lundi 12 septembre 2022

Où vont les vents d'Ouest ?

L’exil

c’est l’usure de la terre

 

l’oubli des îles

les rivages abolis

 

les labours du ciel

délaissés

 

et la langue maigre

 

de la plaine stérile

 

 

c’est l’ardeur qui fraichit au soleil

 

 

 

 

 

perdre l’usage des mots

 

c’est clore le pays

vider la mer

du ciel qui la relève

 

Alentir le vif

 

 

 

 

 

 

 

le temps court à l’homme

hèle ses pas

réunit l’épars

 

Il fait toujours trop tard dans la nuit

Il n’y a d’éclats que de cendres

 

aux minutes prochaines

 

où s’étend l’attente

 

la lampe fragile

avec l’ombre immense

 

 

tout est lisières, orées, clairières

 

 

 

 

 

 

d’un abîme à l’autre

invisible comme un fruit

l’hiver

 

 

et dans le torrent  sans borne

des pierres d’impatience

 

pèsent sur ce qu’il y a de lueurs

 

si peu

si faibles

 

si légères

qui ploient et se désagrègent

entre les mots qui les portent

 

J’aimerais garder entre les mains

le vieux tison

 

le charbon qui chante

l’éveil du fleuve qui suffit

 

et à l’envol du matin

 

il faudrait la neige

 

 

 

 

 

 

N’être maillons

particules couvées sous la voûte

 

requières-tu la brume aveugle

 

empêcher les routes

 

bifides ?

 

ce laps qui  éloigne

l’œil de ce qu’il voit

 

se tenir au près serré

aspiré par la distance que je suis

 

au sang de l’être

 

 

 

 

 

Faire retour ici

 

à ce qui emporte

 

faire grâce à l’insipide

comme le cerneau à sa coque

 

 

et pour que parole soit

 

les lieux se plient

l’origine se tarit

la roche se fend

 

la source et le vide en jaillit

inonde la page

 

Faire retour ici

 

à ce qui importe

 

 

 

 

Les lointains...

 

à portée de mains à portée de voix

dans le silence de ce qui se fait jour

 

pendant que les heures se déplient

j’immobilise les bribes

 

les fixe sur ma peau de papier

 

Dehors midi se fige

on entend l’or se poser

 

Sur l’épine et la pierre

 

 

 

 

 

le vent dans les rameaux

l’oscillation du silence

 

un intervalle suspendu

 

à l’amer qui attend

je me veux un visage

 

faire figure à  ton regard

 

qui fixe l’instant à travers..

 

La vibration dans les remous

Un intermède dans l’interlude

 

Seule terre en vue

 

 

 

 

.....................

 

 

 

l’imposture de ce qui s’écrit

le boniment des étoiles

 

plutôt l’être sans les mots

 

l’aplomb de l’alouette

 

le cri de l’épervier

 

plutôt la rumeur de l’humus

un temps sans regard

 

 

 

 

 

S’est tue la meule

 

reste le bruit

des pierres d’eau ou de vent

 

nul ne monte aux lèvres

 

dernier masque

 

 

 

Comment atteindre la fibre ?

 

la toile si lourde

la trame étouffante

 

pourtant l’étoffe est proche

 

tout est là

inaccessible

 

 

 

 

 

 

Un frisson accablé

 

à la sortie de tes lèvres

émeut l’immobile

 

rien ne bouge

seulement l’onde

 

offerte au visible

 

 

 

 

 

 

 

Comme l’écume fine

Je me disperse

 

au pli du mot

 

introuvable sur la feuille

je me perds

 

à l’usage

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mobile

 

l’œil creuse

 

à beau creuser

 

comme il fixe

le mur s’épaissit

 

 

 

 

 

 

sèche

 

la râpe de l’abîme

lime les jours

 

rêches

les copeaux des heures

 

usine

chacun de nos pas

 

 

 

 

 

 

mettre un mot

 

seulement un mot

sur cet hivernage

 

cette trêve gelée

 

la débâcle attendue

un passe-vent enfin

 

 

 

 

 

...et de l’Ouest, l’Orient se fait jour...


vendredi 14 janvier 2022

Aguets (2)

A soi

 

la faille distante

le gouffre épais

 

Privées de creux

les sources se taisent

les vents ont beau faire

 

le souffle a couché

sa langue enflée

sur une ligne close

 

L’empire du glas

masque l’éclaircie

ce qui moutonne

au point de suture

 

l’échancrure libère

l’entaille assouplit

le noeud des choses

 

Devant toi

la distinction opère

la mise à jour du continu

 

Compte les heures,

les vivantes et les autres


 


 


jeudi 13 janvier 2022

Aguets (1)

De ces lumineux envols

qu’avons-nous saisi

et aux fontaines brûlantes

quelles lames filaient sous l’été


Ces jours-là

l’éclat avait des façons sans ombres

 

mais la mer évitait les regards

le silence se faisait reflux

et sous le tain des vagues,

l’écume  limoneuse et sèche

 

Au milieu des paysages

la trahison déjà coulait du ciel

crue dans sa fidélité de pluie


mardi 11 janvier 2022

Recommencer (5)

 

Encore un jour sans germe,

affleurent les ferments

aux pâturages ombreux

 

affleurent les abîmes

accomplissant la terre

entre des mains ingrates

 

A l’heure sans linceul

la pierre qui se cèle

même à la dérobée

dimanche 9 janvier 2022

Recommencer (4)

La trame est abrupte

où la maille fleurit

 

Par le sec,

l’ardent, le vif

 

Sur ce lé bref,

l’élémentaire

 

Les baux jetés,

flèches aveugles

 

La suture est de mots,

layon toisant la nuit


mercredi 5 janvier 2022

Recommencer (3)

A attendre

 

On le sait

un regard venu

de la cendre

 

Ce feu ancien

dont la mort

brûle encore

 

On pèse l’ombre

s’endigue sous

ce charbon froid

 

Du nid démâté

des voûtes, des arcs

des angles et des plis

 

 


mardi 4 janvier 2022

Recommencer (2)

L’inertie a ses bourrasques

ses foudres où s’étendre

le soupir audible

 

Le tremble bruisse

mais la feuille vibrante

a le limbe impassible

 

Je persiste

et du bout de la voix

la parole s’affale

 

ses voiles  gonflées de silence

 

Au dedans, la réticence à unir

cette réserve des fragments

ou des brumes dispersées

 

 


lundi 3 janvier 2022

Recommencer (1)

Est  vent véritable...

Sous l'arête du ciel...

 

Vent immobile

ce souffle  d’ignorance

qu’aux sentiers je dérobe

 

l’haleine où se brise la parole

 

La pierre abri de la pierre,

l’eau refuge de l’eau

le mot asile du mot

 

 

Dans ce qui occulte

le lieu sûr

de tout ce qui se dissimule

 

 



lundi 4 octobre 2021

Le soin des jours (4)

C’est un soleil navré qui file sous ma peau, absorbé, aspiré, plié sous le derme tiède où respirent encore les vieux sillons de l’enfance, une promenade sous un printemps zélé, bruissant d’un renouvellement éternel. On s’accorde parfois l’amitié des fantômes, un égarement qui se dresse devant soi et dont les cendres ne chantent pas loin, juste sous nos derniers pas

 

Les jours ont pris soin des vents lorsque chargés de pluies et d’orages, des images dansaient, s’épousaient et mouraient, emportées par les nuages qui suspendent le ciel. J’ai beau suivre sa lumière, j’ai beau creuser son éclat pour espérer y germer enfin, c’est une ombre drue qui s’agite et érode les ornières où boivent mes chiens.

 

Cette attente patiente des égarés lorsque le temps devient plus étroit et le filet plus large.

 

Quand de la mer, on ne goûte plus que le sel.