dimanche 15 décembre 2019

Les Horizons verticaux (5)

La nuit tendue devant les fenêtres
affranchis de l’âcreté du jour
on avale les  grisailles de l'heure
comme chemins obligés du sang

On espère libre l'horizon
et le ciel qu'on y suspecte
s'étend comme lande sèche

Le soupçon est insuffisant
qui traverse les chambres closes
un rideau d'ombre dépose ses poussières
où, cendre tue, le souvenir se voile

On aimerait être sans avoir à être
ne jamais avoir servi de chemins
dételer les rives de la source

Céder à la pierre nue.

dimanche 1 décembre 2019

Les horizons verticaux (4)

Demain prend
ce que hier a perdu

Le chemin, l'ombre
les routes de misère

où tu marchais les pieds 
dans ton âme en sang 

On ne sait si on arrive
Si on retourne ou si on part

Les villes passent, se retirent
le soleil se voile, s'écarte

tes ailes fendent sa clarté
de s'en aller un jour

où il n'y a pas d'ailleurs
Tu épuises ta route d'ici

et la sueur et la fatigue
comme marée s'en vont et viennent

Comme poussières sous le vent
qui souffle puis se tait

Qui gît puis surgit
Comme le jour à l'aurore

Et la parole comme la vague
se lève écume vaine

Sous la lune, les étoiles
Et le silence qui les enfante

Dès demain
Lorsque trop tôt

Tu auras dissipé
le temps offert.

mercredi 20 novembre 2019

Les horizons verticaux (3)

Il faut prendre la route du Nord
le frisson gelé, la parole sèche
comme une buée froide au milieu des mots

Plutôt le gel et le chardon malade
les poches vides et l'idée absente
comme un air sans rythme

où chantent les banquises 

Comme si glissaient sous le givre
le dernier été, la dernière lueur,
la dernière parole que nous nous offrîmes.

dimanche 17 novembre 2019

Les horizons verticaux (2)

Se vide le jour
et de sa lumière de dimanche
le soir, masque d'ombres,
avance sur la scène
avec ses semelles de silence

On n'y voit rien.
Le nez dans le rideau
les yeux se noient
dans ce bleu de nuit
où s'étend le bouffon

C'est dans ce prélude 
que nous avons appris à vivre
à chercher la voix de l'obscur
pour incendier le jour
et son astre ruineux

C'est dans la nuit
que nous sommes advenus
de la nuit que nous sommes venus
à sonder l'impalpable et le creux
n'avons-nous jamais perdu le sens de l'introuvable?





vendredi 8 novembre 2019

Les horizons verticaux (1)

Aux heures rubicondes
du ciel mêlé à l'écume
des lames de fond
se lèvent des estuaires

Refusent la mer
et l'argent de ses crêtes

L'horizon vertical
vomit l'ordinaire,
la climatisation des choses
dilapidées dans l'absence

et l'étreinte du vent

Rien ne grandit
de ces chambres closes
au zénith du vide et de l'absolu
quand les hommes plongent
profond sous les surfaces nues  

d'une tranche 
de matière brute
.

mercredi 6 novembre 2019

Automne (2)

Où donc se retourner quand l'automne
ouvre ses plaies et que coulent
de sa sève des larmes de pins et de chênes
sinon dans le vent porteur qui marie

l'avant et l'après, l'oiseau et la branche
sous un ciel gros des lourdeurs d'août.
C'est un afflux de fins et de paix
l'agitation se fige dans son lac

et les doigts se souviennent des mers
éteintes où nous trempions notre pain
dans ces jattes en grand fleurage
âtres de porcelaine où brulaient nos ardeurs.

mardi 5 novembre 2019

Automne (1)

Qui fondent sous le soleil
Ces champs, ces arbres,
où l'automne se répand
Comme une sécheresse
à l'angle des toits

Qui percées de lumière
Ces portes, ces vitres
Quand le soir
sur les drèves
se raconte les ombres

Puis qui lève rude
le sang du matin 
encore de la nuit
fatigué, à peine éclos
de l'hostilité du jour


Je regarde l'infini
s'éclairer de café
dans une tasse malpropre.

samedi 28 septembre 2019

Zemmour

Viens de voir en direct les premiers échanges de la Convention des Droites organisée par La Maréchale. En ouverture du bal Eric Zemmour (on applaudit bien fort) :

Une demi-heure de paranoïa apocalyptique, de haines et de vanités mal dissimulées, de poncifs d'extrême d'extrême droite (le RN à côté est un parti centriste), une intelligence de slogan et de lieux communs, un homme fatigué, sans énergie, démoralisé, accablé, quémandant des yeux un accord des conscience, des références à Renaud Camus, au delà même de Joseph de Maîstre, qu'il cite mais dont il ne partage pas le talent, un appel constant au  bon vieux temps de Charles Martel en passant par le siège de Vienne, dans un salmigondis d'ironie amère, de propos outrés, d'élucubrations sans fondements. C'est un homme déjà fini qui  exhorte sans conviction à la politique mortifère d'un désespoir rance et sordide. Il pourrait être un de ces merveilleux médiocres des romans de Houellebecq (c'est d'ailleurs peut-être pour cela qu'il l'apprécie)
Sans la moindre solution aussi.
Une fraude intellectuelle. Mais il vend, dans ce marketing de la diatribe haineuse où il prend sa jouissance.

mercredi 18 septembre 2019

Sous le creux des houles ( 4)

Des heures pleuvent les siècles
le savons-nous noyés dans cette mer invisible
sur laquelle nous promenons nos attentes ?

Et si des traces, des sillons ou des routes
esquissent leurs destins entre des ports de cendre
Rien ne se garde au jardin des horizons

A peine sentons-nous un peu de cette existence
qui rend la terre lourde, l'herbe crue et le ciel aride
A peine le temps d'articuler une lettre

Que les rives ont annulé le fleuve.

mercredi 4 septembre 2019

Sous le creux des houles (3)


Je cours à l'horizon des orages
quant à ma vie fermée, bâclée
comme un devoir d'écolier aux abois

elle dort sale, chiffonnée de vide 
dans la penderie des morts

Je cours sans ma vie
à côté de faims tranchantes
d'autres bords, d'autres abîmes

sans jamais dire un mot 
au passant qui s'en va

dans sa part de nuit où gèlent ses mots.

lundi 2 septembre 2019

Sous le creux des houles (2)

Nous ne sommes pas surpris du fruit sous la fleur
ailes de ce qui n'était pas encore
pour l'envol futur de l'immanquable

alors que sous les mots pas même une terre
moins qu'un chemin, rien que l'écorce creuse
pour noyer le silence d'un verbe sec et amer

Lorsqu'au ciel la mer monte et tremble
que tonne la voûte des vagues dans les tempêtes d'août 
le regard plante son ennui, fatigué, stérile

alors qu'invisible et nu le pli voilé de la lettre
s'ensommeille dans l'éclipse du signe
endormi comme cendres dans la lumière des sources

qui brûle pourtant dans la nuit des Noms.



lundi 29 juillet 2019

Sous le creux des houles (1)

Trop de vagues, trop de ressacs, ils doublent les amarres
sur le vide et, dans les ports, sous le creux des houles , 
des bazars et des Babel, labyrinthes secrets  de sabirs inconnus
qui les déferrent devant eux-mêmes

Avec l'innocence des nuages face à un ciel de marbre, 
ils ne savent ni l'inexistence des sources, ni le rêve des racines rêvées, ni l'impossibilité des cimes et quand ils creusent la terre, c'est une promesse chaque fois qu'ils emprisonnent

Et qui pèse lourd dans la balance des miroirs où leurs regards se ruinent. Moi aussi, j'ai labouré le ciel et semé des promesses
et, dans le labyrinthe, tracé des lignes et des points pour tromper
les dialectes du multiple et du vain.




mardi 23 juillet 2019

Entre les étoiles (5)

Où êtes-vous, mes cendres ?
Mes cendres vives sous le vent
Dans cette pluie qui ramasse la terre
Bourgeons dans la chair d'enfant
Fleurs de marge, de poussière et de sable

Où êtes-vous, mes cendres ?
Mes cendres sous mes pas
Dans le tombeau vivant des passants
Le creux encore clos du temps 
Qui dit bonjour, comment ça va et puis bonsoir

Où êtes-vous, cendres innocentes
Cendres patientes dans la parole des jours 
Et, dans les saisons d'oubli, le fruit de vos échos
Comme un glas au milieu d'un sourire,
Creuse les chemins parallèles qui toujours se marient.




 

jeudi 27 juin 2019

Entre les étoiles (4)

Qu'écrire encore dans la valse des heures
Sinon  le contrejour des nuits, les saisons de lune pâle ? 

En appeler aux plaines d'enfance,  aux ronces fleuries
qu'écrivent encore sur tes mains l'épine et le sel ?

Recourir aux archives des pierres dans les demeures d'espoir
ou sur les falaises de verre attendre la mer qui s'ajourne ?

Tu cherches des saisons d'ébènes
dont les fruits percent l'avenir
des noyaux de mots pour ensevelir tes morts
des prairies chantées aux balcons des villages

Mais tu t'alarmes et tes doigts, un à un,
lachent le vent où tu es né.

mardi 25 juin 2019

Entre le étoiles (3)

C'est une âme qui frappe
aux clochers de l'automne
celle qui creuse des chemins
avec du vent et de la pluie
des fougères et peu de mots
une ivresse fine au dessus des marées
Et l'île déjà perdue, l'île nue et sèche
Aride dans le texte qui oublie
la route du rivage.

lundi 24 juin 2019

Entre les étoiles (2)

Tous les visages transpercés d'abandon
C'est le gel qui traverse le printemps
La nuit sur la terre a des bourgeons d'orfèvres
Son or brille sur tous les fronts

Les peaux tachées de rêves
plantent leurs cris aux façades nues
Puis comme l'enfant disparu
Germent dans le désert des jours

L'ancienne moisson s'est teintée de lune
Ombre de  serpe et  de faux
Jetant aux rivières crues
L'argent effilé de leurs courbes

Dans tes yeux naissent les lueurs
s'offusque l'hiver, s'assagissent les ombres
Caresse des miroirs recouverts de silence
En paix  les siècles s'envolent des toits

Entre nos mains l'océan apaisé
Comme une injure à la nuit
Les vagues assoupies, la houle mise à nu
Les remous s'endormiront au terme du rivage


 








dimanche 23 juin 2019

Entre les étoiles (1)

De ses sources murmurantes
Un  souffle leste un ciel que les horizons ont fui

Nos yeux bornent de lisières 
nos visages dispersés, sables épars
fragments de sel mêlés au vent

Puis ouvrent les paupières de la blessure cachée
La douleur d'Aden aux ailes repliées
comme une ombre sanglante
à chacun de nos pas




 

samedi 18 mai 2019

La Nuit, encore...(6)

Qu'y a-t-il entre les étoiles ?

Les pièges tendus au ciel ont la mâchoire des masques de chair. 

      Des horizons restreints aspirent aux rives
      d'un mirage où s'achèvent les rêves, 
      ces routes béantes des chagrins errants.
      Des égarements lunaires mènent aux impasses notoires
      pendant que prie l'étroit espoir de la source blessée.
      D'aucuns posent un voile par dessus ses toits
      et observent sans s'émouvoir un ciel trop bas,
      aux lumières sourdes d'un éclat boiteux
      
Entre les étoiles

     La grimace enclose de murailles d'argent,
     Le passager des saisons  ne sent rien des portails,
     clos et fermes, sous le pont des paupières,
     lorsque les cils qui les portent vident leurs larmes.
     Quand partout les échos en fleurs parcheminent le vent,
     leurs graines s'envolent dans le bec des hiboux.
     On cueille des ruines dans l'agonie des prés
     le long des sentiers où renaissent les morts

Entre les étoiles, là où nous sommes.

    
     
   
    

 






jeudi 16 mai 2019

La Nuit, encore.... (5)


Du haut de l'abysse, la pente où l'on aimerait glisser
Et dans tes yeux, les ténèbres où l'on aimerait mourir
Tu es la berge du printemps, une caresse aux siècles absents
Ton visage nait de la brise chaude d'un regard 
comme un rêve qui se lève d'une rumeur brûlante
On guette une averse d'azur sans attendre les heures
et, entre les  murs, l'étreinte du temps
oublie le poids des  fontaines amères
Les cimes touchent les ruisseaux du ciel
La terre se veut liquide et les eaux deviennent sèves
se lève la vie au front des cadavres
et le tombeau s'anime d'un tango joyeux et bavard,
se jouant des cachettes, des secrets et des ruses
La nuit se meurt dans le refrain des jours
Le couplet que siffle en rêvant les morts de demain
n' a de souffle que celui de l'enfer
et si tes ombres réveillent la complainte du pendu
c'est le sable et le vent seulement qu'agite sa langue
Sa vie se vide parmi les reflets d'une fenêtre déchue
Cette faveur nue et innocente du firmament cadenassé
s'enroule dans ses prisons muettes et ses aveux masqués
puisque, dans cette course immobile, sous une lueur équivoque
les fantômes ne peuvent se dire.






 


 

mercredi 15 mai 2019

La Nuit, encore...(4)

Qu'on le veuille ou non, c'est une impasse docile
où se pressent des chemins en déroute
La solitude s'agite
quand les soirs somnolent,  
avides toujours d'éclat
sur le miroir des jours 
On ouvre ses bras 
Et c'est la sécheresse des plaies
qui se déchirent pour se faire un visage
On couche avec le sang qu'on étreint ?
Le soleil  se lève sur les lèvres
puis le regard violé trahit
des brisants de lune et de cailloux.

 





lundi 13 mai 2019

La Nuit, encore (3)



Le souffle vient de la terre
Né des taillis obscurs
Remue dans le secret des puits
On y marche à rebours
Pour y voir plus clair 
Quand la neige a vaincu l'argile


Les jetées touchent l'horizon
Et le large frissonne à nos pieds
Puis les murs se mettent à parler
Et l'opaque s'absorbe dans le clair
Dernière ruse de son livide appel


Dans les chairs chaudes, granit
Où se répandent les songes 
Des fleuves blancs, flots incurables,
Épuisent leurs source salines


A l'heure où s'endorment les bêtes








jeudi 9 mai 2019

La nuit, encore (2)


Regards parcourant la nuit blême 
Fixant ses voûtes de verre
Par dessus les routes de sable
Je ramasse des eaux mortes
Noyées dans le silence de tes pas



Ramasse les traces sans poids
Des clartés de tes pluies
Où tu laissais ton ombre 
Au temps des heures limpides
Comme un berceau où s’endormait l’été



Puis le vent  a posé ses lèvres 
Sur la saison des étoiles
Qui levait tes paupières
Et, dans cette émeraude océane
Pénétra l’iris sombre de l’hiver



L’astre s’est couché dans l ‘azur endormi

mercredi 1 mai 2019

26, à la Mairie (3)


Un  ciel sans lueur pèse sur la terre
Les arbres ouvrent leur corolle de sommeil
L’horizon accablé étend son arc brisé
Le monde s’épaissit d’une chair de sang
De l’opacité des murs où les visages s’enferment

Le jour s’égare puis s’enfuit du vide de mes mains
Seuls tes yeux contre la nuit éclairent les toits
Et, sans rien dire des minutes où se toisent les peurs,
Couvrent  les plaies qui naissent des berceaux
L’origine mortelle posée sur chaque matin

Ce qui bat aux coeurs, la cicatrice brûlante
A laquelle la quête se résume
Quête de vent qu’exige le sépulcre
Ce chaudron froid où s’ignorent les os
Où le néant méprise le néant

mercredi 24 avril 2019

La nuit, encore..(1)



C’est un oiseau aux ailes d’ombre

Survolant de sa vague froide

La pénombre sèche des nuits

Sur cette immensité obscure 

Il déchire de ses tempêtes

Le voile brûlant qui le masque



Le jour a éteint ses mirages

Puis s’est englouti dans l’abîme

Au cœur de ces ténèbres crues

L’horizon s’éclaire de  feux

Braises opaques, lueurs aveugles

La clarté raillée, le jour meurt



La voile sombre s’est levée

La ruine a lancé ses faucons

Les vaisseaux du gouffre stérile

Sur la voute seule et déserte

Ont jeté leurs ancres cruelles

La nuit elle-même renonce

dimanche 21 avril 2019

26 à la Mairie (2)


Combien errantes sont les îles

Nues et seules, en attente de la cendre

Brûlées sans un cri de lumières absentes



Parfois, lorsque  l’été sous les soirs endormis

La lune ploie vers la terre ses fruits d’ombre

On y entend des langues étrangères, des paroles en vergers



Mais de ces fleurs de brume rare où flâne le hasard

Faut-il encore arracher le jour à la nuit

La solitude au désert



Elles bruissent de tempêtes pâles

Un grésillement de l’être vibre sous la peau

Des  rives sanglantes s’aiguisent dans la chair



Lorsque l’impénétrable hiver calcine les âmes

Par dessus le fleuve et ses rives écartées  de ses vagues défuntes

On y danse de tristes chaconnes sur des ponts de poussière



Et qu’importe si toujours la lumière hésite

Comme une évidence dans l’obscur

Comme un été mêlé à la boue.


26 à la Mairie


Le cœur ne bat plus qu’au milieu des heures exsangues

La solitude  est un fruit de rosée où s’éclaire l’appel

La poussière douce des jours qui rosit de mes joues

Des anneaux de passages qui trompent la mémoire



Je marche sur ces trottoirs où affleure le passé

Parmi les quartiers hantés de ce qui s’y est éteint

Dans l’abandon de ce qu’ils cèdent à la mort

Enfants des rues sous un soleil immobile



On n’entend rien  sous l’aplomb du silence

Qu’importe si la source ne porte plus paroles

Car  la moisson du jour lie en gerbes perdues

Les sèves mortes pour les songes de demain



Je marche à travers ce qui vient de loin

Dans un mirage où s’entrevoit la chair du temps

Lorsque du sable je jette un regard aux étoiles



Il est des nuits comme partout des jours

Où rien ne nait des aubes

Quand les crépuscules n’épuisent rien de leurs sangs.


dimanche 3 février 2019

L'accord majeur (2)

J'évoquais le chant d'un chemin, la borne disparue qui cherche la voix de demain, un compagnon de cailloux ou de boue sèche
qui déroute les astres et trace, sur les pas des nuages, par dessus les étoiles, des nefs de pierres et de vents où assoir son temps.

Siège fragile échappé dans le chœur des heures, petit chant des rivières s'écoulant comme un matin qui s'oublie.

L'accord majeur (1)

Ce qui se passe, ce qui se meurt, 
que le jour  emporte et la nuit pleure, 
l'éclat ailé de ce qui attend

samedi 2 février 2019

Les Plaines (7)

Voyons la nuit
Non pas encore la nuit,
Ni l'aube, ni le soir

Nous marchions
L'eau bourgeonnante d'écume
D'ondes bleues sous des ruisseaux de lune
Mais ce n'était pas la nuit, 
Mais ce n'était pas le jour

Nous marchions
Sous les galeries du ciel
Sur des torrents blanchis 
A portée de parole 
Et les fièvres anciennes
Dans la rumeur des gorges
Arrachait une voix 
d'épines arides
A la langue harassée.

Dans cet air limpide
Où l'enseveli offrait 
un silence laineux
Aux échos oubliés de la vie 

Voyons les ombres
Non pas encore les ombres
Ni l'obscur, ni le tu

Je voyais dans ces buissons
Seulement les lueurs en fleur
Nature profonde aux souffles voilés
Qui brûlent mes yeux
En y posant son givre

Mais ce n'était pas l'hiver
Ce n'était pas l'été

Dans les plaines.









jeudi 31 janvier 2019

Les Plaines (6)

Ils marchaient, à l'orée du soleil, l'un et l'autre
Accoudés aux lisières froides,
Aux sources du matin. 
On les voyait arriver comme
Des boucles de ténèbres,
Braises obscures dans l'éclat du jour 

Cavaliers aux éperons blessés,
Les yeux clos, dans ce baiser d'aurore, 
regardaient où respirent les hommes, 
Comment du champ de leurs jours
montaient ces sueurs de souffrance
Ces cris tus dans le hurlement des loups.

C'étaient des étrangers, inconnus
des gémissements d'ici, des plaintes nouvelles
au centre des enclos.
Des plaines rien de fermé et dans l'espace béant
où les murs se parlent,
Des brèches pour qui veut, un passage qui espère.

mercredi 30 janvier 2019

Les Plaines (5)

Nous courions, enfants,
Dans ces matins aux urgences inédites
A travers ces jardins où murmuraient les sangs
Comme une  rivière lente
courbant de ses rives
le silence des vents

Nous courions ainsi
refusant la mort 
sans autre rêve
que le présent

C'était le district des horizons
La vigne des nuages
Le district de l'âme
l'empierrement des allées
et des amours de Chine

Proches plaines du lointain invisible
Proches plaines où poser nos mains 

Proches plaines
haleines de la terre, papillons des nuées.

mercredi 23 janvier 2019

Les Plaines (4)


 

Comme une marée étale
La plaine suspendue
Entre flot des jours
Et jusant des nuits
Attend la minute prochaine.

Devant cette gueule béante
Elle frissonne un peu
Comme l'innocence
Sous un ciel de braises.


mardi 22 janvier 2019

Les Plaines (3)


La plaine est un matin.
Légèreté limpide,
le regard s'agace
de cet excès de visible.
  
Asile cependant :
il disperse ses lueurs
dans sa clarté obsédante.

 C'est  à moindre prix
 qu'ainsi on hypothèque sa nuit

samedi 19 janvier 2019

Les plaines (2)

Dans les plaines
Nous nous sommes couchés
et  aux eaux des mêmes rivières
Nos lèvres se sont jointes
Celles qui n'assèchent pas les soifs
Qui se nourrissent de leur faim
Ces rivières-là
de celles qu'absorbent les étoiles
lorsque nous les regardons
briller sur la lame des faux

Ces plaines qui s'accordent
Et s'attachent des liens
De nos absences pâles
Qui nouent les éclipses
De nos routes enlacées
Mortes plaines !
Vives plaines !
invisibles sous  le gel
sous ce fruit du départ
où nous vivons enfin


 

vendredi 18 janvier 2019

Les plaines (1)

Dans les plaines retentissent 
Les blessures de  l'espace

Dans cette plaie nue

L'étendue découverte lève ses ombres
Et de ses sédiments obscurs se rédigent
Les fables du vrai et du faux.



dimanche 13 janvier 2019

Le désert (10)

Tout s'y montre
Tout s'y cache

Dans cette nudité ordinaire
Les ombres possèdent la complexité des échos
Le silence, des ourlets de lumière

On se sent exclu de cette complication
De ce paradoxe de sable.

jeudi 10 janvier 2019

Le désert(9)

Le désert s'étonne du temps
De son intransigeance à être
De son impassible maturité
En lui il n'est pourtant que mirage

Docile rêverie du désert
Source de l'inexistence

Le désert (8)

Dans cette translucidité pure
Tout se dit dans l'obscur
Chaque grain est un crime
Chaque grain, une faute

L'insoluble blessure fleurit dans les sables

mardi 8 janvier 2019

Le désert (7)


 S'astreindre au Désert
Au supplice de l'épure
Comme un souffle clair
Qui monte jusqu'à soi
Comme un sang chaud
Où chantent les plaies

Consentir aux gestes de sable

Le désert (6)

Le Désert ignore l'art des bordures
Les limites n'y légifèrent pas
Les convictions s'inquiètent
De cet espace indéfini

De cette absence de clôture
L'aube chevauche le crépuscule
L'ombre nait au ventre de  lumière

Le silence est ici parole



dimanche 6 janvier 2019

Le désert (5)


Trouver passage
Forcer la route
Ce que demande
Dans sa prière lumineuse
Le Désert ou la Nuit
Ici les traces sont abris.

Le désert (4)

Le Désert tient à son obscurité
La transparence est son leurre
La transhumance des mirages
Bivouaque dans d'obscures caravanes 
Sous la crête des dunes

Le désert (3)

Entre les déserts
D'autres rivages
D’autres déserts
Les mots n'ont pas cours
Dans les lits à sec.

Le désert (2)

Certains déserts arrêtent les pas
Le vide est un labyrinthe 
Un corps trop vaste
Trop de chemins
Empêchent de prendre la mer.

Le désert (1)

On ne dit jamais assez
La limpidité du désert
Rien ne s'exclut
De son silence
Rien ne bouge
Dans sa nuit.