jeudi 28 janvier 2016

Les Confins : s'ouvrent hautes vagues sous la voile des mers (6)


Pour les soirs aux palmes errantes qui logent sous les sables de la nuit, dans les forêts où s'abreuvent les sources parmi les palétuviers d'argent et les rêves aux souffles courts. Pour les vagues amères aux  Orients de sel que le temps et l'amour ont ôté des marées de vent et emprisonnés dans des arches oubliés des ans. Pour les fossiles, les os et le sang séché où s'endorment les fables métronomes lorsqu'endormies dans la couche des siècles, elles négligent l'enfant et ses voiles de tulle. Pour les grandes courses d'exil lorsque les villes, repues, se referment de leurs silences et les vaisseaux de briques s'envolent aux nuées souveraines. Pour les granges célestes, d'Atlante et d'ailleurs, que des voix de pluie dissimulent sous la tente des bédouins quand les boucles du vent nomade soupirent entre les collines et les havres.  Pour tout ce qui se creuse, s'écarte et s'évanouit comme ces taches d'encre sur un ciel gris et le doigt tendu vers une lune absente. Pour les hérons des hauts plateaux qu'enchantent la romance des morts alors que des souvenirs d'ajonc s'encombrent sous les peaux et les plumes et les fards. Pour la mémoire des reins, de ce qui s'est écoulé du sommet de l'âme jusqu'à la chair la plus crue, la plus sombre, la plus tortueuse comme une palpitation enténébrée de lin vert et  d'orge noir. Pour les prestigieux navires dont le sillage de feuilles a semé l'oubli et que le souffle du Nord a éparpillé dans un océan où jouent des violons d'azur. Pour les regrets de ce qui jamais n'est advenu dans  les temps du présent et dont les hommes font commerce aux ports où s'échangent les mirages. Pour le sec et l'humide, qu'au crépuscule chassent les faucons et les hyènes, affamées déjà de chaleur et de glace et qui volent sous un ciel d'ébène où le silence n'est que noirceur. Pour ceux qui tendent des filets aux prairies et qui donnent sans un mot le secret de la terre là où personne ne peut entendre. Pour les émanations de varech et les souffles aux verbes clos, une oreille muette qui parle la langue des ânes aux velours d'argent. Pour le repos des astres, après la nuit couchée et le jour peureux, le temps tu et l'espace clos, et Neptune qui ondoie de sa queue de poussière et nage dans les coulisses des vies abstraites (là où n'existent plus que les mots soustraits de l'ordure des heures). Pour les songes et leurs fantômes que des spectres de sang vendent aux formes passantes, ombres sur ombres dans les cercles de l'obscur. Pour les rivages aux femmes taiseuses, l'offrande à jamais l'offrande du lait du monde, aux femmes taiseuses et aux vagues qui les élèvent. Pour les estuaires d'au delà des rives, qui répandent des pierres chaudes dans nos mains avides pendant que la nuit, encore elle, toujours elle, grandit dans le dos de l'obscur. Pour le verbe et les stances aux veines d'équinoxe lorsque des mains égarées plongent dans l'encre des saisons la plume qui les assassinent. Pour ceux qui marchent, courent et s'épuisent à tourner sur des chemins illisibles où déjà des voiles endormies, meurtries et trompées ont échoué leurs âmes déchues. Pour le feux des orages qui ouvrent des pistes aux fruits vides et inféconds et qui percent sous nos lèvres dans des foudres aux éclairs impassibles. Pour ces baisers aux désespoirs sonores qui aspirent à des chairs qui se dérobent et se refusent quand même elles s'offrent, ouvertes et béantes, sanguinaires et meurtrières. Pour les fuyards, au bord des landes, quand l'horizon a baissé ses paupières, et qui se cachent sous les marais, nourris de fermentation et de pourriture, dans l'attente d'une peau lumineuse. Pour le vertige qui saisit les gouffres lorsque l'abîme doit s'enjamber lui-même, avec tout ce vide qui se vide de son néant. Pour ceux qui se fâchent de leurs désirs et que la volonté désertent comme une liberté desséchée dans un printemps éteint. Pour les traces du ciel, pauvre et misérable,  que tissent les pages et le papier, fragments où les doigts se perdent. Pour les alliances où s'accordent ce qui ne se peut, le cube et la sphère, le vide et le plein, où s'aiment le contradictoire et encore les alizés de vie qui répandent leurs parfums sur toute existence. Pour les haleines qui encombrent les mers, où des chiffres écarlates inscrivent leur mystère tranquille. Pour celui qui sommeille dans des rivières nues et se réveille dans des océans de glycines et de grège, et au-dessus le rêve des corneilles quand l'âme les prend et que s'envolent dans l'indistinct la nécessité des ailes.

Mais la nuit se meurt et, dans les jours, qui serpentent dans ce qui s'en évade, les corneilles attendent, suspendues aux cris des aubes, que les coffres d'or se dissipent et l'entassement s'éparpillent dans les gouffres qui rampent sous nos pieds, dans le fond sans limite où tout s'accorde et s'efface.

Toi, qui sait que l'accumulation de l'inerte et de l'insensible, l'amas des titres et des grandeurs, l'assemblage des honneurs aurifères et des gloires argentines, la balance des additions et des soustractions sont urine de peu balayée dans le vent qui passe, toi donc prends des vaisseaux sans espace et vogue sur un temps qui n'est et qui n'a que toi.

jeudi 21 janvier 2016

Eau lente, mailles de joncs (2)

Portails en fleurs closes sous la source vague
J'ai couvé les secrets qui naissent sous les pas
Sur des routes hagardes qui conduisent sous la mer

Là où la blessure se traine comme une lumière plantée dans la terre
Là où le masque et ses écorchures tendent une main profonde
Là où l'orgueil que je suis culmine dans le désert des mots superflus

Et sur ces routes déchirées couvertes d'un voile de deuil
Celles qui creusent les mers où mes croyances naviguent
Sur ces avenues aquatiques des radeaux sous-marins

Hissent leurs feux dans les eaux où poissonnent les joncs
J'appelle ruisseaux et rivières, fleuves et torrents
A noyer les chemins de pluies où mon souffle attend


samedi 9 janvier 2016

Eau lente, mailles de jonc (1)


Ce qui demeure toujours, le sec, l'aride, le sol d'où tu es né
Territoire de sècheresse où s'entend un vent absent
Et le sillage qu'avant lui ébauche ta naissance
Sillon du vide dans l'invisible
Dans le ventre rond de ta mère

Eau lente, mailles de jonc entre abîmes et confins
Heures lentes aussi en habits de siècles
Quand l'âge du temps disperse ses poussières
Entre silence de terre et fantômes de neige
Où je suis le poids de mes pas


Mes pas qui tracent des chemins hantés
Quand au loin attendent les carrefours de demain
Pars donc me dis-je et aux nuits cheminantes
Et aux jours dénudés et aux saisons-poèmes
Dis-je fuis où tu te trouves

Mes lèvres sont écrites pour que tu les lises













samedi 26 décembre 2015

Chemins d'abîme (21 et fin)


J'ai cherché ces ornières de fortune 
Elles furent toits, asiles et terriers, 
Routes de pluie en cordes fines
Tresses de terre et de ciel

Chemins de boues et de poussières
Ils donnèrent voix peut-être
Aux horizons effondrés
Où les fleuves embrassent les rivières

Abîme par devant toute
Et la vie, cette péninsule discrète
Dans le souffle d'une ombre
S'étend, couchée comme une morte

Ces chemins de friches
Sont promesse de joncs
Et, dans cette question ferroviaire,
L'eau lente de demain.


mercredi 23 décembre 2015

Chemins d'abîme (20)

Aujourd'hui s'est asséché 
La terre s'est fendue 
Le ciel a suspendu ses passages
C'est la morsure d'été
L'artère chaude des saisons
Où bégaie le silence
Chanté des cigales

Il entend son souffle
Comme le vent du Verbe
Et assume dans l'espace clos
Ce que lui inspirent ses bronches

Il pratique des chemins
Où se risquent les joncs.



lundi 21 décembre 2015

Chemins d'abîme (19)


C'est une langue de sable
Une parole de cloture
Entre les murs
Le souffle discret des murailles

Le ciel absent
Il me reste l'eau lente
Et ses ravines
Où je ruisselle
Et m'écoule

Et dans ce songe d'eau

Des poissons sans écailles
Vont et viennent
Comme des voeux de gouffres

dimanche 20 décembre 2015

Chemins d'abîme (18)

Une eau lente abreuve
Un champ de fleurs tardives
Cruciales et maladives

Entre les blés du soir
J'ai rejoint leur soif
Et j'entends 
Au bord d'un désert sans trace
Le chant d'un oiseau
Au milieu de ce qui tait




Chemins d'abîme (17)

Les tombes sentent la violette
Et des ombres un lait s'épand
D'où naissent leurs pétales

Voix des lendemains ensevelis
Silence dans l'attente éteinte 
De celui qui a gagné l'asile

Les tombes sont greniers d'enfance
Où s'entassent les plis
Des pervenches et des roses

Et je suis là
Vivant sous la terre
Dans un lieu sans environs
J'atteins une source ailée
Une mère qui m'allaite

Au seuil reste
Ce que cherchent les issues



samedi 19 décembre 2015

Chemins d'abîme (16)



Au dessus de nous
Ce qui brille avec tant d'éclat 
La nuit, les Morts
Nul astre que n'éclaire nul astre
Le noir et sa suie
En habit de marié
Epouse nos doigts enlacés
Les horizons sont des chromos
Accrochés entre des verrous
Sur un tamis d'oubli

Dehors on se salue
D'un geste de tombe






samedi 12 décembre 2015

Chemins d'abîme (15)


Vêtu 
D'un manteau d'abîme
Des fonds
Une eau nue saille
Sous la langue
Une chrysalide d'ailleurs
Comme un sentier qui me prend.