dimanche 15 février 2015

Petit Précis de Curiosités Euclidiennes (4)

La Loi Fergusson-Willis. Deuxième Principe


Le nuage est l’extra-totalité imprégnée, moite et suintante, écume brûlante qui étreint de ses mains de soie l’infinité des temps et des lieux, le Haut-Château qui règne sur les règnes,  domine toute domination, Destin aveugle des destins aveugles, il est la  racine carrée de toute chose. Il exerce spontanément l’autorité insensible à laquelle on obéit sans savoir même qu’on le doit.  Il est le pays maudit et invisible d’où le tout futile dont nous faisons l’expérience quotidienne (chez le libraire, à la boulangerie, au stade,...) provient et vers où, qui sait, il retourne[1]. Ce Tout du journalier, nous l’appelons le Monde-Chose, monde dans lequel nous essayons de vivre et pour lequel il arrive à certains de mourir mais au sein duquel de toute manière tous doivent bien accepter d’y laisser justement quelque chose. 
On a pu observer avec beaucoup d’étonnement qu’il s’est d’abord érigé à partir d’un enchevêtrement chaotique de lignes-mortes ou lignes-choses. Cependant, c’est encore aller trop vite en besogne que de déjà évoquer le Monde-Chose. Le fait d’en décrire le noyau est purement heuristique. Car ce Monde-Chose n’est pas encore ce qu’il est au moment même de sa naissance, on dirait même qu’il n’est même pas rien[2]
Actuellement on pourrait le définir de la façon suivant[3] : Il est  ruissellement ou humeur du nuage, écoulement de la sueur baveuse de la brume nuageuse. 
Il est le « réel ? » issu du «  réel ! ». 
Il est point du point d’interrogation.

Avant d’aborder ce passage capital et critique (puisqu’il envisagera le monde tel que nous croyons qu’il est), cette section posera la question des inévitables conséquences du Premier Principe. Ces dernières seront l’objet du Deuxième Principe. Conséquences ahurissantes d’un Premier Principe irréfutable, elles prennent cependant le pas sur ce dont elles sont les rejetons, un peu comme si la chaleur était la cause du soleil et non l’inverse.

Dans le nuage, la cause est toujours seconde. A l’évidence.

Par la fureur du Feu, les mondes juxtaposés et entrelacés, à la fois, ont décomposé le nuage en  brumes vagues ou brouillards indéfinis ; nuage si peu nuage encore, ruses vaporeuses masquant la dérobade essentielle[4], ce sont bien ces vapeurs nacrées qu’ivres d’opium, les anachorètes d’infinies Abyssinie souillaient de leurs prières affamées. Toutefois, ces nuées ruinées, déchues au cœur même de leur empire et que l’on croyait perdues à jamais dans leur tessiture originelle (ce qui consternaient les cénobites dévêtus) retrouvèrent dans leur désintégration l’amour de l’accord et de l’unité[5] alors que sous l’espace encore vierge se consumaient de haine les cafards géants aux ailes crochues.
Feu englobant et lignes abstraites sont devenus autres tout en restant parfaitement eux-mêmes : la métamorphose du premier en vent ou Vitesse du Feu (v = Vf.) a autorisé la seconde à s’épaissir, à prendre l’embonpoint indispensable à sa perception physique. Ainsi donc, la Ligne a perdu la sècheresse érémitique qu’une abstraction sans relation lui conférait naturellement et c’est par cette contamination pathologique que la ligne a gagné en sympathie.
Par conséquent, l’évidence saute aux yeux de tous pour peu que nous ayons laissé là ce qui empêche toute attention errante : dans leur amoureux et sauvage enlacement (la nature irréductiblement sexuelle de leur relation a été maintes fois prouvée[6]), la ligne a gagné d’elle-même à partir ce qui était différent (le Feu) et a gagné en existence, et donc aussi en joie pendant que le Feu, perdant en teneur, s’enfermant dans sa coulpe, s’attristait plus qu’il n’attisait encore :  en effet, pour le Feu comme pour les Hommes, la faute est le lieu rêvé de toutes les repentirs venimeux, la jouissance souffrante du regret solennel qui conduit à la construction du Beau Rôle[7].
Cependant, dans l’ensemble du processus d’expansion et de contraction , le nuage est resté stable comme système solitaire, comme système complet isolé ; certes, s’il a pu musarder à droite, à gauche au moment de la dissipation, s’accrochant là aux sommets déchirés des Montagnes Saintes ou ici enveloppant les voiles barbaresques d’une quiétude pâle et argentine,  très vite, le nuage a corrigé sa corruption interne pour  reconquérir sa traditionnelle permanence, son invariable régularité. On dit alors que « le nuage se pose, insiste et persiste »[8].   La vitesse interne du nuage est  celle du vent une fois seulement achevée la  vaporisation liée à la combustion de la ligne abstraite ; alors le gaz devient plus léger encore que le nuage et se disperse, ni Feu, ni Ligne, ni Vent, reste plutôt de la création dont on ne sait que faire.
Tous peuvent maintenant l’avoir à l’esprit : la chaleur intense qui a forgé la ligne-chose par frottement et embrasement en laissant le Feu dans un état de quasi-inanition, la gazéification qui a suivi, l’enrichissement et l’appauvrissement des deux éléments primordiaux, c'est-à-dire la concaténation inévitable de ces phénomènes physiques purs ont engendré le souverain désordre, un déséquilibre procréateur qui fait que la constance globale de la structure synthétique n’est jamais que le résultat d’une agitation intérieure de tous les instants.
Le système logico-organique du nuage est une conséquence de la fébrilité chaude et obstinée.
Ainsi, le Monde-Chose dépend d’un père stable toujours cependant en voie de dispersion et d’éparpillement. C’est bien ce qu’affirme sans sourciller le Second Principe de la Loi Fergusson-Willis :
 « Dans les nuages, le Feu spontané, puissant et enjoué, perd une part de lui-même. Irréversiblement, il se compresse comme la ligne se détend : en mourant pour devenir trait visible, cette dernière s’accroît de son énergie. La ligne ne connaît cependant pas l’échange. Alors la source chaude se refroidit et le désordre devient  condition de l’équilibre et de la constance.[9] » 

Nous verrons, dans la section suivante, les innombrables répercussions de ce Principe sur la vie des Essences et, de là, sur nos existences appauvries.

[1] Il ne faut pas oublier qu’au dessus du nuage, centre de vie et de mort- et donc lieu d’agitation infantile -  il y a la ligne pure comme vie absolue. L’incapacité du langage humain à s’emparer de cette absoluité vitale nous contraint à nous rabattre mesquinement sur le nuage. Qui est, en terme administratif, comparable alors à une sous-région cantonnale.
[2]  Si notre petite balade entre les choses et lignes peut nous conduire au rien, nous aurons atteint notre tâche et jamais le procès mesquin d’incomplétude ne pourra nous être adressé. Non que l’a-systématisme qui nous guide soit incomplet ou même complet et achevé, mais simplement parce que la question n’est pas de mise. Que les systèmes soient clos, ouvert, fermé ou encore isolés n’est pas la question.
[3] Définition lacunaire, parcellaire du rongement-monde, mais nécessaire pour la bonne tenue rationnelle de ce qui suit.
[4]«  La dérobade est le mode de vie du caractère nuageux » (Anton and Fish, « The  Cloudy  withdrawal in a political view », Flying Birthday Edition, Everton, 1852)
[5] «  Mutandis mutatis, il y aurait à faire ici un parallèle risqué mais avantageux entre la Passion du Christ et le renouvellement des nébuleuses fuyantes. On peut et on doit affirmer l’essence pré-réssurrectionnaire de la nature nuageuse », Gottfriett,  « De l'essence vive comme possibilité d'être du nuage", Munich, 1943.
 Il y aurait beaucoup à dire sur cette assertion de Gottfriett, notamment parce que l’on sait de toute éternité que le nuage, en tout cas, celui qui vous prend tant d’énergie actuellement, n’est le siège d’aucune sorte d’essence. La thèse fut d’ailleurs rejetée en bloc au Symposium International de Néphologie (Actes du S.I.N., XIV, Santa Lucia, Uruguay, 1947)
[6] « Abstract Line and Fire, An Erotic Model For The New générations »,  Paul Gofin, Rabbit Edition, p.2315-2316b, Brisbane, 1968.
[7]  Le Beau Rôle est devenu le personnage classique du monde contemporain. Il se présente habituellement comme porteur de souffrance et tente de convaincre qu’il est sans masque.
[8] « The Cloud continues, insists and persist.The cloud moves at wind speed and after complete vaporisation the gas becomes lighter than air and dispers »
[9]Fergusson-Willis'  second principle : 

 “In the clouds, the spontaneous Fire, strong and frisky, loses a part of itself. Irreversibly, the Fire constricts as the line slackens:  dying into a visible trait, the latter extends from its energy. Nevertheless, the line does not experience any form of exchange. Thus the hot spring cools, and confusion is the necessary condition for balance and constancy. “

jeudi 12 février 2015

Ombre du Monde (13)




Ah !

Vint le jour où Chloé annonça à Antoine qu’elle était enceinte.
Elle sentit d’abord une grande joie, une jubilation exaltée, puis, petit à petit, un apaisement ravi qui adoucissait plus encore  les traits doux d’un visage transfiguré par le déchaînement hormonal et qui s’accompagnait d’une fierté certaine, un peu idiote, elle le savait, mais qu’elle ne pouvait s’empêcher de ressentir, même si elle la dissimulait avec beaucoup d’aisance. Son ventre s’arrondissait et elle l’observait minutieusement : jour après jour, devant le miroir, de face, puis de profil, elle jaugeait de son développement, cherchait à percevoir les modifications les plus infimes, du moins dans les premier temps, au début, lorsque la grossesse commençait seulement à  s’éveiller et à se manifester à tous.  Elle se mit à faire des dépenses pour le bébé. Et il y en avait des choses à penser ! Les vêtements, la décoration de la chambre, le lit,  la table à langer, des jouets, etc. C’était forcément pour elle, comme pour Antoine, une expérience nouvelle qui les plongeait dans une expectative parfois angoissée. Alors, on passait chez des libraires spécialisés, et on achetait force livres qui les rassuraient un moment, on en discutait avec des amies, bref on s’intéressait. Et le plaisir de Chloé  allait croissant, son attente se tendait et elle savait goûter avec délice la félicité de son exceptionnel état tout en le conjuguant avec la joie qu’elle éprouverait d’en être délivrée : son désir n’avait pas seulement été une simple impatience physique ou la fantaisiste lubie d’un esprit conventionnel, non, toutes ses démarches affairées, son anxiété même, creusaient l’ambition de sa maternité.                                                 
Elle sentait son sexe lentement s’ouvrir en même temps que son affection s’accroitre.
Antoine ne parlait plus que de ça. Au travail, chez des amis. A l’entendre, on eut cru qu’il n’eût vécu que pour cela, procréateur enchanté d’une génitalité qu’il pensait aboutie. Et même si l’idée de nouvelles et irrémédiables responsabilités le troublait par moment, jamais on ne l’avait vu si enthousiaste, si sûr de son fait. Il signait ses mails « papa Antoine », imaginait la voix de son bébé et s’ensorcelait ainsi sous son propre charme. Il n’avait jamais été aussi amoureux de sa femme ; souvent, il s’approchait d’elle silencieusement, et, par derrière,  lui enserrait le ventre de ses bras fermes pour encore mieux en faire ressortir toute la rondeur. Alors il lui murmurait à l’oreille, doucement, tendrement, « Voilà la petite maman », « petite Maman» ...ce qui ravissait Chloé et la plongeait dans un enchantement dont elle ne sortait qu’avec peine. Il l’aidait dans ses préparatifs, courait, allait au-devant de ses besoins et de ses envies : pour peu qu’elle désirât quelque chose, un nouvel instinct lui permettait de le deviner et elle l’obtenait bien souvent avant même qu’elle en eût formulé le souhait. « Voilà de bons chocolats, pour la Maman...et le bébé » disait-il alors, pendant qu’il examinait discrètement l’étonnement qu’elle éprouvait de voir la demande précédée par la réponse.                                          
Il était là, solide, présent, l’homme qu’elle aimait.
Peu importait le sexe de l’enfant et ils avaient été jusqu’à refuser de le connaître avant son arrivée. Ils passaient des soirées entières à lui chercher un prénom. Ce serait Amélie ou Frédéric ou Romane ou encore Jasmin, Thomas, Leila et encore Gustave (non Gustave, il n'en était pas question, pas Gustave...), Emma peut-êtralors... On ne savait pas, on s’excitait, on hésitait, on délibérait à n’en plus finir. On prenait conseil. Alors on l’associait au nom de famille, on le prononçait, le susurrait,  le vocalisait ; on en écoutait les sonorités, on en évaluait la musicalité, on en goûtait le rythme ; on évitait les prénoms susceptibles d’être trop facilement l’objet de remarques de mauvais goût. Ceux qui semblaient vieillis, ceux qui étaient trop à la mode, ceux qui étaient trop austères et ceux qui semblaient trop frivoles. Bref, on essayait de penser à tout. On a beau dire, c’est important, un prénom, c’est pour toute la vie.
Un samedi matin, vers 10 heures, elle mit un terme à sa grossesse et enfanta enfin. Antoine assista à sa délivrance. Ce fut pour eux un moment unique et bouleversant.             
Le bébé était beau, avait ses yeux à lui, sa bouche à elle.

C’était leur enfant et il l’aimait. 

mercredi 11 février 2015

Poèmes du Minuscule et de l'Insignifiant (63)




La pluie est une tristesse vague qui épouse les soirs
La pluie est une aile qui caresse l'oubli
La pluie a la lenteur de ce qui se brouille
La douleur amère de ce qui se perd

Dans la nuit où s'échoue la pluie
Des livres couvrent  son secret
Et entre ses lettres d'eau
Des mots inachevés scellent
L'énigme sous la métaphore

C'est le mystère de la pluie
De faire naitre des livres
Où les vents s'enragent
Sous les nuages des temps

La pluie, de notre destin l'écrin
Que des fontaines d'argile infiltrent
Sous les pages muettes
Que tournent les tempêtes
Et qu'effacent les silences

La pluie, boue de notre ombre
Qui anime nos bouches
Et nos mots si pauvres et si sots
Qui tourbillonnent au bord de l'abîme.



mardi 10 février 2015

Poèmes du Minuscule et de l'Insignifiant (62)

Aube qui bourgeonne aux confluences des lèvres
Aurore sanguine qui berce la blessure
Commencement des temps né de leur fin
Je vins à toi comme une nuit qui éclaire les étoiles
Et la pénombre de mes mains s'endormit sur ton corps

Aube muette levant sur l'impuissance des mots
Le mystère de ton ventre où la vie s'adonne
Et tes yeux fermés comme un port endormi
Au milieu du fanal qu'attise ton sommeil
Où je tangue à la lueur de ton enfance secrète

Aube vive qui ne se sait aube
Sinon par mes yeux de plaine pauvre
Ton visage n'est plus qu'étendue heureuse
Dans le temps aboli où je ne me sais plus
La plaine où je me suis perdu

Et ce qui frissonne dans mes vagues
Ce n'est pas l'écume du ressac
Mais l'empire de tes flammes
Qui submergent les digues de vent
Où j'abrite mon silence.




dimanche 8 février 2015

Poèmes du Minuscule et de l'Insignifiant (61)

Il y a des mots qui luttent contre la nuit
Des lettres terroristes qui abattent les ombres
Des murs venimeux qui assaillent les clartés
j'aimerai savoir ce qui vaut
Dans le gris du ciel qui nous fait naitre
Au delà des abîmes où baigne le sens

Des mots et du verbe
Comme un rempart face à ce qui se dit
Une voix enfin où scintille ce qui se peut
Devant ce qui se comprend
Les traces molles du sang
Sur le sable des troupeaux

Je n'ai d'autres pays
Que le Seul
Celui qui dort hors du monde
Dans la lumière invisible
Qui nourrit le visible
L'avenir n'est pas de mes propriétés
Et le présent est la couche où je ne dors pas

Du passé seulement 
J'espère naître informe
D'une mort qui est déjà là.

jeudi 5 février 2015

Rumeurs des Jours et de la Nuit (60)

Plaine ! Plaine !
Vaste ombre jetée par les pentes
Et pentes cependant nées de leur creux
Pentes ou plaines on ne sait qui est la mère
On ne sait qui est la fille
La plaine est nue comme l'aurore des jours
La plaine est un trou dans l'infini
Vaste empire où s'endorment les choses
Et que personne ne chante

Et les nuits sur les plaines comme une terre céleste
Qui voilent à elle-même la clarté de la source
Et les nuits qui bercent mollement le silence du temps
Comme une mère triste le corps de son enfant
Les plaines sont des océans de nuit et le soir est leur houle
Le soir sur les plaines où germent les frégates vermeilles
Vaisseaux crépusculaires qui brûlent l'horizon
Lorsque leurs mats embrasent les étoiles
Plaines brûlées plaines obscures plaines nées du vent des aubes

Alors la paix s'enroule à mon âme
Et je tais comme la plaine l'accord secret des soupirs.


mercredi 4 février 2015

Rumeurs des Jours et de la Nuit (59)

                                Cours le vent

Je n'entends pas ton souffle lointain, mon amie, j'ai seulement le vent
Et c'est beaucoup ce vent qui se mêle aux frissons de tes lèvres
Il vient du silence d'avant l'orage et les alouettes glissent
Sous la lente pesanteur de ses chevaux sombres

Le vent a enveloppé de ses doigts souples
La mince tunique de la terre
Le vent a dénudé le monde et s'est dissipé dans tes mots
Comme une grâce tendue vers l'aube ou la nuit
Le vent a caressé les plaines nues et les vallées humides
Et l'inquiétude a grandi de ne pouvoir être le vent qu'il est pourtant

C'est un vent qui ne secoue nul drapeau
Qui ne sait quand il vient
Qui ne sait quand il part
Qui ne sait quand il reste
Dont la source inconnue reste sans mesure et sans image
C'est pourtant le vent qui ouvre le monde
Et que le monde soulève

Sous ses rafales l'abîme des hommes s'est rempli et leurs jours
Se sont envolés comme des étoiles
Le vent où ton souffle s'est mêlé, c'est le vent du monde
Où je vis
Où tu vis.





mardi 3 février 2015

Poèmes de l'insignifiance (61)

Des libellules riment avec les lucioles
Dans les forêts humides naissent des pivoines
Et des méduses aux ailes de lys s'élèvent dans les cieux
Pour faire l'amour aux hirondelles qui dansent dans le vent

Et moi qui suis là devant toi, devant vous
Ne vois rien car il y a tant à voir
Ne vis rien car il y a tant en vivre
Ne fais rien car il y a tant à faire
Mais il y a peu à voir et à vivre
Et encore moins à faire
Sinon entre mes bras de misère
Saisir seulement ce qui ne peut se saisir

Des prières qui cherchent les comètes aux lunes de marbres
Des montagnes de chaux où chantent le venin des taipans
Des lagunes bleues qui se glissent entre les jambes de la terre
Des offrandes qui ornent le jour de leurs couchants tristes

Et moi qui suis là devant toi devant vous
Attend la pauvreté extrême 
Pour unir un jour peut-être
Nos solitudes sèches.


lundi 2 février 2015

Poèmes de l'Insignifiance (60)

Ce qui se détache des jours
Des éclats de lueurs mortes
Suspendus dans les airs

Et tu marches sans rien soupçonner de l'écorce qui te fixe

Ce qui vient des jours
S'accumulent dans ta nuit
Et l'obscur devient ta lumière

Et tu regardes sans rien soupçonner du bandeau qui t'aveugle

Mais le jour, le point du jour
Vers où tu fais voile
Dans cette traversée que tu n'as pas choisie
Le point du jour jamais tu ne le vois
Et  cette clarté qui meurt
Au moment où elle nait
Jamais elle ne te baigne

Les hommes sont des oiseaux de proie
Qui rêvent des jours seulement  lorsqu'ils sont partis
Dans la nuit qui est la leur
Où reposent les larmes claires
Des jours qu'ils n'ont pas eus

Pourtant le jour, le point du jour
Vers où tu fais voile
Il danse devant toi
Au plus profond du sombre
Et ces lambeaux qui s'en détachent
Ne s'en détachent que pour toi
Rêveur de nuit
Qui chante avec les hiboux.


dimanche 1 février 2015

Rumeurs des Jours et de la nuit (58)

Il y a des rivages où se brouillent les peurs
Petits spectres ricanants aux liquides glacés
Des marées de sable y déposent mollement
Les pétales des jours et les soupirs de l'aube

Mes secrets s'y enfouissent
Comme  des perles  de silence
Comme un point dans l'azur
Comme une lune tremblante
Dans l'hiver du sang

Dans le creux de mon âme
Ton corps ruisselle de murmures
Où ondulent des vagues de chair
Et cette ombre
Que j'embrasse et étreins.