mercredi 1 mai 2019

26, à la Mairie (3)


Un  ciel sans lueur pèse sur la terre
Les arbres ouvrent leur corolle de sommeil
L’horizon accablé étend son arc brisé
Le monde s’épaissit d’une chair de sang
De l’opacité des murs où les visages s’enferment

Le jour s’égare puis s’enfuit du vide de mes mains
Seuls tes yeux contre la nuit éclairent les toits
Et, sans rien dire des minutes où se toisent les peurs,
Couvrent  les plaies qui naissent des berceaux
L’origine mortelle posée sur chaque matin

Ce qui bat aux coeurs, la cicatrice brûlante
A laquelle la quête se résume
Quête de vent qu’exige le sépulcre
Ce chaudron froid où s’ignorent les os
Où le néant méprise le néant

mercredi 24 avril 2019

La nuit, encore..(1)



C’est un oiseau aux ailes d’ombre

Survolant de sa vague froide

La pénombre sèche des nuits

Sur cette immensité obscure 

Il déchire de ses tempêtes

Le voile brûlant qui le masque



Le jour a éteint ses mirages

Puis s’est englouti dans l’abîme

Au cœur de ces ténèbres crues

L’horizon s’éclaire de  feux

Braises opaques, lueurs aveugles

La clarté raillée, le jour meurt



La voile sombre s’est levée

La ruine a lancé ses faucons

Les vaisseaux du gouffre stérile

Sur la voute seule et déserte

Ont jeté leurs ancres cruelles

La nuit elle-même renonce

dimanche 21 avril 2019

26 à la Mairie (2)


Combien errantes sont les îles

Nues et seules, en attente de la cendre

Brûlées sans un cri de lumières absentes



Parfois, lorsque  l’été sous les soirs endormis

La lune ploie vers la terre ses fruits d’ombre

On y entend des langues étrangères, des paroles en vergers



Mais de ces fleurs de brume rare où flâne le hasard

Faut-il encore arracher le jour à la nuit

La solitude au désert



Elles bruissent de tempêtes pâles

Un grésillement de l’être vibre sous la peau

Des  rives sanglantes s’aiguisent dans la chair



Lorsque l’impénétrable hiver calcine les âmes

Par dessus le fleuve et ses rives écartées  de ses vagues défuntes

On y danse de tristes chaconnes sur des ponts de poussière



Et qu’importe si toujours la lumière hésite

Comme une évidence dans l’obscur

Comme un été mêlé à la boue.


26 à la Mairie


Le cœur ne bat plus qu’au milieu des heures exsangues

La solitude  est un fruit de rosée où s’éclaire l’appel

La poussière douce des jours qui rosit de mes joues

Des anneaux de passages qui trompent la mémoire



Je marche sur ces trottoirs où affleure le passé

Parmi les quartiers hantés de ce qui s’y est éteint

Dans l’abandon de ce qu’ils cèdent à la mort

Enfants des rues sous un soleil immobile



On n’entend rien  sous l’aplomb du silence

Qu’importe si la source ne porte plus paroles

Car  la moisson du jour lie en gerbes perdues

Les sèves mortes pour les songes de demain



Je marche à travers ce qui vient de loin

Dans un mirage où s’entrevoit la chair du temps

Lorsque du sable je jette un regard aux étoiles



Il est des nuits comme partout des jours

Où rien ne nait des aubes

Quand les crépuscules n’épuisent rien de leurs sangs.


dimanche 3 février 2019

L'accord majeur (2)

J'évoquais le chant d'un chemin, la borne disparue qui cherche la voix de demain, un compagnon de cailloux ou de boue sèche
qui déroute les astres et trace, sur les pas des nuages, par dessus les étoiles, des nefs de pierres et de vents où assoir son temps.

Siège fragile échappé dans le chœur des heures, petit chant des rivières s'écoulant comme un matin qui s'oublie.

L'accord majeur (1)

Ce qui se passe, ce qui se meurt, 
que le jour  emporte et la nuit pleure, 
l'éclat ailé de ce qui attend

samedi 2 février 2019

Les Plaines (7)

Voyons la nuit
Non pas encore la nuit,
Ni l'aube, ni le soir

Nous marchions
L'eau bourgeonnante d'écume
D'ondes bleues sous des ruisseaux de lune
Mais ce n'était pas la nuit, 
Mais ce n'était pas le jour

Nous marchions
Sous les galeries du ciel
Sur des torrents blanchis 
A portée de parole 
Et les fièvres anciennes
Dans la rumeur des gorges
Arrachait une voix 
d'épines arides
A la langue harassée.

Dans cet air limpide
Où l'enseveli offrait 
un silence laineux
Aux échos oubliés de la vie 

Voyons les ombres
Non pas encore les ombres
Ni l'obscur, ni le tu

Je voyais dans ces buissons
Seulement les lueurs en fleur
Nature profonde aux souffles voilés
Qui brûlent mes yeux
En y posant son givre

Mais ce n'était pas l'hiver
Ce n'était pas l'été

Dans les plaines.









jeudi 31 janvier 2019

Les Plaines (6)

Ils marchaient, à l'orée du soleil, l'un et l'autre
Accoudés aux lisières froides,
Aux sources du matin. 
On les voyait arriver comme
Des boucles de ténèbres,
Braises obscures dans l'éclat du jour 

Cavaliers aux éperons blessés,
Les yeux clos, dans ce baiser d'aurore, 
regardaient où respirent les hommes, 
Comment du champ de leurs jours
montaient ces sueurs de souffrance
Ces cris tus dans le hurlement des loups.

C'étaient des étrangers, inconnus
des gémissements d'ici, des plaintes nouvelles
au centre des enclos.
Des plaines rien de fermé et dans l'espace béant
où les murs se parlent,
Des brèches pour qui veut, un passage qui espère.

mercredi 30 janvier 2019

Les Plaines (5)

Nous courions, enfants,
Dans ces matins aux urgences inédites
A travers ces jardins où murmuraient les sangs
Comme une  rivière lente
courbant de ses rives
le silence des vents

Nous courions ainsi
refusant la mort 
sans autre rêve
que le présent

C'était le district des horizons
La vigne des nuages
Le district de l'âme
l'empierrement des allées
et des amours de Chine

Proches plaines du lointain invisible
Proches plaines où poser nos mains 

Proches plaines
haleines de la terre, papillons des nuées.

mercredi 23 janvier 2019

Les Plaines (4)


 

Comme une marée étale
La plaine suspendue
Entre flot des jours
Et jusant des nuits
Attend la minute prochaine.

Devant cette gueule béante
Elle frissonne un peu
Comme l'innocence
Sous un ciel de braises.