dimanche 21 octobre 2018

Les marcheurs ( 10)





                             La nuit à midi


C'était l'averse qui luisait dans le regard de midi
La houle du ciel roulait ses vagues noires
jusqu'au rivage des horizons
Dans cette écume diurne, c'était la nuit à midi

Tacheté de nuages et de brumes
Un vent sceptique venu du Sud
Frissonnait sur l'écorce des arbres
Un enfant courait nu dans la glaise

L'orage prit d'autres routes
S'engagea sur d'autres landes
d'autres lopins de vérité
Les parents du jour s'embrassèrent

Sur ce baiser d'enfance et de bruyère
naissent et couvent mes cendres,
De la plaie oubliée
s'étire le temps, sa rosée innocente


lundi 15 octobre 2018

Les marcheurs (9)



                                           Couvre-feu

D'abord c'est un son de feutre
L'arrière-ban d'un silence à l'éloquence fourbe
Puis des lèvres qui avancent la pénombre
Scrutent l'eau sous la neige
Le souffle dans le vent
D'autres encore qui exagèrent la nuit
Multiplient l'abîme sous les gouffres
Les images dans les choses

Il reste un regard clair
ce couvre-feu
qui ferme les ponts.

jeudi 4 octobre 2018

Les marcheurs (8)


                            
                                  Surcharge pondérale

Ce qui s'estompe dans la mer, la marche vers le ciel 
et les vérités morceaux de nuages sanglants.
C'est une parole figée par les regards, un manuscrit
qui s'écoule dans la gorge, Dieu ou la mort
Quand tout se tait, à la dernière noce
aux œuvres dernières...
Plus loin, plaies et chancres dansent
sous le vent fiévreux des sarabandes sans bords

Le poids des morts gercent mes sangs
Sans rancœur pour les poussières






jeudi 27 septembre 2018

Les marcheurs (7)







                                    Par dessus les puits


Secrètes pesées ! Crissements des lointains ! Lorsque les pinceaux du jour, la palette des aubes, transpercent de leurs ors diaprés 
les tissus nocturnes sous lesquels ils grésillent. 
Leur sommeil agité de la nuit étonne 
les marcheurs qu'à travers le jour 
pourtant ils ne perçoivent. 
C'est un caillou qu'ils heurtent, 
une rivière qui s'embrume, une feuille jaunie dans la clarté mourante de l'après midi. 
Ou la brûlure obscure, sage et dissimulée sous la terre, qui nourrit leur pas. 
Quelque chose qui dit aux ouïes distraites.

Par dessus les cryptes s'élancent les chœurs et des mots vides pénètrent sous ma langue.


mardi 25 septembre 2018

Les marcheurs (6)




                                             L'organiste

Une pluie obscure monte de la terre et
imprime dans l'âme de qui le veut
le secret des racines, 
une pluie ou des nuages, cachés dans les brumes. 
Les cimes battent des ailes 
et leur envol immobile contredit l'horizon
dans le passage nocturne d'un sillage mortel. Ce qui n'empêche en rien la lumière du matin
de voir les portes s'ouvrir dans une nuit invisible 
où seuls bruissent les seuils froids.


J'atteins d'une voix grave des océans ailés, points d'orgue aux arcs blanchis.

lundi 24 septembre 2018

Les marcheurs (5)



                                 ...Des ombres, le soir....

Il est le soir où se trainent les mots où rampent les vertiges. Il est le soir, le regret du printemps, l'attente des vents d'ouest. Il est le soir, ce regard assassiné, doux mais éteint, d'un monde sans soleil

Et dans ce goût du soir que cachent les lumières baltiques, le promeneur de neige entend l'enregistrement des souffles sur les falaises cachemires

La pénombre est à la fête qui mène sa ronde jusqu'à l'âme des étoiles, lorsque sur les rivages s'étendent les couronnes des minutes fanées qui s'écoulent dans la mer

Le pas des ombres cherche leur lieu dans les ramures de mon cœur.

dimanche 16 septembre 2018

Les marcheurs (4)





                                      Pistes marines


     Joie de l'aigle azur lorsque de sous la mer montent...


                       Des cimes  accrochées au vent
      Lorsque invisible, encore nourries du suc des nuages,
    L'asphodèle  ouvre ses ailes et bourdonne au milieu du ciel

                       Des racines aux yeux assombris
   Ruisselantes et vides lorsque la tempête forme un creux
   Un sillon étroit que les fictions emplissent de lest

                       Des frondaisons qu'agite l'immobile 
   Comme les secousses d'un repos qui gémit et qui craque
   Sous l'étrave tranchante de ce qui ne se meut et qui meurt


     Aujourd'hui  un feu sans fracas règle mes chantiers.

samedi 15 septembre 2018

Les marcheurs (3)





                               September Song

Septembre et son voile absorbe la sève
Sa lumière sous un ciel rétréci se referme
Basse et grise et caresse l'horizon
Une noce douce qui ride les eaux
Et endort la terre au mitan de la vie
Un silence hersé qui strie les frôlements. 
Seul l'écho de ce qui se tait
Tressaille entre les vallées nues
Pour s'étendre jusqu'aux plaines vives

Il est tard dans ce regard que longe la nuit

jeudi 13 septembre 2018

Les marcheurs (2)



                                     
                                           L'air du temps


L'ombre hospitalière, avide de feuillages et de fossés,  a inondé le désert pour briser en sa lumière les idoles qu'elle renferme et avertir leurs signes obscurs de se couvrir de dunes.  

Ce qui brûlait les yeux du vent, un silence chaud, le souffle suspendu, l'âme comme un rocher lisse ; ce qui consumait le sang des fleuves, les sources arides, ce raclement des gorges sèches.

Le promeneur lit maintenant le livre du gel et sur ses lettres de givre, il voit s'annoncer  dans ces fables d'hiver le récit des racines et l'attente des heures muettes.

Mes paupières ont maintenant l'âge des poussières épaisses.

mercredi 12 septembre 2018

Les marcheurs (1)

                
                            
                              Des oiseaux et des vagues

Sous l'écume, des voiles de sel gonflent les vagues équinoxes, érigent des citadelles de paille, villes dont les murailles se taisent, toujours coites, sous les voûtes du ciel. Et souvent, alors que le firmament fermé à toutes prières pleure son immortalité déchue, le paysan laboure les fonds à la recherche d'un rythme aquatique. C'est en tout cas ce que les oiseaux de marbre, nichés dans les falaises d'automne, ont toujours cru. Mais ce que l'on croit est une rivière qui n'admet pas de barrages, qui refuse la dérive, même lorsque des crues de pierre s'élancent à sa poursuite. Puis les oiseaux de marbre ne sont pas des oiseaux de marbre, ce sont des oiseaux de gel qui fondent sur les rives des fleuves qui doutent.
La nuit se referme sur mes mains closes déjà.