mardi 7 octobre 2014

Poèmes de l'insignifiance et du minuscule (39)

En face, des regards qui arrachent ton visage
Reste ta figure immobile, grammaticale
Suspendue aux crochets d’une vérité sans paupière
L’œil pur qui te fixe dans tes yeux
Sans faiblir et sans ciller, l’œil pur
Te suit  et te voilà à avaler les larmes amères
De sa vision religieuse et de son absolu

Tu n’as pourtant plus de visage
Mais ta figure au milieu de la cible
De tes yeux ne peut fuir l’œil pur qui les fixe
Et tu n’as plus de mains, tu n’as plus de bras
Pour étreindre sa lumière refroidie qui te tue
Pour réchauffer sa banquise d’injures
Pour aimer ce qui te hait.

Mais dans tes yeux sans visage, le trou noire de ta pupille
Où tu engloutiras le mal comme le bien
Tes amis, tes ennemis, ta femme, ta maîtresse
Figure lisse, plus rien n’indiquera la prise, là où on te prend
Te tiraille, te traîne, te secoue et t’égorge
On te croira aveugle, tu ressembleras à un bovin
Mais dans ta cécité obligée tu verras ce que les autres ne voient pas

Que tu n’es pas une viande à équarrir, souillée de la bave
De mâchoires ivres d’humanité et de justice
Tu enfermeras aussi la justice et ses palais
Et jamais plus tu ne déferras
Devant ce juge au sexe tranché
Et à l’œil pur
Qui te fixe dans les yeux.



dimanche 5 octobre 2014

Poèmes de l'insignifiance (38)




C'est dans la nuit obscure
Silencieuse et secrète
Que la lumière est
Qui baigne la misère
Et apaise la blessure

C'est dans la nuit opaque
Qu' à l'appel de la voix sombre
Parole sans paroles
Aux teintes phosphorées
Emeraudes et écarlates
Il faut répondre

Ainsi à ce qui nomme
En versets insubstantiels
Ce qui est sans présent
Tu ne peux refuser la présence
Retirée du monde

Alors trouve ton unité
Dans la promesse invoquée
Et fuis la terre
A laquelle tu appartiens.




Poèmes de l'insignifiance (37)



Les années, les mois et les jours
Les heures, les minutes et les secondes
Sont uniques et sans mémoire
La réalité n’a pas de passé
Et le moindre courant du fleuve
Ne rappelle aucun autre courant du fleuve
Rien ne revient
Et chaque saison est sa propre mère
Et son propre père

Le monde vient de lui-même
Et retourne à lui-même
Moi qui le regarde
Suis à moi-même seulement l’instant qui est
Tout est présent à soi
Il n’y a pas d’écart dans cette plénitude
Où je coïncide à ce que je sens
Aux souvenirs d’avenir
Aux chimères scintillantes
D’un devenir sans existence
Dans lequel nous croyons être né

Mais cette figure est le mensonge
De celui qui pense au lieu de sentir
Je suis sans visage, sans propriété et sans qualité
Je suis ce présent qui est vent, murmure ou flot
Oiseaux sous le ciel ou feuilles frissonnantes

Comprendre est la faille
D’une conscience qui efface
Pour unir et creuser des vides
Là où il n’y a que plein

Plutôt être un polype suspendu entre les eaux
Sans histoire et sans légende
Et qui n’est ce qu’il est qu’au moment où il l’est.

samedi 4 octobre 2014

Poèmes de l'insignifiance (36)




L’indice du proche
La minute qui vient
Est celle déjà venue
Qui la précédait
Le temps devenu succession vide
Qui s’engendre elle-même
Dans la torpeur paisible
Où rien ne passe

De ma fenêtre on voit
Des fossés comblés
Des torrents domestiqués
Des ronces apprivoisées
Et des vipères sans venin
Même les pierres arrondies pourtant
Ne roulent plus au fond des précipices

Je m’approche alors encore plus près
Au plus près du proche
Et les heures soudain se dilatent
Et emplissent ce pays neuf
En annulant son espace
Le masque de leur ombre de brumes

Au plus proche les lignes les plus lointaines
Des nappes de durées coulent d’un ciel qui appelle
Et montent d’une terre qui demande
Ces épaisseurs alors se rejoignent, se mélangent et se coupent
En un lieu sans contour
Où les miroirs perdent les reflets
Qui se saluaient pourtant
Dans les heures abstraites
Qui nous digèrent vivants

Les îles les plus oubliées
Ne meurent pas
Dans la clarté qui s’efface
A la naissance des jours
Et de ma fenêtre
Malgré les vipères sans venin
Et les cailloux lisses des minutes grises
Je vois leurs voiles d’argent
Filer sous la brise des tropiques

Et plus loin encore
Des mains d’enfants qui s’agitent
Et me saluent
Tout là-bas,
Là-bas
De mes falaises endormies
D’où s’envolent les poèmes
D’aujourd’hui et de demain.



jeudi 2 octobre 2014

Poèmes de l'insignifiance (35 )


Il y a toujours des fado
Comme un fantôme pourpre
Sur des Tage anciens
Qui chantent les ruines 
Des coeurs oubliés

Quand de la baie blanche
Sonne l'écho mélancolique
Les songes qui ne sont pas des songes
Invitent l'âme mutilée
A dire ce qui ne peut se dire

C'est la mélopée des paysages perdus
Entendue déjà du fond des siècles
Et qui revient comme l'origine jamais quittée
Murmurer aux oreilles
L'or et le miel des jours lointains.



Rumeurs du jour et de la nuit (41)


Des peupliers remplissent le ciel
Ils plient sous les teintes du vent
Et sature la mer violette
De leurs plis arqués.

Ils soutiennent
De leurs frissons pers et pâles
Les ocelles qui miroitent
D’un éclat d’azur.

Il n’y a pas d’être profond
Ni d’éminences austères
Peut-être une fontaine joyeuse
De corolles et de nimbes.


mardi 30 septembre 2014

Des Mille et des Cent (4)




Mille cris gardiens des lèvres et des cîmes
Et mille phalènes qui bruissent dans l'évidence du monde
Et mille mots aux racines des vents

Ce qui souffle

Des sources et la vie 
Qui s'y repose