vendredi 6 mars 2020

Pour ma peine (1)

 Pour ma peine
 Une clarté minuscule
 Quelque chose au moins
 Pour raviver les sangs

 Une évidence même de nuit
 Même de matière morte
 Le souffle d'une ombre
 L'écho d'un atome mourant

 La nudité pure aveugle
 Face à la présence
 On se croit absent
 Une incongruité vide

 L'indécence de la cécité.

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lundi 13 janvier 2020

Les horizons verticaux (5)


De grandes prairies
et sous la lune
la bouse luisant, 
Toute luisante sous la lune
la bouse

Ce n'est pourtant qu'une pâte molle et fluide
un chapelet de mots et d'arrangements
la soudure des langues, le nœud des lèvres


celui-là
tend à d'autres substances
veut du mouvement dans la prière courbée

celui-ci
se sert de mots de l'usage public
conjugue le sens et l'objectif

Parole contaminée mais parole unique
où la totalité se fragmente et s'étend
C'est le grand remplissage du plein
avec un peu d'air pour faire dire le souffle 
lorsque seul parmi les mots, les petits et les grands,
on ne trouve plus ses mots


La compote du vide et du clos
Le petit paquet fermé que l'on égare avec soi



dimanche 15 décembre 2019

Les Horizons verticaux (5)

La nuit tendue devant les fenêtres
affranchis de l’âcreté du jour
on avale les  grisailles de l'heure
comme chemins obligés du sang

On espère libre l'horizon
et le ciel qu'on y suspecte
s'étend comme lande sèche

Le soupçon est insuffisant
qui traverse les chambres closes
un rideau d'ombre dépose ses poussières
où, cendre tue, le souvenir se voile

On aimerait être sans avoir à être
ne jamais avoir servi de chemins
dételer les rives de la source

Céder à la pierre nue.

dimanche 1 décembre 2019

Les horizons verticaux (4)

Demain prend
ce que hier a perdu

Le chemin, l'ombre
les routes de misère

où tu marchais les pieds 
dans ton âme en sang 

On ne sait si on arrive
Si on retourne ou si on part

Les villes passent, se retirent
le soleil se voile, s'écarte

tes ailes fendent sa clarté
de s'en aller un jour

où il n'y a pas d'ailleurs
Tu épuises ta route d'ici

et la sueur et la fatigue
comme marée s'en vont et viennent

Comme poussières sous le vent
qui souffle puis se tait

Qui gît puis surgit
Comme le jour à l'aurore

Et la parole comme la vague
se lève écume vaine

Sous la lune, les étoiles
Et le silence qui les enfante

Dès demain
Lorsque trop tôt

Tu auras dissipé
le temps offert.

mercredi 20 novembre 2019

Les horizons verticaux (3)

Il faut prendre la route du Nord
le frisson gelé, la parole sèche
comme une buée froide au milieu des mots

Plutôt le gel et le chardon malade
les poches vides et l'idée absente
comme un air sans rythme

où chantent les banquises 

Comme si glissaient sous le givre
le dernier été, la dernière lueur,
la dernière parole que nous nous offrîmes.

dimanche 17 novembre 2019

Les horizons verticaux (2)

Se vide le jour
et de sa lumière de dimanche
le soir, masque d'ombres,
avance sur la scène
avec ses semelles de silence

On n'y voit rien.
Le nez dans le rideau
les yeux se noient
dans ce bleu de nuit
où s'étend le bouffon

C'est dans ce prélude 
que nous avons appris à vivre
à chercher la voix de l'obscur
pour incendier le jour
et son astre ruineux

C'est dans la nuit
que nous sommes advenus
de la nuit que nous sommes venus
à sonder l'impalpable et le creux
n'avons-nous jamais perdu le sens de l'introuvable?





vendredi 8 novembre 2019

Les horizons verticaux (1)

Aux heures rubicondes
du ciel mêlé à l'écume
des lames de fond
se lèvent des estuaires

Refusent la mer
et l'argent de ses crêtes

L'horizon vertical
vomit l'ordinaire,
la climatisation des choses
dilapidées dans l'absence

et l'étreinte du vent

Rien ne grandit
de ces chambres closes
au zénith du vide et de l'absolu
quand les hommes plongent
profond sous les surfaces nues  

d'une tranche 
de matière brute
.

mercredi 6 novembre 2019

Automne (2)

Où donc se retourner quand l'automne
ouvre ses plaies et que coulent
de sa sève des larmes de pins et de chênes
sinon dans le vent porteur qui marie

l'avant et l'après, l'oiseau et la branche
sous un ciel gros des lourdeurs d'août.
C'est un afflux de fins et de paix
l'agitation se fige dans son lac

et les doigts se souviennent des mers
éteintes où nous trempions notre pain
dans ces jattes en grand fleurage
âtres de porcelaine où brulaient nos ardeurs.