mercredi 16 juillet 2014

Rumeurs du monde (11)

Buées d'être..

La terre s'est raccourcie.
Les perspectives s'effacent dans le volume même
D'un univers liquide
Aux couches minces et successives.

Peu à peu
L'esprit s'accommode de l'obscurcissement
Du proche
Chaque pas traverse seulement
Des suites infinies de proximités
Emanations abstraites, les distances se figurent absentes
Abolies.

De partout
L'Être s'écoule, perle sous les pieds
Respire et frissonne dans cette liqueur
Humide et chaude.
Il s'exhale en se comprimant.
Ainsi il se garde bien de se perdre.

mardi 15 juillet 2014

Rumeurs du monde (10)

Ceux qui n'ont...

J'ai construit des murs que des larmes inutiles ont noyés dans la mer
Et des voiliers de nacre suspendus au ciel par des fibres de lin
Ont avalé les dunes endormies dans leur tissu de sang
Et la lumière est devenue cette fille mourante sur la scène du temps

Si le silence est une prière les villes des mausolées incrédules
Alors il y a à l'ouest du monde les vestiges du Dieu nu
Alors il y a dans les viscères de l'Oint les fleuves qui répandent d'Eden
La couleur des soirs où les tombeaux font parler les âmes mortes

J'ai construit des murs que les morts bavards n'ignorent pas
Eux qui m'appellent de leur cri d'argile et de poussière
Et leurs os qui bruissent dans le vent tiède de la peur
Aspirent aux voix tues et aux souvenirs perdus

Les morts ont toujours raison
Eux qui n'ont jamais été.

Chemins de la ville basse (6)

Par delà les villes...

Les villes chantent des notes métalliques aux appogiatures de bitume
Des enfants sales ouvrent leurs couteaux d'espérance
Quand l'aube dévorante est déjà crépuscule
Et dans une ivresse écarlate percent des ventres de cire molle

Dans les villes chaudes où les enfants de mer émergent des avaloirs
Des iguanes valsent avec la mort et de la brûlure de leurs lèvres
Naissent des lacs de fange et de sang où psalmodient les anges
Les déserts anciens ne sont pas morts qui remontent vers le Nord
Et les automobiles se croisent sur des pistes de sable
Où Abraham a planté sa tente pour engendrer Isaac

Et toujours
Des îles nouvelles accomplissent dans la nuit
Cet être qui refuse d'éclore dans la lumière crue des jours.







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lundi 14 juillet 2014

Chemins de la ville basse (5)


J'ai erré dans les plaines sauvages

J'ai erré dans les plaines sauvages
Où j'ai bu le vin de l'ortie et de la ronce
J'ai laissé des sueurs végétales
Creuser des lacs saphirs
Sur la peau de ton rivage
J'ai dormi au creux de collines providentielles
Et me suis enfoui dans ton serment de vie

J'ai erré dans les frissons de ton sol
Cherchant ma demeure dans les plis salés
De ce qui se cache entre tes terres infinies
Offertes à l'inhabileté de mes doigts et de ma langue
Et ton savoir acceptait ça aussi
La maladresse de l'errance innocente

J'ai erré là où le rien est le tout
Où le vide enfante les rêves
Etonné que si peu de chose
Entouré de si peu de choses
Croisse en moi
Dans ce flux généreux
Où le pauvre croise le riche.

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samedi 12 juillet 2014

Rumeur du monde (9)


Lorsque...

Lorsque point le jour
Dans la nuit des saules

Les libellules
Flottent dans une pluie
Aux silences incolores

Les sauterelles
Vagabondent dans des paysages
Aux limites magnétiques

Les tipules
Somnolent sur les nénuphars
Aux fleurs de neige

Lorsque point le jour
Dans la nuit des saules

Mes mains brisées

Et mon coeur de chien
Couvrent de pétales blancs
Les entrailles qui ont couvé mon mensonge


Lorsque point le jour
Dans la nuit des saules
Où plus rien ne vit
Que l'onde claire
Qui m'étouffe
De sa transparence.

vendredi 11 juillet 2014

Rumeurs du monde (8)

       1.

La nature
A chaque être
Offre sa tragédie
Lorsque la neige fond
Le ciel se dévoile.

      2.

Rien n'existe que les mots
Rien ne respire, rien ne boit
Rien ne dort et rien ne meurt
Sans les lèvres qui agitent le vent, le soleil et les roses.

jeudi 10 juillet 2014

Rumeur du monde (7)

Là où on ne peut voir

En la pierre partout la pierre
Aucun interstice ne rompt la plénitude
De cette densité tenace

La pierre ne s'offre à aucune clarté
Et n'accueille aucune ombre
La lumière et l'obscurité s'humilient
Face à cette épaisseur impénétrable

Identité compacte
Elle offre la figure de son obstinée permanence
L'entêtement et l'obsession d'être
Dominent les montagnes
Asservissent les cailloux

Matières opaques et bornées
Y dorment pourtant
Des miroirs d'émeraude
Aux chatoiements barbares
Imperceptibles
A ma vue infirme.

Rumeur du monde (6)

Aux matins des nuits...

Le mutisme se refuse aux rosées
Leurs langues de pluie
Leurs lèvres de brume
Leurs bouches d'ombres chaudes
D'un fluide secret et humide
Scandent toujours
Les fables du vide et de l'oubli

Leurs chants se posent
Au bord des jours
Car c'est du seuil
Que toujours ils appellent la pénombre
Et cet appel, simplement appel
Simple halètement
Reste sans oreille

Car
C'est toujours
Entre des mains trop pauvres
Que nous recueillons
Ces fragments de nuit
Aux reflets sonores
Et aux danses de velours

Le savons-nous ?
C'est en vain
Que nous y trouverons
Notre image.

mercredi 9 juillet 2014

Rumeur du monde (5)



Ce que...sous la pluie et le vent...

Ce que je désire

Fuir les visages de balsamine
Qui grimacent sous les eaux

Dérober aux ombrages
Les voix qui rompent le pain

Absorber les âmes
Des morts et en agiter les langues

Ecrire sur le sol
Les mots que taisent les nuages

Rendre aux vents
La respiration des renoncules et des glycines

Abandonner aux rêves du temps
Le sommeil doré des diadèmes en flammes

Nourrir mes os
Des caravelles ailées au dessus des océans

Endormir les fureurs de la terre
Dans la rondeur des tulipes

Et plus encore
Dans le cours de l'inévitable
De l'étroit et du rétrécis

Donnez-moi une âme
Pour ouvrir le monde
Et courir sans pensée
Dans le lit des ans.


mardi 8 juillet 2014

Chemins de la ville basse (4)

Waiting for..

Et alors préférer écrire ces mots qui me plaisent
Plutôt que vivre
Plutôt que rire
Plutôt qu'aimer

Ecrire ces mots vains
Dont chaque lettre
Epuise le mâle vaniteux

Qui ne regrette
Que pour regretter

Hais
Que pour haïr

Aime
Que pour se souvenir

Que de temps
A y penser
Sans rien faire

Que de temps
A y faire
Sans rien penser

Alors
Toi
Tu te détournes de tels enfantillages
Et tu attends
Que je te baise.

( Tu allumes une cigarette en repliant les jambes
Que j'oublie si souvent. 
A la télé une pub pour de la crème à épiler)

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