mercredi 5 janvier 2022

Recommencer (3)

A attendre

 

On le sait

un regard venu

de la cendre

 

Ce feu ancien

dont la mort

brûle encore

 

On pèse l’ombre

s’endigue sous

ce charbon froid

 

Du nid démâté

des voûtes, des arcs

des angles et des plis

 

 


mardi 4 janvier 2022

Recommencer (2)

L’inertie a ses bourrasques

ses foudres où s’étendre

le soupir audible

 

Le tremble bruisse

mais la feuille vibrante

a le limbe impassible

 

Je persiste

et du bout de la voix

la parole s’affale

 

ses voiles  gonflées de silence

 

Au dedans, la réticence à unir

cette réserve des fragments

ou des brumes dispersées

 

 


lundi 3 janvier 2022

Recommencer (1)

Est  vent véritable...

Sous l'arête du ciel...

 

Vent immobile

ce souffle  d’ignorance

qu’aux sentiers je dérobe

 

l’haleine où se brise la parole

 

La pierre abri de la pierre,

l’eau refuge de l’eau

le mot asile du mot

 

 

Dans ce qui occulte

le lieu sûr

de tout ce qui se dissimule

 

 



lundi 4 octobre 2021

Le soin des jours (4)

C’est un soleil navré qui file sous ma peau, absorbé, aspiré, plié sous le derme tiède où respirent encore les vieux sillons de l’enfance, une promenade sous un printemps zélé, bruissant d’un renouvellement éternel. On s’accorde parfois l’amitié des fantômes, un égarement qui se dresse devant soi et dont les cendres ne chantent pas loin, juste sous nos derniers pas

 

Les jours ont pris soin des vents lorsque chargés de pluies et d’orages, des images dansaient, s’épousaient et mouraient, emportées par les nuages qui suspendent le ciel. J’ai beau suivre sa lumière, j’ai beau creuser son éclat pour espérer y germer enfin, c’est une ombre drue qui s’agite et érode les ornières où boivent mes chiens.

 

Cette attente patiente des égarés lorsque le temps devient plus étroit et le filet plus large.

 

Quand de la mer, on ne goûte plus que le sel.

 


vendredi 1 octobre 2021

Le soin des jours (3)

 

A force


les rivières ont perdu la mémoire de l’eau.

Mais elles ont le temps : elles ne croient plus aux traces. Et la durée pour elles n’est même plus un souvenir. Elles coulent sans attendre, sous un vent aux avenirs absents.

 

Leur cours sans fatigue est immobile

Où l’herbe jette ses dernières ombres

Dans l’insolente clarté qui couvre même la nuit.

 

Il est impossible de fuir ce jardin

Seulement y mourir. 

 

Ce qui n’est pas assez encore.

 

lundi 13 septembre 2021

Le soin des jours (2)

 

Moins encore que vivre

 

Comme ce caillou sous l’aride

 

Mais vit-il seulement si peu 

Dans ce silence trop présent,

Dans cette légèreté trop pesante?

 

Poli des aubes,

Chaque seconde est une aurore

Une issue à chaque fois scellée

 

Un mur qui fleurit

 

Se clore en sa voix

Au milieu du vent sec

 

 

samedi 19 juin 2021

Le soin des jours (1)

Se niche un abri sûr
lorsque sous les draps
des mots de rien
ont creusé l'espace

S'est étendue l'enfance
sous la poche chaude
le danger tout près
était de neige

Le gel mêlait au jour 
sa brûlure de décembre 
cette braise d'hiver 
qui rougit sous la cendre
 
 
 
 



mercredi 5 mai 2021

D'entre les portes (2)

 

De ces aveugles demeures, si près, si loin, ne vois-tu pas verdir le pavé d’entre leurs portes ? Ne vois-tu pas cette broussaille immobile, incapable de brûler au soleil, de frémir sous le vent, de fraichir aux souffles du soir, ces déserts sans éclats longer cette lisière ignorée ? Ce sont de funestes labyrinthes, ceux où l’on ne s’égare, où les courbes de l’espace trahissent l’invisible chemin qui ôte à la flânerie la lenteur des choses et le galbe du temps.

 

Tu as autre chose à faire.

 

La terre a l’écoute patiente dans ce jardin d’entre les portes qui s’élargit et annule les limites : c’est un pas en retrait dans cette course de la sève où tous arrivent le premier. Et dans cet abri  que tu mailles de chairs et de sang, ta bouche vaine échancre les nuages et une voix malhabile erre paresseuse comme l’écho d’une lueur tardive.

 

 


samedi 1 mai 2021

D'entre les portes (1)

Tu ne peux corriger le ciel

Rétablir ses déchirures

Ni t’instruire au cœur de ses brumes

Et tu as beau tendre tes lèvres

Au printemps de tes semailles

C’est d’une eau âpre

Que se drapent tes mots

 

Joindre les brèches

Est impossible au souffle

et de ce qu’est mort déjà

se répand ce qui a encore à succomber

 

La lumière toujours se dérobe

Voile  son murmure de poussière

Qu’ un instant d'eau et de vent

Mêlent aux disciples des labours

 

On croit les fenêtres limpides

Mais les portes closes emportent tout.

 


dimanche 21 mars 2021

Entre Soi (5)

Comme on aimerait de tous ces champs si doux sous la brume

offrir non seulement le blé mais la terre, la terre chaude

celle toute proche, que l’on a presque sous la main

si lointaine pourtant à l'approche des lèvres

qu’il ne reste sous la langue que la poussière un peu amère

des voix échouées lorsque le soleil se couche sous l’onde

 

 

Contraint et forcé, j’étreins mon reflet dans les nuages

Et le peu qu’il reste de moi, cette maladresse fleurie

accorde au temps patient ce qui vacille toujours

 

 

dans les instants encore entrouverts