La plupart des analystes sont au moins d’accord sur un point : ce qui s’est produit à cette époque peut encore se reproduire car, jusqu’à présent, l’ensemble des causes n’a pu être clairement identifié. Rien ne dit d’ailleurs que nous ne sommes pas actuellement dans une phase de répétition.
Exode !
Chloé était partie. Elle avait l’enfant avec elle. Il n’y avait plus rien à dire. C’était une histoire morte déjà depuis longtemps. C’était le surlendemain. Ce n’était plus possible, maintenant. Antoine se taisait, semblait n’avoir rien remarqué, se taisait ou alors parlait de ses futures publications. Elle cria, oui, elle, elle cria, le secoua, lui griffa même le visage. Tuz lui avait dit qu’il avait aperçu son reflet dans un miroir. Il n’avait rien dit, n’était pas intervenu. Elle ne pouvait plus rester.
Alors elle partit un jour matin lors d’une éclaircie laissant là Antoine. St Heu n’était plus que l’ombre de ce qu’il avait été : la plupart des maisons étaient à terre, d’autres, comme la leur, si elle tenait encore debout, s’enfonçait de plus en plus dans le sol ; la rue principale défoncée, la voirie ouverte par endroit, il n’y avait presque plus personne. Il ne fallait plus attendre de toute façon. La radio ne donnait plus d’informations. On ne savait pas. On ne savait rien.
Arrivée à La Pairie, elle eut un petit sourire gêné quand elle passa devant le foyer culturel. Elle s’arrêta. L’édifice était légèrement penché, semblait s’accouder au bâtiment voisin et paraissait vide, sans lumière, sans activité, la porte d’entrée clapant au vent. L’annexe, l’église St Job, s’était effondrée. Elle pensa à Tuz, à ce qu’il avait fait, tous les deux, sous le toit conjugal, à côté de la chambre de l’enfant, alors qu’Antoine ronflait. Elle avait joui de tout son corps quand cet homme qui l’avait tant écœurée l’avait prise sans ménagement, dans la violence d’un viol consenti. C’était une chose au moins qu’elle ne pouvait nier. Elle ne vit ni Tuz, ni sa secrétaire. Ils étaient déjà partis et lui avait menti. Mais elle avait toujours su. Elle avait toujours su que c’était un mensonge. Elle avait toujours su qu’elle coucherait avec ce salaud et qu’elle en tirerait du plaisir. Elle ne lui en voulait pas.
En réalité, il n’y avait guère plus que quelques vieillards hirsutes, qui, égarés dans les rues désertes du village, parlaient tout seuls. Partout, il n’y avait qu’une terre brune, lourde. Partout l’eau dégoulinait. Au loin - la vue portait maintenant très loin, les horizons s’étant élargis – au loin, elle vit les derniers convois, charrettes remplies de tout ce qu’on avait pu sauver. Dans le ciel, passaient parfois quelques hélicoptères de l’armée. Derrière, son fils pleurait un peu. Elle redémarra.
Quand nous sommes seuls et abandonnés nous avons cette impression que "tout s'écroule autour de nous" (d'où la répétition possible du phénomène). C'est l'expression consacrée. N'est-ce pas le cas d'Antoine devenu simple "reflet", ombre de lui-même? Tandis que Chloé, elle, semble aller vers une destination même si nous ignorons laquelle dans le cadre de ce monde qui "fout le camp".
RépondreSupprimerC'est probablement une destination sans but, celle que prend Chloé. Quant à Antoine, il n'y a plus de destination. Y en a-t-il jamais eue ? Sinon l'immobile, ce qui stagne. La décomposition. Et le monde avec lui. (mais en fait je n'en sais rien-)))
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