D'abord c'est un son de feutre L'arrière-ban d'un silence à l'éloquence fourbe Puis des lèvres qui avancent la pénombre Scrutent l'eau sous la neige Le souffle dans le vent D'autres encore qui exagèrent la nuit Multiplient l'abîme sous les gouffres Les images dans les choses Il reste un regard clair ce couvre-feu qui ferme les ponts.
Ce qui s'estompe dans la mer, la marche vers le ciel et les vérités morceaux de nuages sanglants. C'est une parole figée par les regards, un manuscrit qui s'écoule dans la gorge, Dieu ou la mort Quand tout se tait, à la dernière noce aux œuvres dernières... Plus loin, plaies et chancres dansent sous le vent fiévreux des sarabandes sans bords Le poids des morts gercent mes sangs Sans rancœur pour les poussières
Secrètes pesées ! Crissements des lointains ! Lorsque les pinceaux du jour, la palette des aubes, transpercent de leurs ors diaprés les tissus nocturnes sous lesquels ils grésillent. Leur sommeil agité de la nuit étonne les marcheurs qu'à travers le jour pourtant ils ne perçoivent. C'est un caillou qu'ils heurtent, une rivière qui s'embrume, une feuille jaunie dans la clarté mourante de l'après midi. Ou la brûlure obscure, sage et dissimulée sous la terre, qui nourrit leur pas. Quelque chose qui dit aux ouïes distraites.
Par dessus les cryptes s'élancent les chœurs et des mots vides pénètrent sous ma langue.
Une pluie obscure monte de la terre et imprime dans l'âme de qui le veut le secret des racines, une pluie ou des nuages, cachés dans les brumes. Les cimes battent des ailes et leur envol immobile contredit l'horizon dans le passage nocturne d'un sillage mortel. Ce qui n'empêche en rien la lumière du matin de voir les portes s'ouvrir dans une nuit invisible où seuls bruissent les seuils froids.
J'atteins d'une voix grave des océans ailés, points d'orgue aux arcs blanchis.
Il est le soir où se trainent les mots où rampent les vertiges. Il est le soir, le regret du printemps, l'attente des vents d'ouest. Il est le soir, ce regard assassiné, doux mais éteint, d'un monde sans soleil
Et dans ce goût du soir que cachent les lumières baltiques, le promeneur de neige entend l'enregistrement des souffles sur les falaises cachemires
La pénombre est à la fête qui mène sa ronde jusqu'à l'âme des étoiles, lorsque sur les rivages s'étendent les couronnes des minutes fanées qui s'écoulent dans la mer
Le pas des ombres cherche leur lieu dans les ramures de mon cœur.
Joie de l'aigle azur lorsque de sous la mer montent...
Des cimes accrochées au vent Lorsque invisible, encore nourries du suc des nuages, L'asphodèle ouvre ses ailes et bourdonne au milieu du ciel
Des racines aux yeux assombris Ruisselantes et vides lorsque la tempête forme un creux Un sillon étroit que les fictions emplissent de lest
Des frondaisons qu'agite l'immobile Comme les secousses d'un repos qui gémit et qui craque Sous l'étrave tranchante de ce qui ne se meut et qui meurt Aujourd'hui un feu sans fracas règle mes chantiers.
Septembre et son voile absorbe la sève Sa lumière sous un ciel rétréci se referme Basse et grise et caresse l'horizon Une noce douce qui ride les eaux Et endort la terre au mitan de la vie Un silence hersé qui strie les frôlements. Seul l'écho de ce qui se tait Tressaille entre les vallées nues Pour s'étendre jusqu'aux plaines vives Il est tard dans ce regard que longe la nuit
L'ombre hospitalière, avide de feuillages et de fossés, a inondé le désert pour briser en sa lumière les idoles qu'elle renferme et avertir leurs signes obscurs de se couvrir de dunes.
Ce qui brûlait les yeux du vent, un silence chaud, le souffle suspendu, l'âme comme un rocher lisse ; ce qui consumait le sang des fleuves, les sources arides, ce raclement des gorges sèches. Le promeneur lit maintenant le livre du gel et sur ses lettres de givre, il voit s'annoncer dans ces fables d'hiver le récit des racines et l'attente des heures muettes. Mes paupières ont maintenant l'âge des poussières épaisses.
Sous l'écume, des voiles de sel gonflent les vagues équinoxes, érigent des citadelles de paille, villes dont les murailles se taisent, toujours coites, sous les voûtes du ciel. Et souvent, alors que le firmament fermé à toutes prières pleure son immortalité déchue, le paysan laboure les fonds à la recherche d'un rythme aquatique. C'est en tout cas ce que les oiseaux de marbre, nichés dans les falaises d'automne, ont toujours cru. Mais ce que l'on croit est une rivière qui n'admet pas de barrages, qui refuse la dérive, même lorsque des crues de pierre s'élancent à sa poursuite. Puis les oiseaux de marbre ne sont pas des oiseaux de marbre, ce sont des oiseaux de gel qui fondent sur les rives des fleuves qui doutent. La nuit se referme sur mes mains closes déjà.
Je cherche la terre comme le nom de la lune Celui que l'on a oublié lorsqu'on passe la nuit A traverser sa lumière partielle
Mais la terre, c'est l'esprit aveuglé de matière C'est une oreille tendue sous les robes du ciel La force, le lien, la foule du regard Nos pas creusent leurs ombres sur ce sol Et l'espace qu'ils creusent dans ces ombres obliques Sont les souvenirs où nous nous consumons