vendredi 29 janvier 2021

Multitudes (5)

 

De l’encre éclosent des ruines

Le don de l’inaccompli délie sa corolle

 

Le gel prend la mer

la vague se meurt et les épaves sombrent à quai

 

Sous les débâcles d’hiver

Un vaisseau de banquise traverse le désert nu

 

C’est de la pierre qu’il faut voir

du gel qu’il faut veiller l’éveil de la fleur inerte

 

Aux printemps rebelles


mardi 26 janvier 2021

Multitudes (4)

Où, dans le soir qui vit, deviner le corail ?

Comment chercher la pierre à midi ?

N'étant jamais là où il est

Lorsque la lumière dissimule la lumière

 

On happe des contours

présume des profils

 

L’espérance est la foi en ce peu

 

Ce qui s’échoue appareille

dans cette terre renouvelée et toujours

invaincue, insoumise, impérative

qui attend et menace

 

Les futaies, les taillis plus profonds encore

où règnent les laies farouches

L’énigme est sauvage

elle est injonction de chair

 

Être enfin découvert

vu pour être invisible

tranquille en sa tanière

 

Illisible en sa lettre


samedi 23 janvier 2021

Multitudes (3)

Pas de passage entre les souffles

Fragments du vent

restent chacun à demeure

Ce sont sentiers étroits

pistes brisées le long du cercle

où se ravivent les transparences

d’une même nuit

 

Lueur indivisible

Soutirant à la terre qui gît

La teinte qui se gonfle sous l’averse

 

Pays d’ombres aux clartés isolées

toutes voiles affalées

toutes voiles dehors

vers la source sans source

 

pour y mêler leurs éclats intimes

jeudi 7 janvier 2021

Multitudes 2

Au seuil tragique, j’arrête mon pas

Les multitudes guettent le passage

vers l’immobile abri,

cette plaine vide et sans limite

 

La porte par moment consent

Au miracle des clés

Lorsque les serrures enfin se parlent

Et sous des nuages colibris

Parmi les prairies roses

Des ruisseaux naissent

Et des forces s’affrontent

 

L’esquisse ébauche un songe

où s’abreuvent les deux mondes

étranges emboitements

d'une rhétorique d’absence

dimanche 3 janvier 2021

Multitudes (1)

L’immensité ne s’offre pas

Elle a l’espérance des naufrages sans fin

Rien ne l’arrime aux refrains du rivage

Elle récidive dans le silence qui est tout

 

L’immensité étend ses chants aériens

Au delà de l’ouïe intime

Et trouve pourtant sa demeure

Dans le galet roulant sous les pieds

 

Source sans origine

ses gîtes sont les non lieux

les chemins creux où l’aubépine fleurit

 

les heures aussi où les lèvres se fondent