La Cité a ses clairières, ses veilleurs insomniaques et ses paupières de braises. Partout, on y danse des extases aquatiques, lourdes, cachées, mortes peut-être, noires et brillantes ; ce sont les étoiles lointaines, ces rivières obscures, ces canaux rauques où les péniches raclent les fonds ; ce sont des rives insolentes, ces constellations emplies d'algues et de mousses où se mêlent leurs éclats affaissés ; puis l'hiver des sources lorsque les saisons sèchent à ne plus exister, à paraitre vivantes encore seulement pour le sang pauvre qui se contente.
Dans ces déserts de nuit - lumières blanches isolées par dessus les routes vides, lumières sales suspendues au-dessus des grilles et des murs - les portes sont brumes et brouillards, fausses monnaies, lunes hypocrites - on cherche le fantôme qu'on habite mais le nom s'échappe, on repart, dans ce lac circulaire, saveur terne dans sa barque anonyme, solitude fleurie où s'isolent les confins, l'horizon brûlant qui voile de ses bornes infinies les faims inconnues et les soifs oubliées
Je suis un mensonge nacré où s'accablent les heures et l'abandon, une lacune vierge qui craint le chemin, un espacement dépeuplé que réfute la meute et en vagues successives vers la baie sauvage un nageur nu qui se noie sous la pendule des plaines arctiques.
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