mardi 6 octobre 2015

Les Confins : Aux digues des lointains se recouvrent les nuits...(13)

Le séjour, l'invisible présence, spontanéité transparente parmi les choses du monde, demeures étranges et fugaces qui assoiffent plus qu'elles ne comblent et qui des murs exigent toujours plus pendant que des années frivoles s'écoule comme un poison ignoré tant de ce lait sans épaisseur et sans couleur dont ce qui se hante est fait

Le séjour, ni lieu ni domicile, flots vagabonds au devant des matins, errant immobile au milieu des savanes ensommeillées, domaine des laves sauvages où se compriment la réticence et la discrétion, chemins d'ambroisie, routes d'abondance où l'épine nourrit, le feu noie et la farine s'offusque,  chants sans éloge qui nourrit la sédition, retraite au milieu de ce qui grouille et pullule sur les peaux où grandissent les écailles, et les coquilles aussi où poussent les croûtes et les dépits, le séjour encore, où la mesure et l'étendu s'évaporent sur les seuils des chaudrons où cuit la terre - là où les hommes toujours eux, et les femmes aussi portent le fer dans les coeurs de mer, abandonnent des vautours aux abords des jardins d'enfants, lancent vers le ciel des piques vermeilles où crient encore les nerfs et les viscères, couchent à même le sang frais que leurs chiens boiront plus tard après le viol et l'excrément, embrassent les têtes tranchées et les plantent dans les labours de la paix et de l'amour, dans les chaudrons où cuisent les terres que les hommes vomissent - hôte qui n'abrite rien et que rien ne protège, unique et seul, aboli par les mots qui en sont l'offrande ignorée, limpidité innocente que refusent d'obscurcir les distances et dissoudre les secondes, royauté de la la lenteur, de la courbe et de l'arrondi où s'épuisent l'angle et le mètre...

Le séjour réside comme un anneau que doublent les Confins.



3 commentaires:

  1. "séjour", mot clé pour ces "flots vagabonds", poésie sombre, qui vêt d'oripeaux d'or ces peaux de croûtes et d'écailles quand d'autres s'époumonent, étendards, banderoles et barbelés levés.... Un très beau chant.

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    1. Le séjour, l'abri de vie, il faudrait mettre, autres autres choses, ce passage de Rabelais au fronton de toutes les maternités : "Cy entrez, vous.... en ce passaige est le séjour d'honneur"

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  2. " Là où les hommes toujours eux, et les femmes aussi
    portent le fer dans les cœurs de mer "..

    merde alors, j' aurais bien aimé l' écrire celle-là.. :)

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