Temps
d’avant la mémoire, présent d’hier ou de
demain
Et
présent à tout instant, saccade de matière sans passé
Roches insondables, pierres sans fièvre, cimes et vides
Mais
toujours aux noms encore tus du Souverain absent
Tu
es là toujours en toi-même, être et existence
Comme
le fruit innocent de l’éternité silencieuse
Né
de l’écume des météores au cœur même du lointain
Terre
aux songes à naître encore nue dans sa pureté
Terre
indifférente, immobile et toute à elle-même
Et
à chaque moment tu congédies le temps
Terre,
mer, ciel, sortis de leur propre matrice
Quels rêves tranquilles ceux dont les rêves ne rêvent pas !
Et
quand les orages te couvrent d’ombres et de feux
Rien
n’arrive encore qui n’est toi et que tu n’as voulu
Et
le tonnerre lui-même est ce silence qui t’appartient
Comme
l’espace sans fragments aux frontières inconnues
Alors
que les vagues qui ne sont pas des vagues
Emportent
le sable où tout entière tu te contiens
Car
close de partout mais se répandant en tout ce qui est
Tu
n’es minuscule qu’à la condition de ton immensité
Et
en chaque grain comme en chaque poussière
L’univers
qui te couvre hors du maintenant et de l’ici
S’étend tout entier dans ces abîmes dont
tu es fait
Et
que plus tard la pensée comblera de ses fards
Et
pendant que je parle et tente l’impossible
Ta
nudité se voile du tissu sonore de mes mots
Puisqu’il
faut bien que vive cet être de toi
Qui
t’amincit en t’amputant de ce qui le fuit
Comme
si pour te connaître et t’aimer
Il
devait ignorer les vastes gouffres où tu résides