jeudi 14 août 2014

Poèmes de l'insignifiance (23)

Demain je ne vivrai pas plus qu’aujourd’hui
Et les visages que je croise dans la lumière fausse des jours
Ne me diront rien de plus qu’ils n’ont déjà dit
Du sillage mensonger des nuits

Etre au point de toujours partir
Ou de ne pas partir vers ce qui ne se montre pas
Et arriver néanmoins à revenir sans jamais être parti
C’est le miracle des sources sèches
Qui se cachent à l’amont des ruisseaux

Vivre est l’appel 
De ce qui se tait
A l’approche du soir
Lorsque la fin et l’origine
Retrouvent leur terre commune.

mercredi 13 août 2014

Rumeurs des jours et des nuits(20)

Le feu aligne ce qu’il annule
Toits, forêts, villes
Rien n’arrête sa gravité souple 
Il traverse tout et tout le traverse.
Collé à la terre mais ambitieux
Il aspire aussi aux prétentions
De l’air.

Alors il se tend et se dresse
De toute sa hauteur
S’affine aussi, perd de sa masse
S’effiloche jusqu’au point ultime
Où il finit.
Le voilà entouré d’air
Enserré dans l’air

Enceint de son espérance d’être
Il gonfle et s’enrage contre ses remparts
Qui le contraignent
Mais bientôt éreinté de ces luttes
Il retombe et ramasse en lui
Toute la mélancolie
D’avoir voulu exister.

Poèmes de l'insignifiance(22)



Les navires se posent sur la mer
Mais ne s'y enfoncent pas
L'allure hautaine
Oublieux de ce qu'ils doivent
A la houle.

Ils plissent l'océan
Et de la proue à la poupe
Le fendent et l'écartent
Sans effort
Le long de leur flanc.

Implacable
Comme la loi du sillage
Je m'ouvre
Pour aussitôt me refermer
Sur les vestiges mourants
De ce qui ne fut pas même moi.

Rumeurs des jours et des nuits (19)

Les objets sont les choses
Désignées par des mots
Ce ne sont plus des choses
Plutôt des engins
parfois utile, d'autres fois non.

Les choses gisent lointaines
Au-delà des noms qui les fixent
Et toute à leur distance inhospitalière
Elles se fécondent dans l'hostilité.

Seuls, l'ingénuité discrète
Ou la pieuse idiotie
De leur sommeil massif
Les éveillent.

Brève victoire cependant
Elles se raidissent aussitôt
Dans leur intolérante chasteté
Se refusent et stagnent aussitôt

lundi 11 août 2014

Rumeurs des jours et des nuits (18)

Ce que tout...

Il y a des oreilles dans la nuit où je me jette
Des puits d'éternité où se lavent les cendres lasses
Il y a des loups aux corps agacés qui évoquent les flèches
Comme une prière et un consentement aux larmes et au sang
Les pas incertains dans des villes amères
Les chants des jours légers où l'enfance se mêle aux cerises 
Et des baleines qui hument la saillie des vagues

Il y a des yeux dans le visage des saisons
Des visions fuyant sur les lignes de ma main
Il y a des vigognes qui bavardent et pleurent les volcans éteints
Comme une auréole sèche qui s'égare lorsque les marées ramassent le temps
Des pays vastes dans des pommes brumeuses
Des noces blanches où se perdent des nuits de farine
Et des carrefours aux miroirs brisés qu'achèvent des regards sans voix

Marche alors
Marche le long de l'enchantement de ce monde
Cours au plus sourd de ce que tu entends
Au plus nuit de ce que tu vois
Aveugle-toi enfin pour être ce qui t'appartient
Et brûle tes yeux pour y mettre l'univers

Fuis.




Rumeurs des jours et des nuits(17)

Les éclats du jour ont creusé dans les flots du ciel
L'amande grise de tes yeux qu'embrassent les oiseaux du sommeil
Et le silence de tes rêves a recouvert la couleur des heures perdues
Où captif entre tes doigts je buvais les vagues bleues de tes cheveux

Saphir lointain aux horizons d'une terre invisible
Ton souffle comme un joyaux de paix dansait dans la chaleur de ta bouche
D'où naissaient les ailes translucides de tes mots dans l'air vibrant de l'été
Au cœur de ta bouche ronde où palpitaient les mots de ta chair diffuse

Alors j'ai vu à travers les cercles des mouettes
Des routes maritimes se verser dans le repos du ciel
Puis j'ai grimpé sur le dos du monde pour l'inonder d'étoiles lactées
Et fuir jusqu'au pied de Dieu dont j'ai pénétré l'essence féconde

Depuis la grâce des lucioles embrase des aurores de soie.


dimanche 10 août 2014

Poèmes de l'insignifiance (21)

Il te faut maintenant
Comprendre les rêves du sable
Parler à l'inerte et au stable
Creuser des terriers dans l'instant
Et, entre le grain et l'infime,
Etendre le temps et l'espace
Dans ce présent qui est le tien.

Il n'y a ni passé ni futur
Ni mortels cortèges du regret
Ni sombres envoûtements du souci
Dans ce temps comprimé
Dans ce gîte pacifique
Où se concentre, immobile,
La totalité inachevée
Des hommes sans avenir






Rumeurs des jours et des nuits(16)

Ce qui dort
C'est la mémoire du givre
Oublié dans ta nuit
C'est la discrète noirceur
Qui se vêt de ta joie


Ce qui dort
C'est l'horizon de jadis
Le torrent froid
Pour les chemins
De demain

On se croit au printemps
Mais les cerises écarlates
Ont les noyaux gelés
Et la chair brûlée

(Un jour les hiboux
Sous un ciel léger
Dévoreront le soleil
Qui erre encore
Sur tes plaines obscures)

vendredi 1 août 2014

Rumeurs des jours (15)


La vie...Là...En tout cas...

Un dedans sans dehors
Elle est tout ce qui n’est pas elle
Et tout ce qui n’est pas elle est par elle
Elle accouche du monde
Et se donne à elle-même
La vie intérieure

Un endroit sans espace
Un être sans lieu
Des apparaissances y ondulent
S’éloignent puis se perdent
Dans un séjour mobile
La vie  intérieure

Un carrousel pour le vide
Sur des chevaux de pensées
Et quand je bois
C’est le vin qui s’y abreuve
Et s’enivre de ses vapeurs
La vie intérieure


Proche et lointaine
Elle est une coupure
Qui scinde l’univers
Tout y vit même ce qui est mort
Ce qui rit est ce qui y pleure
La vie intérieure

Dans les métros bondés
Elle se côtoie
Se frotte et s’ignore
Dans la grande lassitude
Des foules assoupies
Où elle se croit plurielle
La vie intérieure

Elle est ce silence immense
Cette condamnation solitaire
Qui penche ma tête
Sur ce qui rend humain
La certitude de l’incertain
Et l’assurance d’une réponse finale
La vie intérieure

Une et insécable
Elle est cette main invisible
Qui palpe seule
Le souffle qui nous pousse.


Poèmes de l'insignifiance (20)

Je vois dans mon visage
Un vieillard qui se promène
Discret et détendu
Il prend mes traits
Le front, les joues, les lèvres
Qu’il file sur une trame
Que je devine.

Je vois le vieillard qui est en moi
Dans ce regard qui n’est déjà plus
Le mien
Je l’évite distraitement
Comme on ignore
Sans le savoir
Ce qui n'a jamais encore éclos.

Je n’ai rien voulu
De l’être que je n’ai jamais été
Et que je ne serais plus.
Je n’ai rien fait de cette vie
Rien qui m’appartint
Rien qui me rapprocha
De la tromperie de ce que je croyais être.

Sans propriété
J’attends impuissant
Le vieillard que je suis
Jouant déjà sa vie
Dans ce corps d’enfance
Dont il fut l’hôte anonyme


Quoi d’autres ?