lundi 28 juillet 2014

Rumeurs des jours (14)

Aux temps muets...

Temps d’avant la mémoire, présent d’hier ou de demain
Et présent à tout instant, saccade de matière sans passé
Forêts immenses, mers insondables, hautes montagnes sans sommet
Mais toujours aux noms encore tus du souverain absent
Tu es là toujours en toi-même, être et existence
Comme le fruit innocent de l’éternité silencieuse

Né de l’écume des météores au cœur même du lointain
Terre aux songes à naître encore nue dans sa pureté
Terre indifférente, immobile et toute à elle-même
Et à chaque moment tu congédies le temps
Terre, mer, ciel, sortis de leur propre matrice
Quel rêve tranquille ceux dont les rêves ne rêvent pas !

Et quand les orages te couvrent d’ombres et de feux
Rien n’arrive encore qui n’est toi et que tu n’as voulu
Et le tonnerre lui-même est ce silence qui t’appartient
Comme l’espace sans fragments aux frontières inconnues
Alors que les vagues qui ne sont pas des vagues
Emportent le sable où tout entière tu te contiens

Car close de partout mais se répandant en tout ce qui est
Tu n’es minuscule qu’à la condition de ton immensité
Et en chaque grain comme en chaque poussière
L’univers qui te couvre hors du maintenant et de l’ici
S’étend tout entier dans ces abîmes dont tu es fait
Et que plus tard la pensée comblera de ses fards

Et pendant que je parle et tente l’impossible
Ta nudité se voile du tissu sonore de mes mots
Puisqu’il faut bien que vive cet être de toi
Qui t’amincit en t’amputant de ce qui le fuit
Comme si pour te connaître et t’aimer
Il devait ignorer  les vastes gouffres où tu résides

Petit Précis de curiosités euclidiennes
          1. La Ligne.


         Le Calcul zéro de la Ligne (section sèche)

La ligne est infinie, sans largeur et sans épaisseur. C’est une succession de points sans masse. Ils sont invisibles ; seul, leur nombre les rend perceptible. La ligne est surface intangible et volume impalpable. Elle est un cube si on veut, ou un cône mais un cube ou un cône plat d’où l’origine est absente. Ce cube peut-être circulaire mais toujours comprimé. Il peut donner l’heure ou l’horaire des trains. Parfois, la ligne est coupée par des voies de traverses aussi minces et sans poids que le cube ligneux.

Il faut se méfier des lignes qui vont trop loin dans le flux infini. Il vaut mieux les arrêter dans leur élan. Les briser. En faire des éclairs, déterminer un pôle négatif et positif sur un champ aléatoire ou en faire des asymptotes. L’asymptote, justement, est  ligne en tant que formule du désir ou de l’action humaine. Car la ligne est aussi culturelle et en ce sens en voie de disparition. La ligne devient sous-ligne, lignoise, lignette, lignite, ligne insignifiante qui indique l’absence et le néant.
J’aime les lignes, car elles n’existent pas.
Elles sont impossibles.

On pourrait en parler à l’infini de la ligne infinie. On pourrait encore dire qu’elle ondule, qu’elle courbe en se courbant, qu’elle forme, informe et déforme, se moquant de ses ennemis, le temps et l’espace. Car contrairement à ce que l’on s’imagine habituellement, lorsque pris en en voiture dans les embouteillages, ou la nuit lorsqu’insomniaque, il vous arrive d’y penser, la ligne est au-delà du temps et dépasse l’espace. En cela, elle est avant tout est destin, carrée, losange ou rectangle, c’est selon. Objet de croyance, on ne vénère pourtant que des segments de droite, car, on le sait maintenant, elle est atypique, incertaine et problématique.


Indéterminée, source par conséquent d’angoisse pour certains qui voudraient en faire un être exclusivement mathématique, elle nous permet de vivre dans le conditionnel car la ligne, elle est partout sans jamais être nulle part, devant nous un moment, elle disparaît de notre vue, s’éloigne comme fuit l’horizon, à la vitesse de notre course. On n’aime pas les lignes pourtant on ne peut vivre sans : chacun trace au moins une ligne. Ou il en hérite. C’est tout un système juridique nouveau, des procédures originales qu’il faudrait instruire afin de rendre efficace la puissance de la ligne. Car l’efficacité, c’est ce que nous voulons tous. La ligne, en ce sens, est indissociable d’un problème politique essentiel.


Tout cela pour  ne pas dire en fait ce peu de chose que notre sensibilité ne connaisse déjà : la ligne n’est pas dessin, vit sans matière, seulement le contour mouvant et sensuel, naissance et achèvement dune source instable, refus de la parenté, du centre et justement de la lignée. Elle est le contraire du narcissisme puisqu’elle n’existe qu’en toujours s’évadant d’elle-même. Voilà, on en arrive là, la ligne n’a rien de l’être, elle est toute existence.

Malgré cette évidence, la ligne, sans couleur et sans relief, s’épuise pourtant, à vouloir être ce qu’elle est : un moment.

Voilà. La ligne est un moment hors du Tout (Éternité comprise).







Dans la section précédente, nous nous sommes rendu compte à quel point la ligne nous échappe, puisque nous terminions en soulignant l'extériorité qu'elle manifeste par rapport au Tout et même à l’Éternité : la ligne n'a en effet aucune couleur locale. Elle est un Dehors absolu mais intégré et intégrant puisque constitutive d'un" réel?" narquois et roublard qui n'est là que pour signifier qu'il est ailleurs. Elle ne peut faire l'objet d'aucune "topique". C'est pourquoi la question de la ligne a toujours échappé à la Science, qui a la désolante habitude de poser les problèmes à côté des choses.
Il ne s'agit donc pas d'inventer une approche plus rationnelle, plus fine ou plus exigeante. Dans l'examen présent,   la ligne doit être envisagée en pleine candeur, dans sa naïveté native.


Une ligne à haut coefficient métaphysique


La ligne, on aime ou on n’aime pas. Il n’y a pas d’entre deux, d’atermoiements vagues,  sûrement parce que la ligne est un prétexte facile, un pré-texte léger qui se laisse aller, fluide et continu, sans fatigue et surtout sans justification. La ligne s’affirme dans sa simplicité même. Elle ne signifie rien d’autres que ce qu’elle est. C’est pour cette raison qu’elle a des affinités avec la poire. A l'évidence, la poire ne dit rien d’autres que ce qu’elle dit, ce qu’elle nous dit, ce qu’elle nous a dit, ce qu’elle nous dira.
La poire, la ligne, deux naïvetés composées, deux agencements ingénus, deux dispositifs candides[1].
Toutefois, comme la parenté entre la géométrie et la nature est chose assurée pour tout un chacun, il est inutile de persévérer dans une voie qui n’apprendra rien à personne. Il nous faut revenir impérativement à la ligne. Car on n’y échappe pas, à ce moment sans durée et sans lieu[1].
Car il y a de la nécessité dans la ligne (nous aurons à revenir plus précisément sur ce point lorsqu’il nous faudra bien envisager le rapport intime qui unit ligne, nuage et nécessité) : elle dispose et revendique l’exigence du non lieu. Oui, encore une chose que l’on a jamais dite de la ligne, c’est qu’elle est non-lieu, quitte de toutes responsabilités, libre de toutes les charges qu’on voudrait faire porter sur elle[2] ; processus sans procès, on peut s’amuser d’elle et elle de nous.
C’est pourquoi elle se rapporte ontologiquement  au langage. En effet, la ligne est une parole sans fin. Par exemple : est-il nécessaire d’encore répéter que la ligne, c’est le jeu dansant des motifs et des occasions, des courbures du vivant et des intersections sèches, qui se coupent et se recoupent, des plans qui définissent ou qui occupent, des arcs fermes, stables, tendus et des tangentes, fines, distinctes et sans cercle. Non, bien sûr.
Et pourtant…
Il ne faut évidemment pas s’y tromper : il y a danger à faire le jeu de la ligne qui est d’abord, et surtout avant tout, hybridation, démultiplication, à la fois générée et générative, horde mobile et impérialiste, meute sautillante et régulière, mais aussi discontinue, spasmodique, erratique et nomade.  La conséquence est claire pour tous, depuis longtemps : la ligne a besoin d’un champ et ce champ est aléatoire. On dira : mais quel est ce champ ? Et pourquoi doit-il être aléatoire ? La question du champ dépasse en l’englobant celle de la ligne. La question du champ porte sur le support. La question du champ ne se pose pas pour l’instant, pas dans l’immédiat de l’instant en tout cas. On pourra, plus tard, si on veut, et uniquement si on le veut, dégager le problème du champ de l’embarras où il nous met. Quoiqu’il en soit, nous devons à cette fin d’abord en finir absolument avec la ligne (quoique champ et ligne soient de l’ordre de la réciprocité floue)
 A nouveau, la ligne nous contrarie et nous force à penser son au-delà comme sa condition.
En tout cas, si j’avais quelque chose à dire de la ligne, ce dont je ne suis pas vraiment convaincu, je dirai qu’on ne peut jamais l’envisager comme frontière, comme une limite qui courrait entre ce qui s’achève et ce qui commence, ou entre ce qui s’achève et ce qui s’achève ou encore, même si on pousse un peu trop les choses, entre ce qui commence et ce qui commence.
Ne pas oublier : la ligne, c’est le dynamisme du vide.
En ce sens, elle entretient une relation honteuse[3] avec les nuages, la nécessité ou la contingence, sujet de notre prochaine étude.

[1] Il faut se rappeler que la ligne est un existant sans être et presque sans existence. Elle est le contour meuble du « réel ? » et, en aucun cas, ne peut être physiquement saisissable, ni  appréhendée conceptuellement. Elle n’est ni sensible, ni intelligible. Elle ne ressort d’aucun niveau de réalité. Pourtant, personne ne peut contester son évidence. 
[2] Il faut savoir que la ligne est  juridiquement mineure. ( Cnéxias de Polodor, Nuits égéennes, X, 21-25). Sur la responsabilité linéale (voir Lepapetier, La ligne et ses segments, K-12-Altier, Paris, 1885)
[3]Honte n’est pas à entendre ici dans le sens habituel du mot, mais dans le sens que lui donne La Boétie 563 « timidité, retenue, pudeur », 312 ds Littré (Av.1563)




[1] Pour le rapport entre introspection et poire, voir F.Jacquemin, « Les Saisons »
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dimanche 27 juillet 2014

Poèmes de l'insignifiance (17)

Tristesse de brise
A peine sous la surface des miroirs
Et invisible cependant dans la couleur des fleuves
Poisson aux écailles grises
Reflète seulement l'arche pesant des nuages immobiles

Tristesse des lacs
Comme un venin qui s'échauffe
Fixe mes nerfs en des nœuds de feu
Où pousse la mandragore silencieuse
Et la jusquiame qui engendre les loups

Aubépine figée
Croix aux chemins sans sentier
Dont l'ombre géante obscurcit l'esplanade solitaire
Sans borne, sans abîme, grise jusqu'aux horizons insensibles
Où se décompose la foi des cristaux en de blêmes éclats

Ce qui se meurt
Dans le corps de ta tourbe
La chair blessée de l'enfant infini
Et ce qui y pleure et ce qui y songe
Des espoirs et des regrets de nacre, les poisons des passances

Rose du nord
Clameur arctique où l'iris se blesse
Aux bordures aiguës d'ivoire et d'enfance
Cette neige de lune chantée par les archanges
Cette époque où l'invisible et le béni se coulait dans mon lit

Ce qui soupire aux faites des arbres
Une tempête aux vents absents
Et des frissons de feuilles vibrantes
Sur des colonnades tordues aux chapiteaux de plomb
Que tu oxydes de tes chansons sans musique

Et quand , tristesse, s'envole de mes doigts d'encre 
Les grilles où tu m'enfermes
Ce sont encore des pétales de chrome et de mercure 
Qui recouvrent la tombe où je me terre et je me vis.












samedi 26 juillet 2014

Poèmes de l'insignifiance (16)

Châtaigniers de pluie
Instants courant dans la pierre
Lierre de craie, grenade ensommeillée
Permanence du souffle
Souffle de lunes, empires des vents
Grappe de rêves, vignes des assoiffés
Terre de béance où se puisent les blessures
Et le sucre sur ta langue que sculptent tes mots
Tes mots de balsamine, balsamine en fleur
A l'ombre des croix le long sentier qui va
Jalons des morts, balise des souvenirs muets
Regards aveugles, saveur azur
Embrasement des vergers, colère de la nuit
La  nuit des vautours étoilés, nous
Oui, nous les yeux jaunes et la langue dentée
Et sur les frontons de ciel, les diamants des mers
Qui se gorgent des silhouettes du temps
Silhouettes de paille, silhouettes du vide
Dont nous revêtons notre simplicité immonde
Cette horreur d'être qui dresse les canons
Déchire les viscères et éclate les organes


Mais il y a sur cette place vide
Dans cette ville déserte aux coupoles d'or
Et aux portes arabesques il y a le geste
Sous les arcades serpentines
Le geste doux qui abolit les corps
Leur donne des ailes carmins et des fleurs de paon
Ces ailes et ces fleurs repliées dans nos secrets
Que l'œil comme un enfant des banquises
Blessé de toute cette blancheur vide
Ne voit jamais, ces ailes et ces fleurs
Que toi et moi sentons pourtant 
Entre le matin où les corolles de chair s'ouvrent
Et  le soir que les funérailles du jour appellent
Pour que dansent et s'humilient devant la vie
Les sexes, tous les sexes
Des femmes et des hommes, des serpents de l'aube
Des salamandres bavardes au bord des nuits
Des scorpions qui boivent aux sources des sables
Tous ces sexes démunis qui nourrissent  
L'espoir des gerçures de l'avenir
Et mon sang, et ton sang
Et le sang des autres, la même matière nue
Tous là une seule matière un seul esprit
Dans une vie même, au même moment
Qui porte nos visages à contempler et à prier
Les mêmes divinités de son et de sésame
Où des rivières sans eaux abreuvent des soifs sans sècheresse 
Dans la ville déserte aux coupoles d'or et aux portes arabesques

Que reste-t-il encore à veiller
Dans le crépuscule jaunâtre de tous les âges
Où ta jeunesse se noie dans mes rides
Où ta force s'épuise dans ma fatigue
Vieillard gisant déjà dans les fruits les moins mûrs
Qui annonce en eux son triomphe mortel  
Et pousse, gémit et écarte
Comme l'enfant fait naitre la mère et le père
Le temps déjà en lui
Dans l'ovule incolore et le sperme mat
Où nait le temps qui nous meurt
A la seconde même où il se contient tout entier
Nous sommes la seconde mourante de notre naissance

Que reste-t-il à protéger
Dans ce long vestibule implacable
Rempli de cages obscures et de diables inconnus
Le long de murs transparents que nos yeux ne traversent pas
Reptile de la peur, reptation de l'angoisse
Entortillements dans des mots et des verbes
Crucifiés à chaque pas
A chaque pas des Golgotha
Et derrière les images les oliviers de Gethsémani
L'attente assis dans la cellule des pensées
Et dans ce long couloir d'abattoir aux barreaux infinis
Les pas de l'ami et du familier se retirent et reviennent
Dans la figure brouillée qui blesse et qui hante
Les souvenirs vieillis de ce qui toujours s'est accompli

Il ne reste que ce qui se garde jusqu'à l'oubli
De ce peu qui s'ignorera lui-même
Lorsque le néant même aura disparu.












vendredi 25 juillet 2014

Poèmes de l'insignifiance (15)

Pour tout et le néant aussi...

Pour tout ce qui s'enclot et se tait
Et s'avertit par ce qui le cache
Et s'annule par ce qui le dit
J'écris ces nuits qui couvrent les jours
Et les jours qui absorbent ces nuits
Et attend l'enfant et sa main
Pour me conduire en mon sein

Pour tout ce qui s'achève
Et se révèle par ce qui commence
Dans tout ce qui finit
J'écris les yeux des oranges
Les oreilles des citrons
Et espère des fruits nouveaux
Pour poser un toit par dessus ma boue

Pour tout ce qui vit
Et s'annonce par ce qui meurt
Et se retire dans ce qui nait
J'écris d'un sang nouveau
Les espaces clos de ma poitrine
Et hurle dans le silence des cris
Pour ébruiter un peu de ma chair

Dans cette âme, mon âme
Qui ne peut rien
Qui ne retient rien
Qui s'écoule hors de son lit
Comme une déchirure
D'où se montrent  les orbites du néant.

Poèmes de l'insignifiance (14)

Ton âme est une danseuse tzigane 
Qui souffre dans un corps vif et déjà mourant
Aux tranchants brûlants comme des sabres d'argent
Ton âme chemine au plus seul de ce qui déjà
Est le plus seul
Avec, au fond de son image, le trouble d'un visage brisé
La limpidité obscure d'une traversée nocturne
Où la seconde concentre tous les siècles.

Je suis jamais et toujours, une date contradictoire
Entre des temps mêlés et insolubles

Ce qu'elle dit, ce qu'elle veut
Sur des sentiers aux abysses sans profondeur
Tu l'ignores
Et alors que tes pas pavoisent de leur vide
Toutes ces routes que tu crois prendre
Tu cherches des oiseaux en fleur
Des baisers de corail aux regards félins
Des essences esquissées
Sur des horizons où rient tes propres fantômes
De la farce que tu te joues

Sur les routes de tes rêves ignorés
Tu trouves ce qui te fait croire à toi
D'autres corps aveugles aux âmes brûlées
Des géants qui t'absorbent et te dévorent
Des feux glacés qui dérobent ta voix
D'autres spectres sans instant et aux jours comptés
L'ivresse des puits sans étendue
Des yeux irisés aux arcades arabiques
Des instances dorées qui s'engendrent dans des mots
-Tes mots - et les peaux de fumées invisibles
Qu'ils prennent pour le monde


Sur les routes de tes rêves ignorés
Où le jamais et le toujours emmêlent de leur nœud
Ce tissu où déjà tu n'es plus
Cette incertitude de ne jamais exprimer rien
De tes sources intimes
Que les ténèbres où tu te caches.











lundi 21 juillet 2014

Rumeur du monde (13)



Il y a des ports...

J'ai oublié mes rêves sur tes joues de nuages
La bouche déposant sur tes épaules
Les caresses de mes colombes humides
Quand tes baisers de nuit fouettaient mon visage

Il y a des ports où appareillent seulement les navires aux mats brisés
Qui aspirent aux naufrages et à l'être des épaves

Car les rêves épuisés dans le creux de tes reins
Comme des fleurs qui se fanent à l'ombre des coteaux
Ont recouvert mes champs d'une glace funèbre
Qui chantent maintenant les arpèges du gel et de la mort

Puisqu'il y a des ports où abordent seulement les navires
Aux voiles de varech et aux coques déchirées
Croiseurs sur les mers desséchées de tes lèvres salées
Aux vents muets et aux bourrasques éteintes.








Poèmes de l'insignifiance (13)

On veut écrire mais les choses
Présentent seulement
La pénombre
De leur bord.

Traquées les voilà qui
S'émoussent et
S'enfouissent
Invisibles
Dans leur
Secret

On veut écrire mais les choses
Sont des territoires sauvages
Des coraux anciens
Aux arômes
Primitifs

Poursuivies les voilà qui
Echappent à leur lieu
Et nos mots futiles
Sont suppliques
De neige

samedi 19 juillet 2014

Rumeurs du mondes (12)

Ce qui s'attend

On se demande parfois
Pourquoi faucher
Les prairies du ciel
Lorsqu'à travers les pluies
Les cils des nuées
Portent sur la terre
Un glaive de deuil et de glas

On se demande parfois
Pourquoi écraser
Les fourmis violettes
Celles qui se nourrissent de feu
Quand des champs de torture
Les hurlements transparents des ventres
Signent des Traités et des Pactes
Qui font rire les pantins

On se demande parfois
Pourquoi vivre
Ce corps pourrissant
Celui qui se nourrit de chair
Quand sous lui des squelettes sautillants
S'embrassent et font l'amour
Au coin du temps qui passe
Dans ces auberges oubliées d'Eden.

vendredi 18 juillet 2014

Poèmes de l'insignifiance (12)


Nos paroles sont des ophites de silence
Qui ne révèlent rien
Du verbe réticent
Dont elles sont les torrents

Ombrelles pâles, elles nous rappellent
Que le dire ne dit rien de ce qu'il dit
Quand il le dit

Et agir ou parler
C'est toujours mutiler.