jeudi 6 septembre 2018

Soir (3)



Je cherche la terre comme le nom de la lune
Celui que l'on a oublié lorsqu'on passe la nuit
A traverser sa lumière partielle 

Mais la terre, c'est l'esprit aveuglé de matière
C'est une oreille tendue sous les robes du ciel
La force, le lien, la foule du regard

Nos pas creusent leurs ombres sur ce sol
Et l'espace qu'ils creusent dans ces ombres obliques
Sont les souvenirs où nous nous consumons

 

mercredi 5 septembre 2018

Soir (2)

Les ombres qui s'inclinent sont le secret du couchant
C'est l’œuvre obscure qui reconnait son père
Avant de s'effacer dans son absence prochaine
Ce sont les roueries du jour, la pulpe du midi
De croire à l'innocence du ciel :
Le Verbe dans ses signes de lumière
Drapé de ses élancements trompeurs
Dresse ses certitudes dès l'aube 
La nuit le voit moins distingué
Plus humble parmi les fantômes confus
Qui lui dévore les flancs.

dimanche 2 septembre 2018

Soir (1)

Qu'il souffle le vent du soir
Sur les heures défaites
Et qu'enfin tu trouves ici
Dans ce temps meurtri
Un jeune sang blessé

Il se fait tard les soirs
Quand on attend
Les racines du jour
Les lueurs sous la brise
Et les rivages azur

On peine, on gesticule
Dans le silence du vent
Les soirs d'abîme
Où les rivières sont désirs.

samedi 1 septembre 2018

Cité (5)

La Cité a ses clairières, ses veilleurs insomniaques et ses paupières de braises. Partout, on y danse des extases aquatiques, lourdes, cachées, mortes peut-être, noires et brillantes ; ce sont les étoiles lointaines, ces rivières obscures, ces canaux rauques où les péniches raclent les fonds ; ce sont des rives insolentes,  ces constellations emplies d'algues et de mousses où se mêlent leurs éclats affaissés ; puis l'hiver des sources lorsque les saisons sèchent à ne plus exister, à  paraitre vivantes encore seulement pour le sang pauvre qui se contente.

Dans ces déserts de nuit - lumières blanches isolées par dessus les routes vides, lumières sales suspendues au-dessus des grilles et des murs - les portes sont brumes et brouillards, fausses monnaies, lunes hypocrites - on cherche le fantôme qu'on habite mais le nom s'échappe, on repart, dans ce lac circulaire, saveur terne dans sa barque anonyme, solitude fleurie où s'isolent les confins, l'horizon brûlant qui voile de ses bornes infinies les faims inconnues et les soifs oubliées

Je suis un mensonge nacré où s'accablent les heures et l'abandon, une lacune vierge qui craint le chemin, un espacement dépeuplé que réfute la meute et en vagues successives vers la baie sauvage un nageur nu qui se noie sous la pendule des plaines arctiques.

vendredi 31 août 2018

Cité(4)

La rosée s'est posée, aube électrique et nue,
Et les pavés de la cité se glacent et se lissent d'un éclat maritime
Si chaud ce miroir des choses, si chaud dans le souvenir de sa froideur
Si silencieuse comme une rumeur d'éveil sous la pente des toits
Puis les bruits, les cris, les appels dans le nid du jour
Comme un horizon qui grandit au fond d'une bouche
Où l'amas descendu dans sa nuit se fait rivière d'haleine, de chair et de sang
A volonté. 

Ce sont des ramures d'acier qui frissonnent en toi maintenant, des pétioles graisseux qui s'agitent sous tes pas, des limbes meurtris qui se parlent du fond des puits où tes âmes charbonnent d'une lumière lente. Des univers d'âges perdus, trop seuls pour se savoir seuls, déjà, encore et toujours, dès l'origine à aiguiser le tranchant, le sec et le dur qui écartent la vie en en perçant la pulpe, incomparable muraille qui blesse la nuit et tue le jour.

Ce sont des cités de craies et d'argile, eaux stériles sans message,  funambules sans joie et sans hauteur, ponts noyés entre les îles souterraines, les lèvres tendues sur les roses étirés du crépuscule pour en apaiser les songes.

En épuiser la force.

samedi 2 juin 2018

Poèmes de l'Amour Indigo(2)








Ce chant que tu m'offres
cette source des lisières
C'est le miel des étoiles
qui perle dans l'azur

Caresse indigo
Ce parfum de brise sauvage
qui couvre ma misère 
L'aurore dormante
Que j'attends
et où je vis.

Ici - même les lointains
où nous étendîmes
nos champs
d'éclats et de pavots

Poèmes de l'Amour Indigo(1)




 Pour Agnès

Dans tes vagues de nuit
j'atteins la houle des vents
Des sentes d'écume
Des routes de mer
Le chant des marées
Puis
Des ailes de lune 
Entre les roseaux

je sais cet amour que tu me donnes
comme une aube qui triomphe du jour

Que dire  de ces mauvais poèmes
qui meurent sur la grève?

Le silence de ton corps
qui est le mien.

mercredi 30 mai 2018

Cité (3)

Le crépuscule, sur la ville, me donna son nom, rouge encore, la cicatrice trop nouvelle pour en sentir déjà le sentier blême courir sous l'ombre des vents. Mes yeux allumèrent des lanternes de nuit qui n'éclairaient que le jour, et le rivage las des faubourgs se gorgea d'une eau brûlante par dessus les ronces. Je marchais à travers le cortège des rues, aveugle, nu, indifférent aux pas qui me menaient aux vertiges des sultanes apocryphes. Sous des orages électriques, ma boue s'exaltait en une statuaire mouvante et trompeuse. De vagues comètes me suivaient, sortant des avaloirs d'un hiver éternel ; éteintes et noires, gorgées de chairs factices, elles montaient, mobiles, grimaçantes et sanglantes, le long des nerfs de la cité pour emporter le chant des réprouvés. Et devant, et derrière, le son des cascades d'argent, d'or et de nuit remplissaient les grands boulevards des heures de leur ennui synthétique.
C'était une prière où je vivais, une prière de briques et de métal, un appel aux sommeils ardents de la terre morte. Et sous la rampe des ponts, des hordes de mendiants se dressaient seulement lorsque s’élevaient les moissons d’Éden.

vendredi 25 mai 2018

Cité (2)

Sous les dômes, arcs tendus, en plein cintre rompu, accouplés dans l'acier bleui, puis des roues de géants, ogives brûlantes du fanatisme industrieux, des passerelles ardentes par dessus des fleuves de nickel, fusions d'angles écarlates aux géométries obtuses, candélabres électriques derrière des vitres brutes et froides, enchâssées dans des rais de lumières crues...On y consomme la nuit, fixée sur des écrans mats, lorsque s'éveillent, sous des artifices d'or, les somnambules du chiffre  zélé, absorbés par l'impatience et le temps. C'est la rengaine de la cité, la mélodie aux mille croches, que des enfants édentés donnent pour baiser à leurs amantes de soufre, la chanson morte que sifflent les peuples d'aujourd'hui. Au milieu de cette mer  de boue, je suspends dans la brise cette voix de matin qui s'abreuve des formes, cette voix des livides d'où s'élèvent les banlieues. Les avenues ouvrent sur des cachots aveugles, offerts par des mages anciens, vêtus d'espace et de vide. Les murailles fleurissent dans un printemps perpétuel achetées au prix ultime des ronces qui envenime l'haleine. Plus haut, des oiseaux mécaniques arrachent de leur bec la dernière tranche de ce qui reste du jour, la lueur fade des traces diaphanes où vécut ce qui se devait de vivre...Dans cette chair évanouie, un ciel aux archives infinies, invisible et nu, s'est couronné de la gloire des cendres. Je vis dans une cité où s'embrassent des diadèmes d'étain, ramassés au hasard des vents dans les champs d'honneur où l'abime se terre, où l'exil se vend.
Dans ces quartiers d'écume, ces routes d'enfance, survolés par les anges,  j'attends  les heures où j'habite le vide, la trame des brumes, la voile de l'énigme.

mercredi 2 mai 2018

Cité

                                             I.

Des nuages gris qui filent sous la lune. Le long de filins accrochés aux façades, de petites ampoules suspendues par dessus les rues, longues et courtes, courbes et droites. Tout le long, des façades basses ou hautes, étroites ou larges qui courent à l'horizon se perdre dans leurs propres lacis où s'enfonce la nuit. Des champs de pavés arrondis, alourdis ou usés par la pluie incessante, brillants et lisses. Le regard porte court, sur une petite lumière de nuit où se glisse une silhouette éphémère, et les maisons qui s'agitent, dansent et rompent leurs cadences dans un bruit où craquent les joints. Le seul est partout, dans ce regard de la cité, les étoiles effacées par le vent et la pluie qui frappent sèchement les toits noirs et rouges. Les rues s'évadent d'elles-mêmes, emportant au loin une voiture qui passe, aux formes rondes et aux phares jaunes qui brisent l'obscur en embrasant le silence. Au delà des masses sombres enchevêtrées, charbonneuses, de longues tours métalliques ruisselantes de solitude, inactives maintenant, entre ces dômes lourds où vécut la sueur et la soie. En couches successives, plus hautes et plus basses, nouées aux tentacules d'un même destin, ces tours, ces fleurs sombres de l'hiver, penchées au bord d'un canal, loin, plus loin, plus profond que la nuit encore, là où les chants se sont engloutis, dévorés par les sangsues de misère et d'abondance. 

Il pleut maintenant sous la lune une sarabande pleureuse qui enchaine les murs. On voudrait l'aimer. On y étouffe. C'est un drame aux multiples cours, aux  obscurités tristes et sales où meurent sous abri les regards naissants.