samedi 19 juin 2021
Le soin des jours (1)
mercredi 5 mai 2021
D'entre les portes (2)
De ces aveugles demeures, si près, si loin, ne vois-tu pas verdir le pavé d’entre leurs portes ? Ne vois-tu pas cette broussaille immobile, incapable de brûler au soleil, de frémir sous le vent, de fraichir aux souffles du soir, ces déserts sans éclats longer cette lisière ignorée ? Ce sont de funestes labyrinthes, ceux où l’on ne s’égare, où les courbes de l’espace trahissent l’invisible chemin qui ôte à la flânerie la lenteur des choses et le galbe du temps.
Tu as autre chose à faire.
La terre a l’écoute patiente dans ce jardin d’entre les portes qui s’élargit et annule les limites : c’est un pas en retrait dans cette course de la sève où tous arrivent le premier. Et dans cet abri que tu mailles de chairs et de sang, ta bouche vaine échancre les nuages et une voix malhabile erre paresseuse comme l’écho d’une lueur tardive.
samedi 1 mai 2021
D'entre les portes (1)
Tu ne peux corriger le ciel
Rétablir ses déchirures
Ni t’instruire au cœur de ses brumes
Et tu as beau tendre tes lèvres
Au printemps de tes semailles
C’est d’une eau âpre
Que se drapent tes mots
Joindre les brèches
Est impossible au souffle
et de ce qu’est mort déjà
se répand ce qui a encore à succomber
La lumière toujours se dérobe
Voile son murmure de poussière
Qu’ un instant d'eau et de vent
Mêlent aux disciples des labours
On croit les fenêtres limpides
Mais les portes closes emportent tout.
dimanche 21 mars 2021
Entre Soi (5)
Comme on aimerait de tous ces champs si doux sous la brume
offrir non seulement le blé mais la terre, la terre chaude
celle toute proche, que l’on a presque sous la main
si lointaine pourtant à l'approche des lèvres
qu’il ne reste sous la langue que la poussière un peu amère
des voix échouées lorsque le soleil se couche sous l’onde
Contraint et forcé, j’étreins mon reflet dans les nuages
Et le peu qu’il reste de moi, cette maladresse fleurie
accorde au temps patient ce qui vacille toujours
dans les instants encore entrouverts
dimanche 14 mars 2021
Entre Soi (4)
Entre Soi
l’étranger s’est enclos
sous la cendre des ans
a déchiré la croûte
dispersé le dépôt
Longtemps
j’ai fait fi de l’inaudible
mésestimé la rumeur discrète
Maintenant entre soi
j’entends une voix sans image
une forme privée figure
la barque anonyme
qui ne qualifie rien de ce qui est dénommé
lundi 8 mars 2021
Entre Soi (3)
Pas de passage ici
seulement des mots recouverts par des mots
comme le reflux sous la vague
On ne dénombre rien dans cet espace
seulement parfois des éclats cueillis
à l'écume des brises-larmes
Je me dis
A creuser cette brume
A réveiller les racines des nuages
On se donne beaucoup de mal
A l'établi, l'horizon n'a pas cours
Sur la table, la farine s’impatiente
Les graines au pied des meules
tardent et pourrissent
Ailleurs, les heures passent
offertes aux promesses de l'été
dimanche 7 mars 2021
Entre Soi (2)
J’ai tenté
ce qu’on ne peut
percer la sombre écaille
pas plus qu’à l’aube
ramasser les cendres d’hiver
Je guette à la lisière du vent
Un feu figé de glace et de neige
samedi 6 mars 2021
Entre Soi (1)
Ce sont lèvres de silence
potins de caillasse
commérages de clôturesignorant ce qui affleure et caresse
Sonnent et trompes et cors
d’une pesante et même langue
Ici, seul ce qui est empêché
tient voix et permanence
Ces murs ont l'épaisseur bavarde
C’est d'un sang de fiel
palpitant dans leurs songes
qu'un poison s’évapore
Reste la sueur vénéneuse
dont se couvrent les jours
vendredi 29 janvier 2021
Multitudes (5)
De l’encre éclosent des ruines
Le don de l’inaccompli délie sa corolle
Le gel prend la mer
la vague se meurt et les épaves sombrent à quai
Sous les débâcles d’hiver
Un vaisseau de banquise traverse le désert nu
C’est de la pierre qu’il faut voir
du gel qu’il faut veiller l’éveil de la fleur inerte
Aux printemps rebelles
mardi 26 janvier 2021
Multitudes (4)
Où, dans le soir qui vit, deviner le corail ?
Comment chercher la pierre à midi ?
N'étant jamais là où il est
Lorsque la lumière dissimule la lumière
On happe des contours
présume des profils
L’espérance est la foi en ce peu
Ce qui s’échoue appareille
dans cette terre renouvelée et toujours
invaincue, insoumise, impérative
qui attend et menace
Les futaies, les taillis plus profonds encore
où règnent les laies farouches
L’énigme est sauvage
elle est injonction de chair
Être enfin découvert
vu pour être invisible
tranquille en sa tanière
Illisible en sa lettre