lundi 16 novembre 2015

Chemins d'abîme (12)


Quelquefois nos yeux s'arriment aux rives
d'un fleuve fugitif
Nous nous entendons alors dans ce qui s'écoule
Et plus que percevoir
nous pénétrons
à travers les brumes
en un matin errant
aux fruits encore verts

Tendre la main, cependant
et tout se tait
Hors de portée
le fleuve se fige 
Ce qui s'écoule s'étend et se stabilise
L'eau est sable et s'éprend du vent
Les brumes titubent
dans une nuit qu'assombrit la nuit

A la minute même de cette impuissance, encore reste-il la médiocrité à faire et la compromission à être
Plus tard, encore,
on s'inquiétera de tant d'acharnement dans la profondeur


samedi 14 novembre 2015

Chemins d'abîme (11)

Tout s'est refermé
En une coquille illisible
Une loge secrète
Parfois s'envolent 
De petites braises nues
Où s'échauffent les instants

Mais jamais ne faire 
Ce dernier geste
Pour sauver la nuit
De son silence

Il est des demeures clandestines
Sans recours et sans toit
Qui n'existent que pour s'éteindre


vendredi 13 novembre 2015

Chemins d'abîme (10)

Passantes lueurs
Comme des brasillements fragiles :
Passages fugaces dans la nuit
Le verbe précaire
Bride un moment du transitoire
Hésite et trébuche
S'affole dans le périssable

Pâleurs extrêmes
Non de ce qui s'use
Seulement de ce qui se refuse

Etourdi le marcheur demeure et dure
Sur un sentier confus et aberrant
Il aimerait donner plus
Mais déjà tout s'écarte
Se dérobe et le fuit



jeudi 12 novembre 2015

Chemins d'abîme (9)


Silence à l'entour
Puis un aboiement
Comme une indiscrétion 
Dans le vif de l'omission
Entre deux ombres bleutées
Une  lumière mobile
Qui s'unit à l'obscur

L'obscur pourtant
Eclaire l'obscur
Lumineux un instant
Le mystère fuit
Dans les sous-sols
L'accord des criquets
Et l'espoir du trèfle
Font craindre le pire


mercredi 11 novembre 2015

Chemins d'abîme (8)

Le souffle glisse
Glaise et marne
Aubes aux crépuscules mêlées

Sombres lourdeurs
Parmi celles qui me cousent

Au moins
Prendre part
A l'ombre



lundi 2 novembre 2015

Les Confins : s'ouvrent hautes vagues sous la voile des mers (4)

Du côté des falaises et des îles, une nécropole fugace, fureurs et clameurs de mer, déserts au milieu d'ondes enragées et de ressacs obscurs, havre des houles blessées, épluchées, vidées, ces grands noyers étranglés sous les mots du vent, et année sur année, s'accumulant en sécheresse d'écorce et d'os,  moissons des sables et  les siècles, sédiments sous les jours factices, qui vieillissent aussi sous les soleils contrefaits... Fausse monnaie du temps...Et sur les grèves tant désirées les germes et les présages des combats futurs.

La mer a tourné le dos au ciel et des femmes d'une plume de flot ont volé à l'écume ses tirades  d'exil qu'elles pétrissent maintenant dans leurs flancs. Leurs ventres sont les scribes qui chantent les oracles dans les bourrasques de soufre où soufflent les tempêtes.

Ecoute, écoute les voiles de la mer qui annoncent les fleuves et qui bercent les nuages alors que sous ta peau... De petits mollusques  de verre qui fouissent  ton sol...

Ecoute et entend ce qu'aux horizons se trame sans toi, ce qui t'ignore, ton absence vivante aux choses qui tournent et retournent à elles-mêmes en se gaussant de ta soif.

Ecoute, minuscule, ce qui reste des géants que tu as aimés, le silence brutal des idiots.

samedi 31 octobre 2015

Les Confins : s'ouvrent hautes vagues sous la voile des mers (3)

Dormez instants, couvrez vos prunelles, endormez vos foulées, que vos allures désormais immobiles suspendent la lumière et dénouent l'opacité de ses mains nacrées. Et sortir de la clarté amère de la nuit qui couche la foi dans un lit de tromperie. Et fuir le jour dont l'aube coud déjà les habits d'imposture.


Il me faut une clarté sans l'obscur, un matin sans le soir, une vague sans la mer, ce que tu es, toi, comme une bonté douce et vermeille sur un seuil où rien ne s'accorde, la présence vibrante de ce qui se tait sous l'attente, toi comme la traversée de l'océan unique qui rejoint seulement ce qui échappe, le fleuve inespérable et ses bras qui dansent par dessus mes territoires inféconds dans la tombe de mes jours.



Et être, dans ce qui s'approche, le regard que le miel porte aux abeilles, et naitre par toi, dans l'empire immortel du dénuement, n'être plus enfin et ne vivre qu'entre tes mots de chair et tes larmes de geai qu'une terre étrange et que je ne connais pas abreuve du sang de ses sources invisibles...Monter à ta source et boire à la coupe de tes eaux sanguines.



Ce qui attend est ce qui voyage. 

Est aussi ce qui se recueille au fond de ces golfes où les vents se nourrissent de leur sommeil.

jeudi 22 octobre 2015

Les Confins : s'ouvrent hautes vagues sous la voile des mers (2)



Aux avers, effigies de sel sur l’écume incendiée de jours, voiliers ardents s’inclinant sous des souverains de vent, frégates sous la fronde des orages, hivers des songes où les vaisseaux parmi les phares sont submergés par ce qui souffle sans se nommer, écueils engloutis qui ouvrent des chemins de périls dans les flancs des coques, et l’absence des gabiers dansant sur les rivages où les mères creusent les  tranchées funèbres que fraie l’oubli endormi dans le sable. Grand voile couchée, humiliée, rampant sous les mortes-eaux lorsque les marées passent et repassent les vents...Et des mats, comme pierres levées offertes au poing fermé du ciel, des mats aux ailes de marsouins, face aux nuages aux turbans aveugles où se jettent les ancres et les mots qui les suivent jusque sur le front azur  où s’écrivent les quêtes...

...Au loin les hauturiers sous le vent...

Aux revers, sous les embruns des danses sorcières, des mangeuses de fruits amers, de celles qui glissent sous la peau, aux parfums de myrtilles et  aux regards de jaspe, de celles qui chantent aux étendues les murailles dissipées sous l’ombre du regard, des cils aux ailes muettes et vierges jamais épuisés jamais ensevelis, des cils aux nages d’Antilles et des ventres qu’ils étendent sur le fond des mers, comme une piste ouverte sur la nuit,  où se cousent les déserts d’été quand l’ombre s’allume des feux des coraux et que les aubes plantent des oboles de lune dans les gouffres que taisent les eaux....


...Aux amers envers des avers de mer....

Poèmes du Minuscule et de l'Insignifiant (76)

De ma prison, les bords…

De l’intérieur
J’observe ma demeure
Et je n’y vois aucun espace
Aucune image d’aucun lieu
Seulement le temps qui y vit
Une demeure sans abîme
Un champ plat de pensées
De fragments inachevés
Qui  lèvent des paroles
Et puis retombent

J’ai honoré ce qui n’était pas
Par lâcheté de ce qui était
Refusé à la nuit
Aux jours,
Aux heures
Aux fleuves
Aux nuages
Aux cieux
La simplicité de ce qu’ils étaient
J’ai oublié la grande paix de l’inerte
Et me suis agité dans la pierre

Je parle de ma geôle
Au centre de cette demeure
Avec des mots délaissés
Des mots qui perdent leur coque
Qui perdent leur croûte
Au bord de routes
Où tout s’attend et rien ne s’accomplit.


dimanche 11 octobre 2015

Les Confins : s'ouvrent hautes vagues sous la voile des mers....(1)

Et les ports, simulacres d'havres portés par les vagues, vomissent leur écume aux feux de Saint-Elme et les vagues, fatiguées du ressac qui les noient, fleurissent maintenant aux lieux des rêveries et des mirages, oeuvres vives des carènes enflammées, Chimère mortelle aux yeux d'aspic convoitée des armées d'os et de chair,  janissaires ailés des songeries en Hautes Capitaineries...

Parmi les Confins s'ouvrent aussi hautes vagues sous la voile des mers,  hautes vagues qui s'éveillent dès le ventre des femmes comme le pouls où l'anémone des récifs...Ce qui naufrage est ce qui croise dans l'océan invisible et les regrets preuves du bonheur été....Anémone où les récifs acérés se posent et se polissent...Récifs de pleine mer qui percent seulement l'ombre de l'eau qui passe....

Voix d'ivresse, ce qui sonne et résonne sous les arches de la nuit effacée..