mercredi 5 mai 2021

D'entre les portes (2)

 

De ces aveugles demeures, si près, si loin, ne vois-tu pas verdir le pavé d’entre leurs portes ? Ne vois-tu pas cette broussaille immobile, incapable de brûler au soleil, de frémir sous le vent, de fraichir aux souffles du soir, ces déserts sans éclats longer cette lisière ignorée ? Ce sont de funestes labyrinthes, ceux où l’on ne s’égare, où les courbes de l’espace trahissent l’invisible chemin qui ôte à la flânerie la lenteur des choses et le galbe du temps.

 

Tu as autre chose à faire.

 

La terre a l’écoute patiente dans ce jardin d’entre les portes qui s’élargit et annule les limites : c’est un pas en retrait dans cette course de la sève où tous arrivent le premier. Et dans cet abri  que tu mailles de chairs et de sang, ta bouche vaine échancre les nuages et une voix malhabile erre paresseuse comme l’écho d’une lueur tardive.

 

 


samedi 1 mai 2021

D'entre les portes (1)

Tu ne peux corriger le ciel

Rétablir ses déchirures

Ni t’instruire au cœur de ses brumes

Et tu as beau tendre tes lèvres

Au printemps de tes semailles

C’est d’une eau âpre

Que se drapent tes mots

 

Joindre les brèches

Est impossible au souffle

et de ce qu’est mort déjà

se répand ce qui a encore à succomber

 

La lumière toujours se dérobe

Voile  son murmure de poussière

Qu’ un instant d'eau et de vent

Mêlent aux disciples des labours

 

On croit les fenêtres limpides

Mais les portes closes emportent tout.

 


dimanche 21 mars 2021

Entre Soi (5)

Comme on aimerait de tous ces champs si doux sous la brume

offrir non seulement le blé mais la terre, la terre chaude

celle toute proche, que l’on a presque sous la main

si lointaine pourtant à l'approche des lèvres

qu’il ne reste sous la langue que la poussière un peu amère

des voix échouées lorsque le soleil se couche sous l’onde

 

 

Contraint et forcé, j’étreins mon reflet dans les nuages

Et le peu qu’il reste de moi, cette maladresse fleurie

accorde au temps patient ce qui vacille toujours

 

 

dans les instants encore entrouverts


dimanche 14 mars 2021

Entre Soi (4)

 

Entre Soi

 

l’étranger s’est enclos

sous la cendre des ans


a déchiré la croûte 

dispersé le dépôt

 

Longtemps

 

j’ai fait fi de l’inaudible

mésestimé la rumeur discrète


Maintenant  entre soi

 

j’entends une voix sans image

une forme privée figure

 

la barque anonyme

qui ne qualifie rien de ce qui est dénommé

 

 


 

 

lundi 8 mars 2021

Entre Soi (3)

Pas de passage ici

 

seulement des mots recouverts par des mots

comme le reflux sous la vague

 

On ne dénombre rien dans cet espace

seulement parfois des éclats cueillis

à l'écume des brises-larmes

 

Je me dis

 

A creuser cette brume

A réveiller les racines des nuages

On se donne beaucoup de mal

 

A l'établi, l'horizon n'a pas cours

Sur la table, la farine s’impatiente

 

Les graines au pied des meules

tardent et pourrissent

 

Ailleurs, les heures passent

offertes aux promesses de l'été


dimanche 7 mars 2021

Entre Soi (2)

 J’ai tenté

 

ce qu’on ne peut

percer la sombre écaille


pas plus qu’à l’aube

ramasser les cendres d’hiver


Je guette à la lisière du vent

 

Un feu figé de glace et de neige

samedi 6 mars 2021

Entre Soi (1)

Ce sont lèvres de silence

potins de caillasse

      commérages de clôtures

ignorant ce qui affleure et caresse

 

Sonnent et trompes et cors

d’une pesante et même langue

Ici, seul ce qui est empêché

tient voix et permanence

 

Ces murs ont l'épaisseur bavarde

C’est d'un sang de fiel

palpitant dans leurs songes

qu'un poison s’évapore

 

Reste la sueur vénéneuse

dont se couvrent les jours

vendredi 29 janvier 2021

Multitudes (5)

 

De l’encre éclosent des ruines

Le don de l’inaccompli délie sa corolle

 

Le gel prend la mer

la vague se meurt et les épaves sombrent à quai

 

Sous les débâcles d’hiver

Un vaisseau de banquise traverse le désert nu

 

C’est de la pierre qu’il faut voir

du gel qu’il faut veiller l’éveil de la fleur inerte

 

Aux printemps rebelles


mardi 26 janvier 2021

Multitudes (4)

Où, dans le soir qui vit, deviner le corail ?

Comment chercher la pierre à midi ?

N'étant jamais là où il est

Lorsque la lumière dissimule la lumière

 

On happe des contours

présume des profils

 

L’espérance est la foi en ce peu

 

Ce qui s’échoue appareille

dans cette terre renouvelée et toujours

invaincue, insoumise, impérative

qui attend et menace

 

Les futaies, les taillis plus profonds encore

où règnent les laies farouches

L’énigme est sauvage

elle est injonction de chair

 

Être enfin découvert

vu pour être invisible

tranquille en sa tanière

 

Illisible en sa lettre


samedi 23 janvier 2021

Multitudes (3)

Pas de passage entre les souffles

Fragments du vent

restent chacun à demeure

Ce sont sentiers étroits

pistes brisées le long du cercle

où se ravivent les transparences

d’une même nuit

 

Lueur indivisible

Soutirant à la terre qui gît

La teinte qui se gonfle sous l’averse

 

Pays d’ombres aux clartés isolées

toutes voiles affalées

toutes voiles dehors

vers la source sans source

 

pour y mêler leurs éclats intimes