L’exil
c’est l’usure de la terre
l’oubli des îles
les rivages abolis
les labours du ciel
délaissés
et la langue maigre
de la plaine stérile
c’est l’ardeur qui fraichit au soleil
perdre l’usage des mots
c’est clore le pays
vider la mer
du ciel qui la relève
Alentir le vif
le temps court à l’homme
hèle ses pas
réunit l’épars
Il fait toujours trop tard dans la nuit
Il n’y a d’éclats que de cendres
aux minutes prochaines
où s’étend l’attente
la lampe fragile
avec l’ombre immense
tout est lisières, orées, clairières
d’un abîme à l’autre
invisible comme un fruit
l’hiver
et dans le torrent sans borne
des pierres d’impatience
pèsent sur ce qu’il y a de lueurs
si peu
si faibles
si légères
qui ploient et se désagrègent
entre les mots qui les portent
J’aimerais garder entre les mains
le vieux tison
le charbon qui chante
l’éveil du fleuve qui suffit
et à l’envol du matin
il faudrait la neige
N’être maillons
particules couvées sous la voûte
requières-tu la brume aveugle
empêcher les routes
bifides ?
ce laps qui éloigne
l’œil de ce qu’il voit
se tenir au près serré
aspiré par la distance que je suis
au sang de l’être
Faire retour ici
à ce qui emporte
faire grâce à l’insipide
comme le cerneau à sa coque
et pour que parole soit
les lieux se plient
l’origine se tarit
la roche se fend
la source et le vide en jaillit
inonde la page
Faire retour ici
à ce qui importe
Les lointains...
à portée de mains à portée de voix
dans le silence de ce qui se fait jour
pendant que les heures se déplient
j’immobilise les bribes
les fixe sur ma peau de papier
Dehors midi se fige
on entend l’or se poser
Sur l’épine et la pierre
le vent dans les rameaux
l’oscillation du silence
un intervalle suspendu
à l’amer qui attend
je me veux un visage
faire figure à ton regard
qui fixe l’instant à travers..
La vibration dans les remous
Un intermède dans l’interlude
Seule terre en vue
.....................
l’imposture de ce qui s’écrit
le boniment des étoiles
plutôt l’être sans les mots
l’aplomb de l’alouette
le cri de l’épervier
plutôt la rumeur de l’humus
un temps sans regard
S’est tue la meule
reste le bruit
des pierres d’eau ou de vent
nul ne monte aux lèvres
dernier masque
Comment atteindre la fibre ?
la toile si lourde
la trame étouffante
pourtant l’étoffe est proche
tout est là
inaccessible
Un frisson accablé
à la sortie de tes lèvres
émeut l’immobile
rien ne bouge
seulement l’onde
offerte au visible
Comme l’écume fine
Je me disperse
au pli du mot
introuvable sur la feuille
je me perds
à l’usage
mobile
l’œil creuse
à beau creuser
comme il fixe
le mur s’épaissit
sèche
la râpe de l’abîme
lime les jours
rêches
les copeaux des heures
usine
chacun de nos pas
mettre un mot
seulement un mot
sur cet hivernage
cette trêve gelée
la débâcle attendue
un passe-vent enfin
...et de l’Ouest, l’Orient se fait jour...
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