lundi 13 novembre 2017

Hors Service (4)



Comment commencer ? Par un duvet de chagrin étendu au seuil
d'un ciel plaintif ? Par le givre des cendres, abri de l'âme qui s'y replie ? Ou encore par la paille pauvre qui brode entre les pierres les échos des volcans éteints ? Et comment finir ? Surtout comment achever ce qui s'est conçu après coup, en sourdine de l'insu ? Comment en finir avec cette ville étrangère qu'aucune étoile ne bleuit et qu'aucune mer ne blanchit...Sinon dans un espace où souffle la sécheresse hostile, dans ces chagrins sans domicile lorsque le deuil s'adresse aux étoiles pèlerines et qu'à jamais, un bâton de plume ordonne le chemin.

vendredi 10 novembre 2017

Anecdotes de l'Archipel (12)


L'Anecdote de la Brume

On  perd la précision des formes
Et les lignes qui cernaient les choses
Ont quitté leur sillage 
Entremêlées dans les chastes entours
L’informe a dégradé les significations du jour.

Seul le proche témoigne encore
Du  scrupule du net, de l’exact, du fidèle
Le retrait du monde s’opère sans débâcle
Il s’efface avec le flegme du grès

Aussi le drame se glace et
Le chagrin s’empare des masques
La perte de toute consistance,
La dormance  de la semblance
Comme une distraction temporaire du faux.

Les voix se croisent sans se voir, 
Dans cet effacement des lisières
Des lèvres sans paroles naissent du deuil
De l'artifice des bornes.

Anecdotes de l'Archipel (11)

L'Anecdote de la Lumière

La lumière se trompe quand elle croit instruire
Elle ignore qu’elle n’éclaire qu’elle-même.
La prétention au clair et au distinct
Est celle de l’été, 
L’arrogance des bourgeons
Quand le lumineux fait le fier.

Il faut cependant négliger
Ce fanfaron inscient,
Et penser alors le soleil comme 
La syntaxe des aveugles 
Ou la linguistique des candides.

Mieux encore
Vaut l’éparpillement
Dans un obscur morcelé.

Anecdotes de l'Archipel (10)

L'Anecdote des choses

Les objets sont les choses
Désignées par les mots
Ce ne sont plus des choses
Plutôt  des engins
Parfois utiles, d’autres fois non

Les choses gisent lointaines
Au-delà même d’elles-mêmes,
Et toute à leur distance inhospitalière
Elles se fécondent dans l’hostilité

Seuls, l’ingénuité discrète
Ou la pieuse idiotie
En leur sommeil
Les éveillent

Brève victoire cependant :
Elles se  raidissent
Dans leur intolérante chasteté
Se refusent et stagnent aussitôt.

mercredi 8 novembre 2017

Anecdotes de l'Archipel (9)


L'Anecdote des poussières

Une intensité faible et  disséminée, 
Une compacité divisée, 
Répartie, émiettée 
Les poussières comme système totalitaire
Chacune de ses unités
Des meutes, 
Des hordes serait plus juste

Foules hésitantes ou pellicule du temps
Protestation contre l’unité
Mais aussi négation du stable 
Et de l’instable,
L’oscillation et l’inertie
S’aiment en elles
Pour enfanter un destin

Avec les poussières
On ne sait jamais
Combinaisons subtiles
D’indécisions temporaires
Et d’immobilités transitoires
Nomades sceptiques
Elles courtisent l’abstention.

Rien ne les empêche
Imperceptibilités omniprésentes
Sceptiques et résistantes à l’action
Elles sont l’âme des choses
Comme marées du monde
Incessant et continu
Elles viennent et  reviennent
Particules entêtées et obtuses
Elles persistent et insistent
Libertines et vagabondes


Résidu des choses
Choses des choses
Legs de la terre
Et legs fait aussi  à la terre
Leur devenir courbe
Possède la sagesse idéale
Des systèmes clos.

Hors Service (3)

Les idées ne sont pas des images. Rien n’arrive à les figurer et leur représentation n’en trace qu’un portrait inanimé puisqu’en effet aucun contour ne les borne. Elles irritent notre sens des limites comme leur volatilité contrarie nos besoins en volumes et en racines. Sans origine,  sans sexe, en-deçà de la différenciation, les idées ondulent, se plissent et se nouent. Elles s’inséminent sous un ciel indifférent, strié de ténèbres sinueuses et d’énigmes aveugles où séjournent les lumières vives des chimères assassines.  

Etres aux allures impersonnelles et au maintien impassible, elles ne respirent qu’en forêts d’insomnie.

mardi 7 novembre 2017

Anecdotes de l'Archipel (8)

L'Anecdote des Lisières

Les lisières ont le sens de l'instable
Elles empruntent à l'un et à l'autre
A la fois terre et eau, 
Entre éveil et sommeil
Humbles de ne pas être
Elles filent, claires et obscures
Parmi les berges tranchées des choses
Auxquelles elles prennent sans rien ôter
L'illusion de l'apparence

C'est pourquoi croire que nous sommes
Est la question qui croît
Aux endroits ombragés des envers

lundi 6 novembre 2017

Quatrains (61)

Quelques cendres de brumes fauves
Des pétales de lune sur un parchemin
Et des sources qui jaillissent du ciel
Les chimères vivantes de son palais farouche

Anecdotes de l'archipel (7)



L'Anecdote de la jeunesse

J’ai vécu seulement
A la racine de ma destinée
Méprisant la vie que je vivais
Pour celle de demain
De l’heure suivante
De la seconde qui passe

J’ai blessé l’amour
Manqué les parfums du jour
Pour la maturité des ombres
Qui sur l’autre rive
Ne sont qu’ombres sur ombres

J’ai manqué et blessé
Aspiré par un ciel veuf
Qui occulta vite
Les petites chambres fleuries
Où j’ai avalé ma jeunesse

Fallait-il à ce point
Ne pas vivre
Pour qu’un jour
Des mots inutiles et vains
Flottent comme des tourbillons
Dans le vent

Mourir d’abord, vivre ensuite
Comme une figurine
Qu’animent les jeux 
De l’enfance.

Hors service (2)

Serres chaudes, fragments de vertiges...
Sous tes paupières de nuit, tes yeux fixent le jour s’épuiser et son agonie révulsée répand sur tes rides douces un  crépuscule farouche dont les torrents endorment tes entrailles. Tu es un champ ailé qui survole la matière de sa vie transparente, un abîme où s’égare le temps et  plane sur l’espace dans lequel tous mes regards se perdent ; je me suis noyé dans les méandres fleuris de tes fleuves immenses à la source blessée et aux senteurs d’herbes sauvages et ma vie, devenue nébuleuse de chair, s'est réchauffée au sein de tes lueurs ténébreuses.
J’ai peuplé ce territoire sans borne où apparurent des creux, des fosses, des crevasses et des oiseaux  calcinés chantèrent dans ta gorge les vertiges du ventre où nait la brisure.
Je me suis incliné vers ta terre où je me suis endormi, les yeux ouverts sur le monde, accroché à tes paupières de jour, petite fleur de nuit.