mardi 3 avril 2018

Chute (1)

Elles vinrent ces flammes innocentes
En ces jours domestiques, aveugles et somnolents
portées par un fatal été
soudoyer ta conscience
et de tes rêves élever des images et des morts

comme un poison posé sur tes lèvres
une racine mortelle sous la langue
brûlant tes jardins bientôt en cendres
Elles passèrent, ces flammes ignorantes
remplir tes plaines d'un suc pâle, puissant et douloureux

Marches-tu encore de cette langue de plaie
la peau arrachée de tes lèvres
avec sous tes pas, le chemin brûlé
où poussent les croix

Marches-tu encore sans dire
cette peau qui s'abrège
et ce sang  qui se fuit

en ces lieux d'abandon
où les ombres s'efforcent.


lundi 2 avril 2018

Mes Amériques (3)

Ce n'est pas dans ces souffles, 
anonymes  coursiers des mers
non plus vers l'obscur ailleurs, ni en ton rêve clair comme l'embrun des aubes
ni sur les plaies des risées de la surface insondable
Seulement dans ta solitude froide entourée d'horizons

Tu t'enfouis sous ton rêve, parfumé et chantant
laissant là tes vivants  et leur nuit 
pour des paupières légères
suspendues à tes îles, aux fruits de tes déserts,
aux heures dénudées où tu te rejoindras

C'est dans un regard d'eau,  suspendu à la houle
que s'annonce la parole, belliqueuse et nocturne. 



Mes Amériques (2)

Le roulis qui t'emporte est un détroit
un risque pour tes rives
le prétexte des vagues silencieuses
enflées de leur matière haineuse
pour tes routes cardinales

Routes d'Ouest aux écumes de sang
chemins de blessures qui mènent aux ports
où tu feras naufrage
tes voiles pleines encore
de tes tempêtes de nuit

ces encres qui appareillent
comme un vaisseau d'averse
qui s'enfonce sous la houle


dimanche 1 avril 2018

Mes Amériques (1)


                           Rien à voir, juste l'Amérique, pour me faire plaisir

C'est aux confins de la nuit
et au  seuil du jour
lorsqu' épuisées de briller
s'évadent les étoiles
qu'encore nocturne  se glisse une parole
Aux prémisses des aubes

Bourgeon de silence,  mutisme des jardins, 
rose souterraine,  jacinthe de nuit
J'y invente des serrures d'eau
Ces bouquets de verrous que je t'offre

à toi 

qui étendit ses ailes  
sur les océans lointains
où le regard fleurit et espère

samedi 31 mars 2018

chants des guirlandes amères (4)

Enclore  les ombres dans tes paroles

Murailles épaisses, espace nu, infranchissable
Tes mots sont d'ombres et de nuit : 
les aubes y jouent de la lyre
dont les jours naissant égarent les étoiles

Toujours tu es là,  à appeler les routes, 
comme steppes affamées
à héler le temps que ces routes traversent
Pâtre ou berger tes troupeaux absents courent pourtant

là où l'esprit attend de toi la mer 
Et tout ce qui y règne

Chants des guirlandes amères (3)

Tapis de printemps descendant des collines
jaune puis bleu puis jaune au milieu des prairies des jours
Frissonnantes comme des perles humides

en ces matins d'avril 
qui te trouvent clos dans ta nuit glacée

Silences épanouis dans cette lumière confondante
où les lignes s'effacent sous la matière chaude
comme l'annonce d'un vent lointain : heures tourmentées,
plaines sans repos, appel sourd d'un souffle ignoré,
Tu cueillis les roses froides de tes hivers et tes mains

Enfin fleurirent, caressant l'obscur qui grandit
De l'inique blessure qui ferme ton ventre

La pluie s'écoule du sang de tes pères

Chants des guirlandes amères (2)

Torrents sombres qu'ivresse offre
au passant
Un peu de cet oubli des tombes
où déjà nous vivons
Et de ce peu  qui s'enfuit et ensable
l'attente
Nait la vague amère
Et la brise 
qui emporte nos reflets

dimanche 4 février 2018

Chants des guirlandes amères (1)

Lourde la route, lourd le sang
de processions et de manèges
le long de voyages invisibles
aux langues étrangères. Seul

et tout bas, sans hâte, à suivre
rives et ombrages endormis
dans la pâleur d'un soir.

Mais lorsque l'éternité, serpent sage,
siffle à mes oreilles le frisson

des guirlandes amères

j'étreins la terre et attends
que se séparent les sources d'antan

Attends seulement l'envol
dans la paix bleutée d'un instant 

mardi 28 novembre 2017

Quelques autres (1)

Temps d’avant la mémoire,  présent d’hier ou de demain
Et présent à tout instant, saccade de matière sans passé
Roches insondables, pierres sans fièvre, cimes et vides
Mais toujours aux noms encore tus du Souverain absent
Tu es là toujours en toi-même, être et existence
Comme le fruit innocent de l’éternité silencieuse

Né de l’écume des météores au cœur même du lointain
Terre aux songes à naître encore nue dans sa pureté
Terre indifférente, immobile et toute à elle-même
Et à chaque moment tu congédies le temps
Terre, mer, ciel, sortis de leur propre matrice
Quels rêves tranquilles ceux dont les rêves ne rêvent pas !

Et quand les orages te couvrent d’ombres et de feux
Rien n’arrive encore qui n’est toi et que tu n’as voulu
Et le tonnerre lui-même est ce silence qui t’appartient
Comme l’espace sans fragments aux frontières inconnues
Alors que les vagues qui ne sont pas des vagues
Emportent le sable où tout entière tu te contiens

Car close de partout mais se répandant en tout ce qui est
Tu n’es minuscule qu’à la condition de ton immensité
Et en chaque grain comme en chaque poussière
L’univers qui te couvre hors du maintenant et de l’ici
S’étend tout entier dans ces abîmes dont tu es fait
Et que plus tard la pensée comblera de ses fards

Et pendant que je parle et tente l’impossible
Ta nudité se voile du tissu sonore de mes mots
Puisqu’il faut bien que vive cet être de toi
Qui t’amincit en t’amputant de ce qui le fuit
Comme si pour te connaître et t’aimer
Il devait ignorer  les vastes gouffres où tu résides


jeudi 23 novembre 2017

Anecdotes de l'archipel (15)

Anecdote de la pierre

La pierre ne s’offre à aucune clarté
Et n’accueille aucune ombre
La lumière et l’obscurité s’humilient
Face à cette épaisseur impénétrable.

Identité compacte
Elle offre la figure de son obstinée permanence
L’entêtement et l’obsession d’être
Dominent les montagnes
Asservissent les cailloux.


Matières opaques et bornées
Y dorment pourtant
Des miroirs d'émeraudes
Aux chatoiements barbares
Imperceptibles
A ma vue infirme.