A attendre
On le sait
un regard venu
de la cendre
Ce feu ancien
dont la mort
brûle encore
On pèse l’ombre
s’endigue sous
ce charbon froid
Du nid démâté
des voûtes, des arcs
des angles et des plis
A attendre
On le sait
un regard venu
de la cendre
Ce feu ancien
dont la mort
brûle encore
On pèse l’ombre
s’endigue sous
ce charbon froid
Du nid démâté
des voûtes, des arcs
des angles et des plis
L’inertie a ses bourrasques
ses foudres où s’étendre
le soupir audible
Le tremble bruisse
mais la feuille vibrante
a le limbe impassible
Je persiste
et du bout de la voix
la parole s’affale
ses voiles gonflées de silence
Au dedans, la réticence à unir
cette réserve des fragments
ou des brumes dispersées
Est vent véritable...
Sous l'arête du ciel...
Vent immobile
ce souffle d’ignorance
qu’aux sentiers je dérobe
l’haleine où se brise la parole
La pierre abri de la pierre,
l’eau refuge de l’eau
le mot asile du mot
Dans ce qui occulte
le lieu sûr
de tout ce qui se dissimule
C’est un soleil navré qui file sous ma peau, absorbé, aspiré, plié sous le derme tiède où respirent encore les vieux sillons de l’enfance, une promenade sous un printemps zélé, bruissant d’un renouvellement éternel. On s’accorde parfois l’amitié des fantômes, un égarement qui se dresse devant soi et dont les cendres ne chantent pas loin, juste sous nos derniers pas
Les jours ont pris soin des vents lorsque chargés de pluies et d’orages, des images dansaient, s’épousaient et mouraient, emportées par les nuages qui suspendent le ciel. J’ai beau suivre sa lumière, j’ai beau creuser son éclat pour espérer y germer enfin, c’est une ombre drue qui s’agite et érode les ornières où boivent mes chiens.
Cette attente patiente des égarés lorsque le temps devient plus étroit et le filet plus large.
Quand de la mer, on ne goûte plus que le sel.
A force
les rivières ont perdu la mémoire de l’eau.
Mais elles ont le temps : elles ne croient plus aux traces. Et la durée pour elles n’est même plus un souvenir. Elles coulent sans attendre, sous un vent aux avenirs absents.
Leur cours sans fatigue est immobile
Où l’herbe jette ses dernières ombres
Dans l’insolente clarté qui couvre même la nuit.
Il est impossible de fuir ce jardin
Seulement y mourir.
Ce qui n’est pas assez encore.
Moins encore que vivre
Comme ce caillou sous l’aride
Mais vit-il seulement si peu
Dans ce silence trop présent,
Dans cette légèreté trop pesante?
Poli des aubes,
Chaque seconde est une aurore
Une issue à chaque fois scellée
Un mur qui fleurit
Se clore en sa voix
Au milieu du vent sec
De ces aveugles demeures, si près, si loin, ne vois-tu pas verdir le pavé d’entre leurs portes ? Ne vois-tu pas cette broussaille immobile, incapable de brûler au soleil, de frémir sous le vent, de fraichir aux souffles du soir, ces déserts sans éclats longer cette lisière ignorée ? Ce sont de funestes labyrinthes, ceux où l’on ne s’égare, où les courbes de l’espace trahissent l’invisible chemin qui ôte à la flânerie la lenteur des choses et le galbe du temps.
Tu as autre chose à faire.
La terre a l’écoute patiente dans ce jardin d’entre les portes qui s’élargit et annule les limites : c’est un pas en retrait dans cette course de la sève où tous arrivent le premier. Et dans cet abri que tu mailles de chairs et de sang, ta bouche vaine échancre les nuages et une voix malhabile erre paresseuse comme l’écho d’une lueur tardive.
Tu ne peux corriger le ciel
Rétablir ses déchirures
Ni t’instruire au cœur de ses brumes
Et tu as beau tendre tes lèvres
Au printemps de tes semailles
C’est d’une eau âpre
Que se drapent tes mots
Joindre les brèches
Est impossible au souffle
et de ce qu’est mort déjà
se répand ce qui a encore à succomber
La lumière toujours se dérobe
Voile son murmure de poussière
Qu’ un instant d'eau et de vent
Mêlent aux disciples des labours
On croit les fenêtres limpides
Mais les portes closes emportent tout.
Comme on aimerait de tous ces champs si doux sous la brume
offrir non seulement le blé mais la terre, la terre chaude
celle toute proche, que l’on a presque sous la main
si lointaine pourtant à l'approche des lèvres
qu’il ne reste sous la langue que la poussière un peu amère
des voix échouées lorsque le soleil se couche sous l’onde
Contraint et forcé, j’étreins mon reflet dans les nuages
Et le peu qu’il reste de moi, cette maladresse fleurie
accorde au temps patient ce qui vacille toujours
dans les instants encore entrouverts