mardi 8 mars 2016

Les Confins : s'ouvrent hautes vagues sous la voile des mers (9)


Pour Ceux des Confins

Les Saules ont imposé leur empire de sommeil et des luths d'eau ont dansé sur les berges invisibles de nos soifs. Ce sont des rives indifférentes que des racines enlacent de leur oubli. Nous étions de tous les mondes, nous n'étions plus plus d'aucun quand l'oiseau au bec de prose a soulevé les paupières du souffle. Puis des vaisseaux de songe ont sombré dans les poitrines et nous avons chanté...
Aux alliances de cire offertes à la vie,  les fidélités épuisées et, vivant par dessus les hommes du siècle, la bouche tonnante de la guerre... 

Des soleils ont brillé sous des fleuves ivres et nous avons éprouvé notre faiblesse dans les rigueur de nos haines : les barques retournées aux rives sèches, des beffrois ruinés sur les plaines vides aux heures blanches du monde, des chairs suspendues aux miradors du temps qu'un vent affamé emporte jusqu'aux havres où les hommes dorment. Et une race de chaux a tout recouvert...Une race aux corridors sans issues...qui ne se lève que la nuit lorsque le désert fleurit sous la pluie...Dans un monde où plus rien ne séjourne, dans l' étendue stérile des bêtes de chaux...

Puis les simulacres ont chevauché sur cette terre mêlée d'os et de chair et des fumées purpurines sont descendues des cuves du ciel...Une nation de spectres et de programmes a déféqué sur les étoiles et les astres brûlants se sont éteints...La nuit même n'était plus la nuit...La substance s'est ouverte et un crotale est né de la boue et la souillure qui gît dans le corps du Saint quand les images ont supplanté les corps et les vers abandonnés les tombeaux de ronce... Lois oubliées de l'écume et du varech, des marées et des saisons, des compagnies de fureur ont rugi sous la mer et absorbé les baleines de verre...

Et dans ce qui se creuse sous les vagues, ce qui survit dans le silence, les minutes et les secondes du Lointain, un homme sans dénouement et sans origine, geste continu sur le dos de l'infini, avec ses phrases chevauchant la mort et les secrets forgés au moment où le feu lèche la lame. Aux Confins le Dit du mot, et le miracle qui écarte le gel,  le Dit du mot dans le champ vide des matricules épais, dans la jungle des listes et des registres.  S'y sont enfouis Ceux des Confins dans des rades où les soifs s'apaisent ; hébergé sous les ailes des nuages, l'enfant a ouvert les mains vers les terres vierges, celles d'où nous sommes. Et sous le tonnerre de la bave, un torrent d'émaux...

Ceux des Confins ont couronné le jour là où le jour n'est plus.






Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire