’arc tendu
L’exil
c’est l’usure de la terre
l’oubli des îles
les rivages abolis
les labours du ciel
délaissés
et la langue maigre
de la plaine stérile
c’est l’ardeur qui fraichit au soleil
perdre l’usage des mots
c’est clore le pays
vider la mer
du ciel qui la relève
Alentir le vif
le temps court à l’homme
hèle ses pas
réunit l’épars
Il fait toujours trop tard dans la nuit
Il n’y a d’éclats que de cendres
aux minutes prochaines
où s’étend l’attente
la lampe fragile
avec l’ombre immense
tout est lisières, orées, clairières
d’un abîme à l’autre
invisible comme un fruit
l’hiver
et dans le torrent sans borne
des pierres d’impatience
pèsent sur ce qu’il y a de lueurs
si peu
si faibles
si légères
qui ploient et se désagrègent
entre les mots qui les portent
J’aimerais garder entre les mains
le vieux tison
le charbon qui chante
l’éveil du fleuve qui suffit
et à l’envol du matin
il faudrait la neige
N’être maillons
particules couvées sous la voûte
requières-tu la brume aveugle
empêcher les routes
bifides ?
ce laps qui éloigne
l’œil de ce qu’il voit
se tenir au près serré
aspiré par la distance que je suis
au sang de l’être
Faire retour ici
à ce qui emporte
faire grâce à l’insipide
comme le cerneau à sa coque
et pour que parole soit
les lieux se plient
l’origine se tarit
la roche se fend
la source et le vide en jaillit
inonde la page
Faire retour ici
à ce qui importe
Les lointains...
à portée de mains à portée de voix
dans le silence de ce qui se fait jour
pendant que les heures se déplient
j’immobilise les bribes
les fixe sur ma peau de papier
Dehors midi se fige
on entend l’or se poser
Sur l’épine et la pierre
le vent dans les rameaux
l’oscillation du silence
un intervalle suspendu
à l’amer qui attend
je me veux un visage
faire figure à ton regard
qui fixe l’instant à travers..
La vibration dans les remous
Un intermède dans l’interlude
Seule terre en vue
.....................
l’imposture de ce qui s’écrit
le boniment des étoiles
plutôt l’être sans les mots
l’aplomb de l’alouette
le cri de l’épervier
plutôt la rumeur de l’humus
un temps sans regard
S’est tue la meule
reste le bruit
des pierres d’eau ou de vent
nul ne monte aux lèvres
dernier masque
Comment atteindre la fibre ?
la toile si lourde
la trame étouffante
pourtant l’étoffe est proche
tout est là
inaccessible
Un frisson accablé
à la sortie de tes lèvres
émeut l’immobile
rien ne bouge
seulement l’onde
offerte au visible
Comme l’écume fine
Je me disperse
au pli du mot
introuvable sur la feuille
je me perds
à l’usage
mobile
l’œil creuse
à beau creuser
comme il fixe
le mur s’épaissit
sèche
la râpe de l’abîme
lime les jours
rêches
les copeaux des heures
usine
chacun de nos pas
mettre un mot
seulement un mot
sur cet hivernage
cette trêve gelée
la débâcle attendue
un passe-vent enfin
...et de l’Ouest, l’Orient se fait jour...