samedi 6 septembre 2014

Chemins de la ville basse (8)

A quelle ode de passage, à quelle époque du Sphinx, petit chat d'acier et de béton, à quelle sagesse de bitume,
à quelle semence d'eunuque, à quel bâtard d'ombre, à quel boulevard scintillant d'appels silencieux,  à quelle viande urbaine, à quelle prison de chair et de viscères doit-on d'être les enfants d'un Sophocle S.D.F. ?

Qui peut raconter les courses des gamins aux longs couteaux effilés qui trouent les cerveaux et agacent les côtes, chatouillent les articulations fatiguées des existences achevées aplaties écrasées concassées, feux dansant, balançant leur cul de tournesol, qui peut dire les putes sacrées du village, cons publics qui ouvrent les artères, les maquerelles aux rayons lumineux de la syphillis universelle, qui peut raconter et dire les ordures dégoulinant des tripes ouvertes et le ricanement de ce qui est mort déjà dans les berceaux de barbelés

Nous relevons de la misère celle qui navigue d'un neurone à l'autre dans une incommunication souterraine, terriers de rats, des rats se nourrissant de rats, dans de petites cages illuminées de la clarté des frigidaires et des lueurs des GSM, plus encore de réseaux, des réseaux de réseaux sur l'onde des paroles sans attention, Zappe, Zappe, Zappe et connecte des proximités aux lointains illimités qui courent dans nos sangs, entre nos berges archanges et nues, intérieures et vierges, entre nos maladies inavouées, l'âme des singes et ce qui cavale aux carrefours, sur les rocades désertes aux pinces électriques, ce qui pousse entre les ponts autoroutiers, sur les grands périphériques des semences nucléaires, aux lames étincelantes, embranchements, embranchements entre les distances de métal, par dessus les tours de contrôle où les avions de la merde à fragmentation s'épuisent à se crasher sur la crèche de l'Enfant-Dieu, ce qui pousse et ce qui grandit parmi les caries qui minent l'intérieur, l'ulcération de la misère des neurones et du silence qui se crie dans l'haleine fétide des coeurs de poussières

A quel venin ténébreux, à quel lâche arrangement, à quelle injection de pus atlantique, à quelle peste inengendrée, à quel trajet sur des routes de déserts où les horloges racontent des rêves de feuilles dentelées, à quelle cathédrale de filles nues, à quel pardon et de quelle ivresse doit-on d'être des Hamlet de pacotille, ivres de nous-même, alcools de souffles épuisés pour tous bientôt dans des trous aux formes aguicheuses

Nous rampons sur des détritus de verres dans un siècles d'éraflures et de conscience cosmique
Nous et tout autour de nous
Et nous autour du tout, plus loin encore que l'infini que nous avons réussi à enfermer dans une boite de poudre à laver (ou à étendre sur les pares-brises de nos bagnoles).

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mardi 2 septembre 2014

Poèmes de l'insignifiance (28)

Quand je te vois, je ne te vois pas
Quand je te  dis, je ne te dis pas.
Il me suffit de rêver pour ne plus rêver 
D’espérer pour ne plus espérer
Et cette complication est la seule simplicité 
Dont je suis capable encore.

Maintenant toujours
Le flou et l’indécis évoquent, narquois,
Les rebords d’une insuffisance native.
Toutes mes pensées, des frivolités sans suite.
Car je n’ai jamais voulu discerner
La moindre évidence.

Comme un démon impuissant
Séparé de l’intime 
La seule élégance possible
Celle d’un guignol disloqué.
Et cette sincérité consternante 
Un mensonge de plus.

lundi 1 septembre 2014

Poèmes de l'insignifiance (27)


Moi si tard que cherche toujours…

J’ai vécu
Il y a longtemps
Jeune
J’ai vécu seulement
A la racine de ma destinée
Jeune encore
Méprisant la vie que je vivais
Pour celle de demain
De l’heure suivante
De la seconde qui passe
J’ai blessé l’amour
Manqué le bonheur
Pour la maturité des ombres
Qui sur l’autre rive 
Ne sont qu’ombres sur ombres
J’ai manqué et blessé
Aspiré par un ciel veuf
Qui occulta vite
Les petites chambres fleuries
Où j’ai avalé ma jeunesse

Fallait-il à ce point
Ne pas vivre
Pour qu’un jour
Des mots inutiles et vains 
Flottent comme des tourbillons 
Dans le vent

Mourir d’abord, vivre ensuite
Comme une figurine
Qu’animent les jeux
De l’enfance.

samedi 30 août 2014

Rumeurs des jours et des nuits (34)

Il y a dans les fleuves des chevaux qui sommeillent
Et dans les nuages des corbeaux qui chantent aux enfances
Des lais d'automne aux feuilles brûlantes.

Il y a dans les étoiles des fauves de fumée qui vivent de vérité
Et dans les villages des bergers qui murmurent aux chagrins
Des mélopées aux laines chaudes.

Il y a dans les impasses des lucioles de verre qui scrutent les issues
Et dans la terre des chemins ignorés qui rampent sous mes pieds.

Il y a dans la désolation des vertiges qui guettent le sol
Et dans la chute un regard nouveau qui jette ses filets

Et dans le présent seul l'abri à ce qui fait face

vendredi 29 août 2014

Rumeurs des jours et des nuits (33)

Le soleil myrtille dans l'herbe
De ses doigts de sucre et de nacre
Et pose dans ce duvet humide
La solitude de son énigme

Ce qui myrtille dans l'herbe
La caresse des feux follets
Et le souffle lumineux
D'un violon chlorophylle.

Rumeurs des jours et des nuits (32)

Aux pays des tours blanches
On jette les semailles du ciel
Sur les rivages où s'échoue le temps
Il y pousse des épis de vent
Où germent des luths pâles
Dont les regards suivent les embruns
Dans leurs tresses d'écume et de pluie

De la terre sévère
Qui suspend les répits
Et interdit les repos
De la terre sévère
Parlent des jacinthes de neige
Aux jasmins de cendre
Quand ensevelis sous le soir
Frissonnent des sanglots violets
Et des larmes 
Qui ouvrent leurs corolles 
Aux vapeurs diaphanes
Des brasiers en déroute.






Rumeurs des jours et des nuits (31)

Je dis
Des perles de sommeil
Couronnent cette heure
Où les minutes sont des gouttes d'eau claire

Tu dis
Un faucon s’envole
L’eau se fend
Et un cri rauque dans l’azur.

Il dit
Le roitelet sur les pins
La patience du soir
Les astelias s’inclinent.

Je dis
La toile
La toile
Ma toile, l’araignée et la mouche
Moi.

Tu dis
Ces cimes là au loin
Se balancent et valsent
Tremblent bien  loin d'elles-mêmes.


Il dit (enfin)
Le dôme limpide
Si opaque aux regards clairs
Si pur aux yeux aveugles
Froid comme le cadavre
Du temps.


jeudi 28 août 2014

Rumeurs des jours et des nuits (30)

             L’eau


Mon âme s’est ceinte de guirlandes
Aux sourires obscurs et vénéneux
Sous ma peau se sont joints tes mots
               
                 La terre

Ta peau est légère et translucide
Le verbe la touche et la blesse
Comme une écorce sans tain

    L’eau

Des cèdres poussent de mon ventre
Si grands que leur ombre les avale
Et s’évade de ce qui les fait ombre

                La terre

Cette ombre libre danse autour du monde
Et tu ne peux rien en ôter
Pour l’offrir à ce qui n’est pas elle, moi

   L’eau

Les racines sont des paroles mobiles
Elles germent dans ce jardin des songes
Que tu enrichis des arabesques de tes rêves
      
    La terre

Et tes lèvres dorment dans les branchages
Ondulent dans la brise de ton souffle
Là- haut où coulent les rivières d’automne


                 Le créateur

Jamais les mots ne diront
Ce que les mers lunaires cèlent
Sous des lits de peine
Et des cieux de chrysanthème
Où tu longes sans le savoir
Une vie qui s’efface
Dans une terre qui se fait eau.




mercredi 27 août 2014

Rumeurs des jours et des nuits (29)

Rafale d’Orient
Un fou et la lune

Lune blanche
Dans la source immense
Aux yeux sombres

En dessous
Les plaines sèches
Des enfants, des guerriers

Des lances et des flèches
Contre le vent
Lancées
Une plaie dans le souffle

L’enfant face aux guerriers
Et le fou
Dans la lune
Qui fleurit son tombeau

Et le jour qui blêmit
Puis la nuit qui grandit.





mardi 26 août 2014

Chemins de la ville basse (7)

Si bien que les cygnes borgnes des cités
Si bien que les plumes chantantes des quartiers humides
Si bien que le soir sur les avenues aux hôtels nus
Si bien que les demi-lunes accrochées aux portes des villes
Si bien que passant tu te tus

Pour creuser des fossés
Nous offusquions les morsures des coeurs
Pour fleurir les impasses des lèvres
Nous prenions le pollen de l'éblouissant désert
Pour tenir entre nos bras le quoi et le qui
Nous interrogions les questions dormantes
Celles qui frémissent sous le sable
Celles qui bégaient dans la bise
Qui s'envolent à l'appel des singes
Qui s'égarent dans les songes des chairs
Quand des rêves feints
Emanent des souvenirs aux firmaments peints
Et enfin
Pour façonner nos Népals d'enfance
Nous creusions des montagnes vides
Où nous grimpions 
Pour mieux encore y descendre

Si bien qu'alors
Si bien qu'enfin
Les demi-lunes ont vêtu les plumes chantantes
Des cités de cygnes borgnes
Lorsque accrochées sur les avenues
Elles lavaient les hôtels humides
De leurs quartiers d'eaux blêmes

Et je passe comme passent les passants
Dans le silence
Des cornes de brumes
Sous la lune insolente



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