mardi 8 juillet 2014

Chemins de la ville basse (3)

Smile

Je regarde quelques mots invisibles
Ecrits sur les murs de cette taverne
Et ces phrases ont de longs doigts
Fins et doux comme la fumée d'une cigarette
Ils racontent une histoire
Qu'ils dessinent sur mon front
Une histoire de vérité
Celle de l'oubli et du vent
De l'amour et de la haine
Qui souffle sur ce comptoir rutilant
Où je mêle à ma détresse
Les odeurs fortes de mes rêves
Et je plonge dans ce verre
Tout ce que je suis
Mon âme double et triple
Cernée de ces herses aiguisées
Et tous les mensonges
Et toute la haine de moi-même
Et le dégoût 
Et la honte 
Au fond de ce double whisky
Double comme ma personnalité
Ensablée au fond d'un estuaire de banlieue
Alors de petits poissons venimeux
Viennent mordiller mes lèvres bleuies
Et ricane de voir leur frère si affligé
De lui-même

Je suis un batracien sans palme
Qui se noie dans un verre vide
Où ces mots de fumées
Dessinent la courbe de tes seins
Et la forme de ton cul

Il y a longtemps
Quand sur ton visage
S'avivait l'étrange sourire
Où tu m'aimais.






What do you want to do ?
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Poèmes de l'insignifiance (11)


Être ce qui s'y dilue..

Penser ou ne pas penser que celui qui fut
Est maintenant encore celui qui est
Ou que celui qui est n'est pas
Celui qui fut
N'engage rien de ce qui sera
Et empierre de débris incendiaires
Les boyaux étroits qui conduisent
Aux syndromes du moi

Quand j'ai cru être celui que je n'étais pas
Je n'ai pas vu celui que j'étais devenir ce qu'il n'était plus
A chaque seconde je me dissous et m'annule
Dans la porosité du temps
Quelle fatigue encore d'être ce qu'on n'est pas
Un simple délai, un intervalle niais
Comme le préjudice absurde
Subi par le néant

Pendant que des cimes dansantes des arbres
Tombe la ritournelle immuable
D'une permanence hors de moi

(Au loin l'oeil d'un rapace
Et ses battements d'ailes,
Indifférents)

lundi 7 juillet 2014

Poèmes de l'insignifiance (10)

Que la paix

Quelque chose 
Qui glisse
La lenteur patiente
D'une caresse galante
Qui s'insinue

Quelque chose 
Qui s'infiltre
Entre nervures et nerfs
L'annulation des creux
Une ondulation statique

Quelque chose qui tient
De la mollesse fraiche
Une grâce accordée
Un répit dans le bourdonnement
L'arrêt et la cessation du monde

Quelque chose
Qui donne au néant
Une densité aérienne
La limpidité impassible
D'un dialogue avec l'invisible

La paix
Qui offre à l'insignifiance
La cadence d'une danse
Vive et fragile

dimanche 6 juillet 2014

Poèmes de l'insignifiance (9)

Elle se tenait là vêtue de transparence
Toute nue sous ses habits opalins
Rien ne semblait la cacher
Que cette limpidité laiteuse

De cette opacité translucide
Il s'échappa une chrysalide
Plus diaphane encore
Que le vent des étoiles en été

Je bus à ses lèvres
La salive des pays heureux
Où les coloquintes se mêlent et s'enlacent
Sur des mousses chaudes et sucrées

Comme un pulpe humble mais puissant
Elle s'ouvrit sous les frissons humides
De ses liqueurs enfouies
Et apparut enfin hors de cette transparence
Qui la cachait

En elle je traçai un sillage
Profond et ténébreux
Qu'éclaira la beauté qui naissait dans ses yeux
Pour que la lumière se mêla aux tumultes

Bientôt le sillage se referma
Effacé de sa mer immense dans laquelle il s'était noyé
Elle scella son offrande
Dans la nuit de son énigme occulte

Depuis je me nourris de pauvreté
Et étreint cette compagne
De mes doigts affamés.

vendredi 4 juillet 2014

Chemins de la ville basse (2)

Partout où j'étais..

Je marchais dans des rues familières
Que je ne connaissais pas
Je pensais à des choses
Que j’avais oubliées
Et qui vivait ma vie
Dont elles avaient pris la place

Mon être était alors épars
Et coupé de lui en lui
Dans un monde étrange
Faits de cloisons blanches et invisibles
Des fragments de pas
Dont j’ignorais qu’ils étaient miens
Mangeaient l’ombre
Qui se présentaient dans le regard
De ceux que je ne croisais pas

Je marchais dans des villes familières
Où j’abandonnais des morceaux de murmures
Et dans ces impasses où se forgeait ma tristesse
Naissaient de nouveaux chagrins
Aux silhouettes haletantes
C’était le grand appel de la dissolution
L’appel de l’émiettement
A travers la foule dont les cris
Eteignaient mon nom

J’épelais ce nom
Que j’avais perdu
Mais que je réclamais sans connaître
La place qu’il occupait
Alors des prières montaient de ma gorge
Vers les séraphins blanc de l’héroïne
Qui noyaient mon esprit écartelé
De leur chant mortuaire

Je dormais dans des lits
Où mon sexe se dressait
Au milieu de vergers stériles
Dans une campagne séparée de tout
Et la semence se répandait
Sur l’étau de mes doigts
Quand le ventre soufflait
La tempête dispersée
De mon être écarté
Où rien ne poussait

Partir alors
Où rien ne s’écoute
Où rien ne se voit
Dans les ténèbres dissolues
D’une couche
Où couraient les peurs
Et les aveux tus
De ceux qui ne peuvent dire.


































What do you want to do ?
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Chemins de la ville basse (1)

Nous savions tous les deux
Que nous allions baiser
Sur ce matelas indigent
Entouré de mégots et de bouteilles vides
Dans ce taudis de l’amour
Où nous avons voulu
Le matin
Ne jamais nous revoir
Et les jours ont passés
Et le train des tavernes 
A roulé mes yeux dans les fumées âcres
De la poursuite vague
A chercher en vain
Un je ne sais quoi d'immortel
D'incorporel parmi les fous et les malades
Dans une ville de glapissements et d'injures
Où les pavés humides de l'aube
Ignoraient mes pas et mes mains
Aux façades indifférentes
Pour tenir debout sur les débris
De mon âme gorgée de bière
Alors je t'ai revue
Aux fenêtres de mes nuits blanches
Les jambes étendues 
Fines et nues sur un mur de grès
Et les baisers échangés dans ce lit d'indigence
Ont retrouvé tes hanches
Qu'ils ont fleuri
De mots nouveaux
Aux accents étrangers.
What do you want to do ?
New mail

mercredi 2 juillet 2014

La Rumeur du monde (4)


Sous la lune blanche

La lune est l’âme blanche où pleurent les pierres
Au dessus des pénombres figées
C’est un miroir réfléchi par la mer
La couche des oiseaux du vent
Où l’amour se tait et la mort remue

La lune est le spectre du temps
La course ailée des siècles
Qui chante les Dieux incroyants
Dans le sang des abeilles

La lune est un camélia de jaspe
La langue rousse
Des regards de la nuit
Une anémone qui se ferme
Sur le torrent 
Des jours qui reviennent

La lune s’est envolée
Elle enjambe maintenant le temps
Me voilà vieux
Et encore enfant
Je serre dans mes bras de fumée
Les matins blancs de ma vie.


La Rumeur du monde (3)

Pêcheur des ombres

Je suis le pêcheur aux lignes sinueuses, 
Un zig-zag entre deux virages et les berges éphémères
Je suis le pêcheur aux écailles de verre
Je suis un pêcheur aux filets sans mailles
Et la rivière devant
Où le soleil invente ses ombres
Dans les drapés bleutés
Des eaux qui s'écoulent.
(Entre les branches 
Sur les berges éphémères
Un clair-obscur
Où se cache l'appât)

Et plus loin,
Le Mississippi
Et tout 
Qui s’y jette.


mardi 1 juillet 2014

Poèmes de l'insignifiance (8)

Tout ce qui veille
Et ce qui garde
Et ce qui maintient
Dans tes heures
Le germe de ce qui vibre
De ce qui éclot
Dans ce qui s’éteint

Tout ce qui te tient
Et te défait
Dans l’étoffe de ta solitude
Tressée par un ciel ivre
Où les anges cuvent leurs silences

Tout ce qui te garde
Auprès de toi
Un démon bavard
Qui porte le nom inaudible
Dès ta naissance
Jamais su.