La rosée s'est posée, aube électrique et nue,
Et les pavés de la cité se glacent et se lissent d'un éclat maritime
Si chaud ce miroir des choses, si chaud dans le souvenir de sa froideur
Si silencieuse comme une rumeur d'éveil sous la pente des toits
Puis les bruits, les cris, les appels dans le nid du jour
Comme un horizon qui grandit au fond d'une bouche
Où l'amas descendu dans sa nuit se fait rivière d'haleine, de chair et de sang
A volonté.
Ce sont des ramures d'acier qui frissonnent en toi maintenant, des pétioles graisseux qui s'agitent sous tes pas, des limbes meurtris qui se parlent du fond des puits où tes âmes charbonnent d'une lumière lente. Des univers d'âges perdus, trop seuls pour se savoir seuls, déjà, encore et toujours, dès l'origine à aiguiser le tranchant, le sec et le dur qui écartent la vie en en perçant la pulpe, incomparable muraille qui blesse la nuit et tue le jour.
Ce sont des cités de craies et d'argile, eaux stériles sans message, funambules sans joie et sans hauteur, ponts noyés entre les îles souterraines, les lèvres tendues sur les roses étirés du crépuscule pour en apaiser les songes.
En épuiser la force.
vendredi 31 août 2018
samedi 2 juin 2018
Poèmes de l'Amour Indigo(2)
Ce chant que tu m'offres
cette source des lisières
C'est le miel des étoiles
qui perle dans l'azur
Caresse indigo
Ce parfum de brise sauvage
qui couvre ma misère
L'aurore dormante
Que j'attends
et où je vis.
Ici - même les lointains
où nous étendîmes
nos champs
d'éclats et de pavots
Poèmes de l'Amour Indigo(1)
Pour Agnès
Dans tes vagues de nuit
j'atteins la houle des vents
Des sentes d'écume
Des routes de mer
Le chant des marées
Puis
Des ailes de lune
Entre les roseaux
je sais cet amour que tu me donnes
comme une aube qui triomphe du jour
Que dire de ces mauvais poèmes
qui meurent sur la grève?
Le silence de ton corps
qui est le mien.
mercredi 30 mai 2018
Cité (3)
Le crépuscule, sur la ville, me donna son nom, rouge encore, la cicatrice trop nouvelle pour en sentir déjà le sentier blême courir sous l'ombre des vents. Mes yeux allumèrent des lanternes de nuit qui n'éclairaient que le jour, et le rivage las des faubourgs se gorgea d'une eau brûlante par dessus les ronces. Je marchais à travers le cortège des rues, aveugle, nu, indifférent aux pas qui me menaient aux vertiges des sultanes apocryphes. Sous des orages électriques, ma boue s'exaltait en une statuaire mouvante et trompeuse. De vagues comètes me suivaient, sortant des avaloirs d'un hiver éternel ; éteintes et noires, gorgées de chairs factices, elles montaient, mobiles, grimaçantes et sanglantes, le long des nerfs de la cité pour emporter le chant des réprouvés. Et devant, et derrière, le son des cascades d'argent, d'or et de nuit remplissaient les grands boulevards des heures de leur ennui synthétique.
C'était une prière où je vivais, une prière de briques et de métal, un appel aux sommeils ardents de la terre morte. Et sous la rampe des ponts, des hordes de mendiants se dressaient seulement lorsque s’élevaient les moissons d’Éden.
C'était une prière où je vivais, une prière de briques et de métal, un appel aux sommeils ardents de la terre morte. Et sous la rampe des ponts, des hordes de mendiants se dressaient seulement lorsque s’élevaient les moissons d’Éden.
vendredi 25 mai 2018
Cité (2)
Sous les dômes, arcs tendus, en plein cintre rompu, accouplés dans l'acier bleui, puis des roues de géants, ogives brûlantes du fanatisme industrieux, des passerelles ardentes par dessus des fleuves de nickel, fusions d'angles écarlates aux géométries obtuses, candélabres électriques derrière des vitres brutes et froides, enchâssées dans des rais de lumières crues...On y consomme la nuit, fixée sur des écrans mats, lorsque s'éveillent, sous des artifices d'or, les somnambules du chiffre zélé, absorbés par l'impatience et le temps. C'est la rengaine de la cité, la mélodie aux mille croches, que des enfants édentés donnent pour baiser à leurs amantes de soufre, la chanson morte que sifflent les peuples d'aujourd'hui. Au milieu de cette mer de boue, je suspends dans la brise cette voix de matin qui s'abreuve des formes, cette voix des livides d'où s'élèvent les banlieues. Les avenues ouvrent sur des cachots aveugles, offerts par des mages anciens, vêtus d'espace et de vide. Les murailles fleurissent dans un printemps perpétuel achetées au prix ultime des ronces qui envenime l'haleine. Plus haut, des oiseaux mécaniques arrachent de leur bec la dernière tranche de ce qui reste du jour, la lueur fade des traces diaphanes où vécut ce qui se devait de vivre...Dans cette chair évanouie, un ciel aux archives infinies, invisible et nu, s'est couronné de la gloire des cendres. Je vis dans une cité où s'embrassent des diadèmes d'étain, ramassés au hasard des vents dans les champs d'honneur où l'abime se terre, où l'exil se vend.
Dans ces quartiers d'écume, ces routes d'enfance, survolés par les anges, j'attends les heures où j'habite le vide, la trame des brumes, la voile de l'énigme.
mercredi 2 mai 2018
Cité
I.
Des nuages gris qui filent sous la lune. Le long de filins accrochés aux façades, de petites ampoules suspendues par dessus les rues, longues et courtes, courbes et droites. Tout le long, des façades basses ou hautes, étroites ou larges qui courent à l'horizon se perdre dans leurs propres lacis où s'enfonce la nuit. Des champs de pavés arrondis, alourdis ou usés par la pluie incessante, brillants et lisses. Le regard porte court, sur une petite lumière de nuit où se glisse une silhouette éphémère, et les maisons qui s'agitent, dansent et rompent leurs cadences dans un bruit où craquent les joints. Le seul est partout, dans ce regard de la cité, les étoiles effacées par le vent et la pluie qui frappent sèchement les toits noirs et rouges. Les rues s'évadent d'elles-mêmes, emportant au loin une voiture qui passe, aux formes rondes et aux phares jaunes qui brisent l'obscur en embrasant le silence. Au delà des masses sombres enchevêtrées, charbonneuses, de longues tours métalliques ruisselantes de solitude, inactives maintenant, entre ces dômes lourds où vécut la sueur et la soie. En couches successives, plus hautes et plus basses, nouées aux tentacules d'un même destin, ces tours, ces fleurs sombres de l'hiver, penchées au bord d'un canal, loin, plus loin, plus profond que la nuit encore, là où les chants se sont engloutis, dévorés par les sangsues de misère et d'abondance.
Des nuages gris qui filent sous la lune. Le long de filins accrochés aux façades, de petites ampoules suspendues par dessus les rues, longues et courtes, courbes et droites. Tout le long, des façades basses ou hautes, étroites ou larges qui courent à l'horizon se perdre dans leurs propres lacis où s'enfonce la nuit. Des champs de pavés arrondis, alourdis ou usés par la pluie incessante, brillants et lisses. Le regard porte court, sur une petite lumière de nuit où se glisse une silhouette éphémère, et les maisons qui s'agitent, dansent et rompent leurs cadences dans un bruit où craquent les joints. Le seul est partout, dans ce regard de la cité, les étoiles effacées par le vent et la pluie qui frappent sèchement les toits noirs et rouges. Les rues s'évadent d'elles-mêmes, emportant au loin une voiture qui passe, aux formes rondes et aux phares jaunes qui brisent l'obscur en embrasant le silence. Au delà des masses sombres enchevêtrées, charbonneuses, de longues tours métalliques ruisselantes de solitude, inactives maintenant, entre ces dômes lourds où vécut la sueur et la soie. En couches successives, plus hautes et plus basses, nouées aux tentacules d'un même destin, ces tours, ces fleurs sombres de l'hiver, penchées au bord d'un canal, loin, plus loin, plus profond que la nuit encore, là où les chants se sont engloutis, dévorés par les sangsues de misère et d'abondance.
Il pleut maintenant sous la lune une sarabande pleureuse qui enchaine les murs. On voudrait l'aimer. On y étouffe. C'est un drame aux multiples cours, aux obscurités tristes et sales où meurent sous abri les regards naissants.
dimanche 8 avril 2018
Chute (2)
Tu naquis liquide, mourus pétrifié.
Sous ta langue le bouillonnement muet
le verbe tu, le deuil accompli
Dans ce pays vide, le silence des filets
recueillit l'écume dissipée
qui parlait dans tes rides
Tu écrivis des lettres de poussière
dans ces chemins de campagne
ces sentes de sommeil
Ce monde sans fruit
à l'ombre des vergers fleuris
lorsque les cieux se voilent
lorsque se brise la nuit
Tu fus source de pierre au milieu des flots
l'attente pâle où tu te figeas.
Sous ta langue le bouillonnement muet
le verbe tu, le deuil accompli
Dans ce pays vide, le silence des filets
recueillit l'écume dissipée
qui parlait dans tes rides
Tu écrivis des lettres de poussière
dans ces chemins de campagne
ces sentes de sommeil
Ce monde sans fruit
à l'ombre des vergers fleuris
lorsque les cieux se voilent
lorsque se brise la nuit
Tu fus source de pierre au milieu des flots
l'attente pâle où tu te figeas.
mardi 3 avril 2018
Chute (1)
Elles vinrent ces flammes innocentes
En ces jours domestiques, aveugles et somnolents
portées par un fatal été
soudoyer ta conscience
et de tes rêves élever des images et des morts
comme un poison posé sur tes lèvres
une racine mortelle sous la langue
brûlant tes jardins bientôt en cendres
Elles passèrent, ces flammes ignorantes
remplir tes plaines d'un suc pâle, puissant et douloureux
Marches-tu encore de cette langue de plaie
la peau arrachée de tes lèvres
avec sous tes pas, le chemin brûlé
où poussent les croix
Marches-tu encore sans dire
cette peau qui s'abrège
et ce sang qui se fuit
en ces lieux d'abandon
où les ombres s'efforcent.
En ces jours domestiques, aveugles et somnolents
portées par un fatal été
soudoyer ta conscience
et de tes rêves élever des images et des morts
comme un poison posé sur tes lèvres
une racine mortelle sous la langue
brûlant tes jardins bientôt en cendres
Elles passèrent, ces flammes ignorantes
remplir tes plaines d'un suc pâle, puissant et douloureux
Marches-tu encore de cette langue de plaie
la peau arrachée de tes lèvres
avec sous tes pas, le chemin brûlé
où poussent les croix
Marches-tu encore sans dire
cette peau qui s'abrège
et ce sang qui se fuit
en ces lieux d'abandon
où les ombres s'efforcent.
lundi 2 avril 2018
Mes Amériques (3)
Ce n'est pas dans ces souffles,
anonymes coursiers des mers
non plus vers l'obscur ailleurs, ni en ton rêve clair comme l'embrun des aubes
ni sur les plaies des risées de la surface insondable
Seulement dans ta solitude froide entourée d'horizons
Tu t'enfouis sous ton rêve, parfumé et chantant
laissant là tes vivants et leur nuit
pour des paupières légères
suspendues à tes îles, aux fruits de tes déserts,
aux heures dénudées où tu te rejoindras
C'est dans un regard d'eau, suspendu à la houle
que s'annonce la parole, belliqueuse et nocturne.
anonymes coursiers des mers
non plus vers l'obscur ailleurs, ni en ton rêve clair comme l'embrun des aubes
ni sur les plaies des risées de la surface insondable
Seulement dans ta solitude froide entourée d'horizons
Tu t'enfouis sous ton rêve, parfumé et chantant
laissant là tes vivants et leur nuit
pour des paupières légères
suspendues à tes îles, aux fruits de tes déserts,
aux heures dénudées où tu te rejoindras
C'est dans un regard d'eau, suspendu à la houle
que s'annonce la parole, belliqueuse et nocturne.
Mes Amériques (2)
Le roulis qui t'emporte est un détroit
un risque pour tes rives
le prétexte des vagues silencieuses
enflées de leur matière haineuse
pour tes routes cardinales
Routes d'Ouest aux écumes de sang
chemins de blessures qui mènent aux ports
où tu feras naufrage
tes voiles pleines encore
de tes tempêtes de nuit
ces encres qui appareillent
comme un vaisseau d'averse
qui s'enfonce sous la houle
un risque pour tes rives
le prétexte des vagues silencieuses
enflées de leur matière haineuse
pour tes routes cardinales
Routes d'Ouest aux écumes de sang
chemins de blessures qui mènent aux ports
où tu feras naufrage
tes voiles pleines encore
de tes tempêtes de nuit
ces encres qui appareillent
comme un vaisseau d'averse
qui s'enfonce sous la houle
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