Je guette l'image d'une ombre une voix basse que je puisse entendre un silence qui est mien
Je m'absorbe dans l'empreinte laissée immobile et dur et seul comme la pierre Je prétends à l'été dans l'espoir d'autres traces même diaphanes ou même invisibles Dans l'air je m'attends à la terre, au poids à la lourdeur, Je trouve : seulement la chair sous le sol qui rouille sous le gel
Des arbres nus portent des demi-lunes tristes amers où se guide mon haleine givrée On s'en veut de vouloir le jour.
La ville a sorti ses tableaux de fantômes Comme une marée blême qui s'incline L'échine courbée crachant son écume Des navires à injections traversent les vagues de six heures trente La nuit rend bientôt tout étale Les figures s'effacent et les têtes aspirées dans les poitrines ont les yeux fermés d'une mer morte Tout reflue encore aux embarcadères les solitudes s'encaquent dans les steamers Flux, fuite, retour, appel, On s'endort derrière le castelet dans un sourire figé, absurde et douloureux
Tout concourt au ressac stérile de demain dans ces cités où l'amour fait l'aumône sur des trottoirs martelés
C'était l'averse qui luisait dans le regard de midi La houle du ciel roulait ses vagues noires jusqu'au rivage des horizons Dans cette écume diurne, c'était la nuit à midi
Tacheté de nuages et de brumes Un vent sceptique venu du Sud Frissonnait sur l'écorce des arbres Un enfant courait nu dans la glaise L'orage prit d'autres routes S'engagea sur d'autres landes d'autres lopins de vérité Les parents du jour s'embrassèrent Sur ce baiser d'enfance et de bruyère naissent et couvent mes cendres, De la plaie oubliée s'étire le temps, sa rosée innocente
D'abord c'est un son de feutre L'arrière-ban d'un silence à l'éloquence fourbe Puis des lèvres qui avancent la pénombre Scrutent l'eau sous la neige Le souffle dans le vent D'autres encore qui exagèrent la nuit Multiplient l'abîme sous les gouffres Les images dans les choses Il reste un regard clair ce couvre-feu qui ferme les ponts.
Ce qui s'estompe dans la mer, la marche vers le ciel et les vérités morceaux de nuages sanglants. C'est une parole figée par les regards, un manuscrit qui s'écoule dans la gorge, Dieu ou la mort Quand tout se tait, à la dernière noce aux œuvres dernières... Plus loin, plaies et chancres dansent sous le vent fiévreux des sarabandes sans bords Le poids des morts gercent mes sangs Sans rancœur pour les poussières
Secrètes pesées ! Crissements des lointains ! Lorsque les pinceaux du jour, la palette des aubes, transpercent de leurs ors diaprés les tissus nocturnes sous lesquels ils grésillent. Leur sommeil agité de la nuit étonne les marcheurs qu'à travers le jour pourtant ils ne perçoivent. C'est un caillou qu'ils heurtent, une rivière qui s'embrume, une feuille jaunie dans la clarté mourante de l'après midi. Ou la brûlure obscure, sage et dissimulée sous la terre, qui nourrit leur pas. Quelque chose qui dit aux ouïes distraites.
Par dessus les cryptes s'élancent les chœurs et des mots vides pénètrent sous ma langue.
Une pluie obscure monte de la terre et imprime dans l'âme de qui le veut le secret des racines, une pluie ou des nuages, cachés dans les brumes. Les cimes battent des ailes et leur envol immobile contredit l'horizon dans le passage nocturne d'un sillage mortel. Ce qui n'empêche en rien la lumière du matin de voir les portes s'ouvrir dans une nuit invisible où seuls bruissent les seuils froids.
J'atteins d'une voix grave des océans ailés, points d'orgue aux arcs blanchis.
Il est le soir où se trainent les mots où rampent les vertiges. Il est le soir, le regret du printemps, l'attente des vents d'ouest. Il est le soir, ce regard assassiné, doux mais éteint, d'un monde sans soleil
Et dans ce goût du soir que cachent les lumières baltiques, le promeneur de neige entend l'enregistrement des souffles sur les falaises cachemires
La pénombre est à la fête qui mène sa ronde jusqu'à l'âme des étoiles, lorsque sur les rivages s'étendent les couronnes des minutes fanées qui s'écoulent dans la mer
Le pas des ombres cherche leur lieu dans les ramures de mon cœur.
Joie de l'aigle azur lorsque de sous la mer montent...
Des cimes accrochées au vent Lorsque invisible, encore nourries du suc des nuages, L'asphodèle ouvre ses ailes et bourdonne au milieu du ciel
Des racines aux yeux assombris Ruisselantes et vides lorsque la tempête forme un creux Un sillon étroit que les fictions emplissent de lest
Des frondaisons qu'agite l'immobile Comme les secousses d'un repos qui gémit et qui craque Sous l'étrave tranchante de ce qui ne se meut et qui meurt Aujourd'hui un feu sans fracas règle mes chantiers.
Septembre et son voile absorbe la sève Sa lumière sous un ciel rétréci se referme Basse et grise et caresse l'horizon Une noce douce qui ride les eaux Et endort la terre au mitan de la vie Un silence hersé qui strie les frôlements. Seul l'écho de ce qui se tait Tressaille entre les vallées nues Pour s'étendre jusqu'aux plaines vives Il est tard dans ce regard que longe la nuit